PREMIÈRE PARTIE
Donc , fut-on exempt des vices grossiers , fût-on pur comme un ange , les péchés de l'esprit et du cœur restent toujours et suffisent pour nous perdre.
Donc il ne faut point se rassurer sur les dons ni de la nature , ni de la grâce que Ton peut trouver dans soi-même. Flattons - nous tant qu1 il nous plaira , nous ne sommes point des anges , et nous n'avons ni d'aussi grandes qualités, ni d'aussi heureuses dispositions pour le bien , ni autant de capacité qu'eux pour faire glorifier Dieu. L'esprit ne sert quelquefois qu'à causer de plus funestes égaremens: de grandes lumières demandent une fidélité en quelque sorte proportionnée ; de grands talens sont la matière d'un plus grand compte.
Donc il ne faut qu'un seul péché mortel , et un premier péché , et un péché d'un moment , une simple complaisance volontaire dans un projet criminel , pour nous associer aux démons.
Donc la multitude des pécheurs ne diminue ni l'énormité , ni le châtiment du péché. Si nous péchons avec tout le monde, avec tout le monde nous périrons , et la foule des réprouvés ne rendra pas notre supplice plus léger ni plus supportable.
Donc il est terrible de porter les autres au péché; c'est le péché de Lucifer , par là plus coupable et plus puni que les autres anges. Mais on n'est pas excusable de recevoir le scandale ou de le prendre de qui que ce soit ; ceux qui ont imité Lucifer clans sa révolte , l'ont tous accompagné dans le lieu de son tourment.
Donc enfin , la bonté , la miséricorde , si naturelles à Dieu, n'arrêtent pas toujours les effets de sa
84 RETRÀUK DE TRESTF JOURS»
colére. 11 est infiniment bon , mais il est aussi infiniment juste et infiniment terrible.
Mais parlons-nous à nous-mêmes plus personnel îement encore. Les anges n'ont commis qu'un péché, et j'en ai commis une multitude. Ils n'ont fait que se complaire dans la pensée du mal , tout au plus ils l'ont désiré ; et ma conscience me reproche les plus coupables actions , péchés détestables et de toute espèce. La plupart n'ont fait que suivre le mauvais exemple ; je le suis , moi , et je le donne tout à la fois. Jamais de grâce pour eux , et tant de fois j'ai obtenu le pardon ; je suis encore en pouvoir de l'obtenir. Dieu m'attend, il me presse, il me sollicite , il me rappelle. D'où viennent ces différences .J Dieu m'a plus aimé qu'eux , il n'y en a point d'autre raison. Ah ! qu'il en soit béni mille fois. Mais si je ne reviens au plus tôt a lui , ou si je retombe encore, plus Dieu mérite de reconnaissance , plus mon ingratitude l'irritera et le portera à se venger. Je devais tout craindre après une première chute; que ne dois -je pas craindre après tant de fautes réitérées ? Celle que je me sens tenté de commettre, ne mettra-t-elle pas peut-être le sceau à ma réprobation et aux miséricordes de Dieu ?
Heureux qui ne perd jamais de vue ces pensées salutaires avec lesquelles il serait si difficile de pécher ! malheureux qui les évite ou qui ne s'étudie pas à se les rendre présentes , sachant bien qu'elles le retiendraient dans l'ordre ! Souverainement malheureux qui , ayant à l'esprit et sentant toute leur impression , ne laisse pas de passer outre et de pécher ! Se peut-il une plus grande marque d'endur-