PREMIÈRE PARTIE. VU
encore irmocens , si nous avions su défendre nos cœurs.
En vain espère-ton accorder Dieu avec la créature , se partager , les satisfaire tout à la fois ; la créature prévaut bien vite; tout seconde ses efforts : la nature , la passion , les sens et l'imagination , l'exemple , la mauvaise habitude. Qui cherche à plaire aux créatures , ne contentera jamais Dieu ; qui veut ne plaire qu'à Dieu, pourra contenter même la créature , parce que Dieu nous ordonne de rendre à la créature tout ce qui lui est véritablement dû. A proportion qu'on est plus saint , on est aussi plus équitable, plus officieux, plus doux , plus complaisant, plus désintéressé , plus appliqué à ses devoirs. Tout est donc vanité, hormis de connaître Dieu, de servir Dieu , d'aimer Dieu. C'est trop peu dire ; tout est bassesse , tout est trouble et affliction d'esprit ; tout est piège, tout est danger , tout est précipice , hormis de s'attacher à Dieu : A te quid volui super terram , Deus cordis met.., . ? mihi autem adhœrere Deo bonum est (1). Nous finirons en récitant lentement l'oraison dominicale , et appliquant à notre sujet, dans un colloque, toutes les demandes qui la composent.
Notre Père qui êtes au Ciel.
Mon père est au Ciel ; c'est donc là ma patrie et mon héritage. Pourrais-je aimer la terre , me lier à la terre , penser à m'y établir ?
Que cotre nom soit sanctifié.
Toutes les créatures viennent de vous , ô mou
(i) Ps. 72. v. 24, 25, 27.
Dieu ! Toutes donc doivent glorifier votre saint nom ; mais nulle créature n'a reçu de vous plus que moi ; c'est donc moi qui dois vous rendre plus de gloire ; c'est à moi de n'épargner rien pour faire servir les autres créatures à votre gloire.
Que votre règne arrive.
J'espère un jour régner avec vous. Ah ! quand viendra-t-il ce jour heureux ? En attendant qu'il vienne , vous régnerez dans moi ; toutes mes puissances vous seront soumises ; moi-même je régnerai ; car vous servir, c'est régner.
Que votre volonté soit faite sur la terre comme dans le Ciel.
Ainsi régnez-vous dans les anges,. pendant qu'ils régnent avec vous. Parlez donc , ô mon Dieu ! J'écouterai comme eux ; conseillez , inspirez , ordonnez, et j'obéirai.
Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour.
Voilà désormais tout ce que je veux de la créature, le nécessaire, le pur nécessaire , et le nécessaire du jour sans m'occuper de l'avenir. Le reste n'est bon qu'à sacrifier. J'eusse été toujours innocent, si je m'en étais tenu là. Heureux au moins, si je puis comprendre qu'une trop grande abondance est la source de tous les crimes !
Remettez - nous nos dettes , comme nous remettons ce qui nous est dû.
Triste souvenir des fautes que j'ai faites dans l'usage des créatures ! Elles m'en ont souvent puni.