‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 48 sur 140 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

cissement ? et si ce n'est pas là l'enfer , n'est-ce pas ce qui en approche davantage ?

SECOND POINT

Châtiment du péché mortel dans Adam.

Nous n'ignorons pas son malheureux sort , non plus que celui des anges rebelles. Eve trompée , séduite par le démon sous la figure du serpent, mange du fruit défendu. Adam, par complaisance pour Eve , en mange après elle ; ils perdent l'un et l'autre la grâce et l'amitié du Créateur; d'immortels qu'ils étaient, ils sont condamnés à mourir: on les chasse du jardin de délices qu'ils habitaient. Dieu n'est pas encore satisfait ; leurs descend ans seront tous censés coupables de leur crime : plus des trois quarts des hommes peut-être seront damnés à cause de leur seul péché. Les plus innocens , ceux à qui le péché d'origine aura été remis , ne laisseront pas de souffrir la faim , le travail , les maladies, sujets à l'ignorance et aux révoltes les plus humiliantes des sens et de la cupidité contre la foi et la raison. Et après , enfin , que Dieu aura pardonné à Adam, il faudra , pour satisfaction, pendant neuf cents ans, qu'il travaille à la terre , qu'il ne mange son pain qu'à la sueur de son front, qu'il voie le meurtre dans sa famille , et qu'il s'entende reprocher jusqu'à la mort , par ses criminels enfans , qu'il est la première cause de tous leurs désordres. Cela est si terrible que nous avons peut-être de la peine à le comprendre. Sentons-en donc bien toute la difficulté ; cela ne peut être qu'utile. La chute d'Adam et sa punition sont comme la base sur laquelle por-

tent, pour ainsi dire , tous les autres mystères de la Religion. C'est le grand dénouement d'une multitude de difficultés qui. sans cette vérité , devitmdraient inexplicables. Renouvelons donc notre foi, mais ne cessons de méditer que nous n'en soyons vivement , profondément , inébranlablement persuadés. Alors que conclurons-nous, et que serat-il nécessaire de conclure ?

l.° Qu'il ne faut donc pas juger du péché par l'apparence; rien n'est plus trompeur. Jeneerovais pas faire un si grand mal : Adam l'aurait pu dire comme nous. Pensons-nous qu'il prévit tant de suites de sa désobéissance ? On lui avait dit : Vous ne mourrez point ; et il avait bien voulu le croire.

Jamais donc je ne dirai : Le péché semble trop peu de chose pour que Dieu le châtie d'une manière si terrible. Je dirai , au contraire : Puisque Dieu châtie le péché avec tant de rigueur , il faut donc que ce soit quelque chose de bien monstrueux. Je ne l'avais jamais bien conçu ; je le conçois et je ne l'oublierai jamais.

2.° Nous conclurons encore que les passions douces sont aussi redoutables souvent que les passions les plus violentes. Un beau naturel inspire delà complaisance : on craint d'affliger un ami , de déplaire à une personne avec qui l'on doit toujours vivre. Que diront-ils, que penseront-ils , si je leur résiste en face ? Ce fut la tentation du premier homme , dit saint Augustin : Noluit contristare deliciat suas ; il eut peur de contrister la seule compagne qui put lui rendre la vie agréable. Mais son excuse fut-elle valable devant Dieu ? La femme que vous m'avez donnée m'a présenté du fruit, et j'en ai

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