PREMIÈRE PARTIE
trouve en Dieu un cœur libéral ; voilà la règle générale : l'Ecriture , les saints, n'en donnent point d'autres , tenons-nous-y.
Pour le temps présent , rien encore de plus salutaire , ni de plus avantageux que le dévouement parfait aux volontés de son Dieu. Faisons du biei souverain notre bien unique : on ne saurait nous l'ôter que nous ne le voulions ; mais on peut nous disputer, nous arracher tout le reste. Hors de Dieu, toujours on craint , on désire, on espère, et jamais on n'est rempli. Un rien qui manque ou réellement ou dans l'imagination , empoisonne tout le reste , tant de fois déjà je l'ai éprouvé : la vie entière se passera-t-elle à faire des essais ? ]\e me détromperai-je point ? ne reviendrai-je point du moins convaincu par le sentiment de mes maux et de mes misères ? Ce n'est que pour nous détacher , que Dieu permet que le monde soit inconstant , les amis perfides , les espérances trompeuses , les plus sages projets si souvent traversés et déconcertés. Mais disons maintenant , le monde nous trompe , pour ne pas dire éternellement , le monde nous a trompés (1). « Pourquoi délibérez-vous , pourquoi flot- » tez-vous et prêtez-vous l'oreille à l'enchantement » des plaisirs ? Ils meurent , ils mènent à la mort. » Àh î donnez - vous plutôt à Dieu , donnez-vous )) à notre maître commun , qui vous a fait naître » avec tant de bonnes qualités. » On croit quelquefois qu'on manquerait à ce que l'on doit aux créa-
(i) Quid œstuas , quicl fluctuas , c/uid mortiferis voluptaiibiis aurem accommodas et aveiris à nobis ?... Mentiuntur , moriuntur, inmortem trahunt.... Da Deo te, da Domino meo te, qui te talemjècit, Auinist
turcs , si Ton se donnait tout à Dieu ; on s'imagine que les autres devoirs en iraient plus mal ; et certes il vaudrait mieux, après tout, négliger ce qui regarde les autres, que de s'oublier soi-même jusqu'à se rendre malheureux pour le temps de l'éternité : mais non , Dieu veut et ordonne nos devoirs envers les créatures ; et , en les servant bien , nous serons fidèles à tous nos devoirs. Mais qui veut contenter premièrement , principalement et directement la créature, infailliblement manquera à ce qu'il doit à Dieu : JSemo potest duobus Dominis servire (1). Tout n'est donc que vanité hors de lui : c'est trop peu dire ; tout , hors de lui , n'est que trouble et qu'affliction, tout n'est que danger et précipice. Que ces mots donc ne sortent jamais de notre esprit, qu'ils soient notre devise désormais : rien n'est plus juste, rien n'est plus honorable, rien n'est plus avantageux, que d'être parfaitement à vous seul , Dieu souverain, Père miséricordieux, Seigneur toutpuissant et éternel.
MEDITATION