‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 41 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

que sa conscience lui dicte, et que sa raison ne peut s'empêcher d'approuver.

Il est vrai que notre rébellion n'ôte rien à Dieu personnellement ; toujours il est également grand , puissant , heureux , glorieux ; mais sa grandeui même et son indépendance montrent l'indignité de notre désobéissance. Votre péché ne nuit point à Dieu ; est-ce votre faute P Ne faites-vous pas tout ce qu'il faudrait pour lui nuire ? Tient - il à vous que vous ne mettiez le désordre dans son empire , que vous ne lui causiez de l'ennui, de l'amertume , des déplaisirs mortels ? Ne se plaint - il pas , comme si vous lui causiez tous ces maux - là ? Cest qu'il ne tient pas à vous que cela ne soit. On tire sur un oiseau ; mais il vole si haut, que le coup n'y saurait atteindre. Est-ce manque de volonté dans le chasseur? Vous allez poignarder votre ennemi ; il se trouve heureusement couvert d'une forte cuirasse : vous est- il redevable de la vie P Ce qui semble diminuer d'un côté la malice du péché mortel, l'augmente véritablement de l'autre. Dieu est si indépendant , il est si Dieu, que rien ne lui peut nuire ; et vous osez attaquer une si haute majesté, homme insensé et téméraire ' Si nous étions souverains , et qu'un sujet nous osât parler de la sorte : Je n'obéirai pas , il ne nous ferait pas grand mal peut-être; mais que penserions-nous, à quoi nous résoudrionsnous PJNous ne sommes rien, et comment regardons-nous ceux qui s'opposent à nos volontés, surtout si nous leur avons fait du bien , si nous leur en avons encore promis , si ce sont nos créatures , nos enfans ; s'ils tiennent tout de nous, s'ils ne peuvent rien tenir que de nous; si ce sont des gens de néant.

Retraite spirii. l 4

des domcsfiqucs , des esclaves ? Le péché n'atteint donc pas Dieu dans son essence ; mais Dieu est le protecteur de Tordre et des lois de l'équité : il ne lui est pas plus libre de désapprouver le crime et de s'en offenser , qu'iln'est libre à un législateur de ne pas être indigné , quand , entendant parler de la conduite d'un insigne scélérat, il prononce qu'il faut se défaire d'un tel monstre : il ne lui a fait aucun tort dans sa personne : maisil a offensé ce prin cipe de droiture qui fait haïr le mal , et qui porte à en désirer la punition. Le juge qui renvoie au supplice n'en a pas été plus blessé ; il le condamne sans passion , peut - être avec peine ; mais il est le protecteur des lois humaines qui ont été violées. Ah î je n'avais jamais bien compris ce que c'est qu'un péché. Je ne regardais que l'extérieur de ma désobéissance : j'en jugeais comme les hommes qui ne pensent à rien , qui ne pèsent rien. Je songeais à me satisfaire , et j'oubliais que je déplaisais à Dieu, que j'offensais la souveraine droiture de Dieu. Je suis éclairé maintenant : il faut qu'un mortel soit soumis à l'Immortel , et qu'il ne compare jamais sa propre volonté à celle de son maître : c'est la justice, c'est l'ordre. Jamais je ne dirai: Qu'est-ce qu'un péché ? Ce n'est qu'une pensée , qu'une parole , qu'une action qui échappe. Je dirai : Cela me parait une bagatelle; mais Dieu en juge bien autrement. Le péché lui défilait , il le fâche , il l'irrite ; il faut donc que ce soit toute autre chose que ce qu'il nie parait

Page 1