‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 30 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

rons pas a prendre un parti avantageux ; sujet du troisième point.

TROISIÈME POINT

Combien il nous est nécessaire et avantageux de suivre les règles qu'on vient de donner } et de ne nous en écarter jamais.

Nécessaire ; car ce n'est qu'en les suivant que nous pouvons garder les promesses que nous avons faites à Dieu, d'être à lui, à lui seul, tout à lui, toujours à lui, comme la justice et la reconnaissance le demandent. Le plus grand obstacle , et pour plusieurs Tunique obstacle qu'ils aient à bien remplir ce devoir , vient de la part des créatures ; sans l'affection déréglée qui les y tient attachés, rien ne leur serait si naturel ni si doux que de s'élever vers Dieu, et de prendre en lui tout leur repos. L'oiseau n'est retenu à terre souvent que par des nœuds assez faibles ; mais ils suffisent pour arrêter le vol rapide qui lui ferait fendre les airs à perte de vue.

Tout ce que nous pouvons faire pour Dieu , jusqu'à ce que nous gardions bien ces règles, ne se réduit guère qu'à dessentimens d'une estime et d'une préférence toute de spéculation : c'est aimer Dieu et le servir de la langue , et non pas du coeur. Dieu est notre fin , nous le disons ; mais sans le dire , nous nousfaisonsla fin des créatures. Dieu n'a dans nous qu'un seul adorateur double et hypocrite , et nous avons autant d'adorateurs sincères qu'il y a d'objets que nous rapportons à nous-mêmes, et non point à lui. L'n peu moins de discours , et un peu plus d'action et de réalité : Filioli mei , non dili-

gamus verho , neque lingue , sed opère et veri~ tate (1).

Quant à l'avantage que nous retirons de la pratique de ces régies , on peut dire que notre bonheur en dépend de plus d'une manière ; c'est la sûreté de notre innocence; il est impossible de pécher en les suivant. Le péché n'est autre chose qu'une attache à la créature contre les desseins du Créateur. C'est cette pratique qui nous met au - dessus de tous les événemens de la vie. On se trouve comme dans une région supérieure. Delà toutes choses se voient à peu près de même œil ; le haut et le bas, le plus et le moins ne causent aucune agitation qu'un moment de réflexion ne puisse calmer. On tire profit de tout ; le mal même se change en bien , suivant cette parole : Diligentihus Deum omnia cooperantitr inhonum{2).... Altissimum posuisti refugiujii tuum.,. JSon accedet ad te malum , etc. (3).

C'est encore ici comme le précis et l'abrégé de toute la sagesse chrétienne. Par là les saints se sont distingués du commun des hommes. Avec assez peu d'étude et de génie naturel , quelquefois ils en surent plus que les maîtres. On s'étonnait où ils avaient pu prendre des desseins si nobles et un sens si droit. Deux ou trois règles bien observées faisaient toute leur habileté. Essayons , et nous verrons. Disne ubi sit prudentia , uhisit virtus , uhi sit intellectus(4).

Enfin , comme cet usage parfait et légitime des créatures rapportées à Dieu, remet riiomme en quelque sorte dans la rectitude de son origine, il lui

(i) Ep. Joan. i, c. 3, t. 18.— (2) Ad Roua. c. 8 . aS. (3) Ps. 90 , v. g et co. — (4) Barnch. c 3 . 14.

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