‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 42 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

SECOND POINT

Le péché mortel considéré par rapport à l'homme pécheur.

Il lui cause des pertes infinies, et il le rend digne le toutes sortes de chàtimens. Ce matin encore j'éais enfant de Dieu , agréable à ses yeux, l'objet de ;es soins et de sa protection. Il avait sur moi des censées de paix et de bonté : les anges veillaient contre tous les accidens qui pouvaient m'assaillir. Pavais amassé des trésors immenses de mérites, routes mes actions les plus petites pouvaient m'atirer un nouveau degré de grâce et de gloire. Je riens de succomber à une tentation : une satisfaction qui a passé comme l'éclair, m'a ravi tout cela.

Que les plaintes lamentables des prophètes contiendraient bien ici ï Qu'est devenue cette Jérusalem si florissante , si puissante , la demeure de son Dieu , le centre de tous les biens du ciel et de la terre ? On la cherche dans elle-même , et on ne la retrouve plus. Ceux qui la voient , l'insultent avec des reproches amers : Est-ce là cette cité, reine des autres cités , la joie de ses citoyens , la jalousie des étrangers, l'admiration de ceux qui la regardaient? Civitas princeps pjrovinciarum (1). Hœccine est urbs perfecti decoris , gaudium uniiersœ terrœ ? D'une ville si considérable , une nuit , un moment en a fait un affreux désert. I?iter(2) civitatem maximam et nullam una nox interfuit. ~SIanum suam misit hostis ad omnia desiderabilia ejus (3). Mais

(ï) Lament. 7^rem. c. i , v. 1 , et c. 2 , v. i5. (2) Seneq.— (3) Jerem. c. 1 , v. 10.

76 RETRAITE DE TK£NTE JOURS.

hélas ! un péché , un seul péché m'a mis dans un état encore plus pitoyable , et en beaucoup moins de temps. J"ai perdu en un moment les mérites de toute ma vie . le fruit de tant de pénitences , de gémissemens , de prières , de régularité. Mais ce n'est pas assez, Dieu me hait ; il ne veut pas que je l'ignore : s'il conserve pour moi un reste de bonté , ce n'est que dans la vue de ce que je puis redevenir encore. Les démons lui demandent permission de m'exîermir.er : Fis? imits (1). Ils n'attendent qu'un signal : que Dieu y consente, et me voilà dans renier. Je suis bien hardi d'avoir osé pécher en sa présence , plus hardi de persévérer dans mon péché , hardi jusqu'à là fureur d'ajouter à mon premier péché une multitude de nouveaux crimes. Dieu ne se lassera-t-il point: Dieu n'est-il point déjà las ? N'est-ce pas pour moi que gronde la foudre , moi que menacent les maladies mortelles et les calamités ? Oui , l'enfer et moi nous ne sommes qu'à un degré de distance.

Ce sont là des maux , dites-vous , qu'on ne voit point , qu'on n'aperçoit point : Peccavi , et qui d mihi accidit triste (2) ? J'ai péché , et quel mal; m'est -il arrivé ? Je suis aujourd'hui tel que j'étais hier ; je jouis du fruit et du plaisir de mon crime... Mais consultons la foi. D'anges que nous étioi elle nous fera voir que nous sommes devenus le spectacle hideux d'un démon. Un seul péché a mis entre l'archange saint Michel et Lucifer , cette dif férence affreuse que l'imagination du peintre nepeuf j que faiblement exprimer. Si une dame d'une excel lente beauté , allant se présenter au miroir, se trouai) Matth. i3,a8.— (a) Ecd. c. 5, 4

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