‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 35 sur 140 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

quelquefois si jaloux de l'estime et de l'affection du monde ? Dieu nous appelle ; il veut nous avoir, non point pour esclaves, mais il nous traite comme ses plus chers amis , ses confidens , ses favoris , les dépositaires de ses grâces et de ses secrets ; et nous ne Técoutons pas , et nous le rebutons !

Mais de là aussi que de bassesses , et quelle indigne servitude ! Vous n'avez pas voulu servir Dieu , le vrai Dieu, disait Moïse aux Israélites ; vous servirez des dieux étrangers , vous servirez des hommes, et vous essuierez tous leurs caprices ; vous servirez le monde, vous servirez vos passions ; et quels maîtres !

Le mal dans sa source vient de ce que nous n'avons pas d'assez hautes idées de ce qu'est Dieu, et de ce qu'il mérite. Qui l'aurait bien compris , verrait disparaître tout le reste (1). Qui est-ce qui est comme Dieu ? quel autre Dieu y a-t-il que le Seigneur ? Non , tout ce qui n'est point Dieu , n'est rien , comparé à Dieu , et ne doit être comj té pour rien. De ce défaut d'estime viennent ensuite tous nos désirs, toutes nos craintes puériles.

TROISIÈME POINT

Cela est infiniment avantageux et salutaire * salutare.

Puisque en effet c'est ce qui seul peut assurer notre bonheur , et pour l'autre vie , et pour celle-ci même. On ne dit pas que cette disposition d'élre tout à Dieu seul, et toujours à Dieu, soit nécessaire absolument pour l'essentiel du salut ; mais c'est ce

(i) Quis ut Deus ? Quis Deus prœter Dominum? Quis sicut Dominus Deus noster? Quidcjuid Deus non est, et pro nihilo computari débet. Psalm. n , etc»

qui l'assure, à ne laisser là-dessus aucun doute raisonnable ; et pouvons-nous vivre tranquilles sans nous donner cette douce assurance autant qu'on peut Tavoir en cette vie? Ah ! c'est donc que la conséquence de la chose n'est point assez intimement gravée dans notre esprit ni dans notre cœur ; car , être éternellement ami ou ennemi de Dieu , qui l'aurait bien compris, y penserait sans cesse, et ne l'oublierait jamais. Nous nous troublons quelquefois trop par rapport à notre prédestination ; souvent aussi nous ne nous troublons pas assez sur ce point, et un peu plus d'inquiétude ne ferait que bien: donnons, donnons-nous-en la marque la plus consolante ; c'est d'être à Dieu sans délai, sans réserve, sans inconstance. Qui se contente de craindre Dieu, sera toujours dans l'inquiétude , qui l'aime de tout son cœur , aune réponse de vie (1). C'est la parfaite fidélité , comme dit un saint homme , Tui est mère de la pleine et parfaite confiance. S'il se trouvait quelqu'un qui , avec cette détermination généreuse , eût péri malheureusement , ce serait un miracle. Mais que ne devraient point appréhender ceux qui ne Font pas , cette détermination , et qui comptent pour rien de ne l'avoir pas ? Disons mieux ; jamais le salut d'un seul qui a mal servi Dieu , ne me rassurera; mais jamais aussi la perte apparente de quelqu'un qui l'aurait bien servi , ne me désolera. Ce sont les événemeas certains et ordinaires qui doivent fonder toutes nos espérances et nos craintes raisonnables. Un cœur libéral envers Dieu

(r) Perfecta chantas foras mittft timorem. Qui Deum ex toto torde amat , nec mortem , nec supplicium , nec jitdicium ? nec infernum metuit. De Imit. 1. i. c. i4.

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