‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 37 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

on ordonne de suite deux ou trois répétitions. En voici la raison.

Quand on médite d'abord une vérité , si elle est nouvelle ou proposée sous un tour nouveau , il est naturel que l'esprit s'y porte avec une espèce de curiosité, pour le plaisir d'apprendre ce que l'on ne savait pas , ou de mieux comprendre ce que l'on n'avait connu qu'à demi.

La répétition , qui n'a plus cette grâce de la nouveauté , laisse au cœur plus de temps et de facilité à se nourrir de ce qui a fait impression sur l'esprit. Car c'est un principe certain que le fruit des méditations dépend principalement de l'affection du cœur. 11 faut donc, dans les répétitions, ou se contenter de repasser en général et par une manière de prélude, le sujet qu'on a médité, ou n'en choisir que quelques considérations dont on a commencé d'être touché, pour donner ensuite la plus grande partie du temps ou à de pieuses affections, ou à des entretiens tendres avec Notre-Seigneur, avec la sainte Vierge (entreliens que les livres spirituels nomment colloques), ou à des résolutions conformes à la nature du sujet.

Il est important pour toute la vie d'acquérir l'habitude de bien faire ces répétitions , et parce que l'oraison du soir ne doit être ordinairement qu'une répétition de celle du malin , et parce que des personnes éclairées (comme le sont ordinairement la plupart des religieux et des vrais chrétiens), ne méditent guère sur un sujet , qu'ils ne sachent déjà à peu prés tout ce qu'on en peut dire, et qu'ainsi ils seraient bientôt dans la peine , s'il fallait toujours quelque chose de nouveau pour les occuper

Enfin, personne ne doute qu'une oraison d'affection ne vaille mieux qu'une oraison de tant de raisonnemens. La grâce se communique bien plus par l'une que par l'autre. Il est donc nécessaire, autant que cela se peut, de se porter et de se former à cette méthode.

Pour donner une idée de ce que doivent être les répétitions en général , nous en proposerons quelques-unes pour modèles ; et ainsi , après avoir considéré aujourd'hui l'obligation qu'a l'homme de s'attacher à Dieu, et de ne point s'attacher aux créatures , la répétition sera : de la différence qu'il y a entre s'attacher à Dieu , et s'attacher aux créatures.

PREMIER POIXT.

Première différence. On s'élève au-dessus de soimême , on s'ennoblit , pour ainsi dire , en s'attachant à Dieu; on se dégrade, on s'avilit en s'attachant aux créatures. Notre cœur se transforme en ce qu'il aime. Je suis en quelque sorte tout divin si j'aime Dieu : je deviens terre si j'aime la terre. Et qu'ai-je à faire du monde , moi qui suis fort au-dessus de lui, plus grand que lui P II est fait pour moi, je ne suis fait que pour Dieu : le monde passera, et je ne passerai jamais : Quid tihi cum mimdo, qui major es illo ? Où est cette noblesse de notre première origine ? Nous sommes de la race de Dieu même : fpsius enim et genus sumus. Genus erqo ciim simus Dei , etc. (1); nous ne pouvons trop le répéter. Elevons-nous donc au-dessus de tout et audessus de nous-mêmes; la fierté est un vice partout

(i) Act. 17, aS.

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