PREMIÈRE PARTIE
mangé ; cela le justifia-t-il ? Respect humain , considération, crainte de la créature contre les ordres du Tout-Puissant , combien avez-vous damné d'hommes ! Combien en damnerez-vous , même en religion î
3.° Je dirai de plus : Si Dieu punit d'une manière si terrible , et dans moi - même et dans tous les hommes sans exception , le péché d'autrui , que ne méritent pas mes péchés propres et personnels , et combien dois-je craindre que Dieu ne les punisse! Qu'il les punisse donc dans moi de la manière la plus rigoureuse , c'est justice , je le dois appréhender ; mais n'aurait -il pas droit encore de les punir dans ceux qui m'appartiennent ? N'ai -je point de part , en effet , à tant de calamités que d'autres souffrent peut - être à mon sujet ? Je suis maître de mon sort ; mais le suis-je assez de celui des autres , pour ne pas craindre d'attirer sur eux la peine des fautes que je ne puis assez expier ?
4.° Enfin , comparant le châtiment d'Adam à celui des anges rebelles , j'apprendrai que Dieu punit quelquefois sans miséricorde , comme dans les anges ; mais qu'il ne pardonne point sans de rigoureuses satisfactions , comme dans Adam.
Il faut, pour être un pénitent parfait, qu'il y ait , en quelque sorte , autant de différence entre ce que nous fûmes avant le péché, et ce que nous sommes après l'avoir commis : qu'il y en eut entre Adam innocent et Adam coupable, Adam maître de la nature et Adam réduit à travailler et à se servir luimême. C'est le premier modèle que Dieu nous ait donné de la proportion qu'il faut mettre entre la réparation et l'offense ; règle contre laquelle toutes
les prétentions de Tamour-propre ne prescriront ja mais.
Que je m'étais donc trompé jusqu'ici ! Je justifiais mes fautes par leur légèreté apparente ; je les justifiais par leur principe ; j'y trouvais plus de faiblesse et de fragilité que de mauvaise volonté; cela me rassurait. J'oubliais ce que je souffre personnellement , pour le péché du premier homme , auquel j'ai eu , ce me semble , si peu de part. Je croyais assez faire , de m' humilier de mon péché , d'avoir dit : Je ne le commettrai plus ; et , pour les œuvres de pénitence , je les regardais comme de surérogation : que de méprises ! Mais ne nous contentons pas de voir notre erreur : quelles résolutions formerai-je pour l'avenir , et quelles mesures prendrai -je pour rendre mes résolutions plus ef ficaces , plus durables ? Car je ne me rends que plus coupable , si , étant touché maintenant de ces grandes vérités , je n'en fais pas désormais la règle constante de ma conduite.
TROISIÈME POINT
Châtiment du péché mortel dans une multitude d'autres hommes.
Combien de gens enlevés dans l'état du péché , et peut - être après un premier crime ! X'en avonsnous point connu plus d'un? Rappelons-nous l'histoire de leur fin désastreuse. Quoi de plus tragique que ce que racontait un saint religieux, d'un écolier âgé seulement de quatorze ou quinze ans ? 11 ignorait le mal ; un compagnon corrompu le débauche une après - dinée ; le soir même il fut pris