PREMIERE PARTIE
Mais oubliez mes offenses , et j'oublierai celles que m'ont attirées mes attaches. Les hommes m'ont trahi , persécuté ; ils vous vengeaient : mais pourrais-je me souvenir du mal qu'ils me firent , et qui m'a rappelé à vous ?
Et ne nous exposez point à la tentation.
Serais-je encore tenté de chercher mon bonheur hors de vous ? J'espère que non. Mais je suis si faible , et la créature a tant de charmes î la nécessité seule d'en user est une grande tentation. Mais par choix , combien n'ai-je pas ajouté à mes vraies nécessités !
Mais délivrez-nous du mal.
Je n'en crains que de mes attaches. Le péché , l'enfer, les maux véritables, ne sauraient venir que de là. Pour les maux présens , j'oserais presque les désirer : n'ayant plus de passion , ce ne seront que des épreuves et des sources de grâces et de mérites.
Ainsi soit-il.
Ainsi soit-il ; ainsi soit-il , trois fois , cent fois , mille fois ains: soit-il ; mon Dieu , je vous supplie vous seul , et rien de plus.
MEDITATION
Du grand obstacle à notre fin , ou du péché mortel.
Le péché mortel nous détourne absolument de notre lin. Il fait notre Dieu de la créature. C'est donc un obstacle à notre devoir et à notre bonheur:
il faut s'en corriger , et prévenir ses tristes effets. Mais ces effets ne se comprennent pas toujours assez ; il est nécessaire de les bien méditer : considérons donc ce que c'est que le péché mortel ; 1.° par rapport à Dieu qu'il offense ; 2.° par rapport à Thomme qui le commet ; 3.° par rapport à tous les autres maux qu'on peut craindre.
PREMIER POINT
Le péché mortel considéré par rapport à Dieu qu'il offense.
C'est une injure faite à Dieu , une offense de Dieu , un mépris de Dieu. Dieu dit : Faites ceci, je vous l'ordonne ; ne faites point cela , je vous le défends. L'homme détourne son attention pour ne point entendre, ou bien il ose répondre : Je n'obéirai pas : qui est-ce qui parle ainsi, Je n'obéirai pas? Une vile créature , une poignée de poussière , un insecte que Dieu tient suspendu entre l'enfer et le néant. Qui parle ainsi ? Un homme chargé des bienfaits de Dieu, que Dieu conserve, que Dieu fait agir et parler, et qui se sert des propres bienfaits de Dieu, de son esprit, de sa liberté , de sa langue , de son corps , pour l'outrager. Et à qui parle-t-il ainsi ? A son créateur , à son père , à son souverain , à celui dont le ciel et la terre adorent la majesté , respectent les volontés , suivent les lois, sans pouvoir se démentir. Et pourquoi parle-t-il ainsi ? Pour se satisfaire lui - même , ou pour plaire à quelque autre dont il fait son Dieu et sa fin. Et qu'est-ce que Dieu lui commande? Des choses infiniment justes , infiniment saintt s , des choses d'où dépend sa perfection, le bon oidre de sa vie , sa félicité ; des choses