‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 55 sur 140 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

affectées ; réflexions , retours sur soi - même sans fruit et sans amendement, prières mêmes d'obligation sans attention et sans ferveur.

Ces manières différentes , dont on se rend propres les péchés d'autrui : mauvais exemples dans un âge , avec une réputation, dans une place où notre devoir était d'en donner de bons ; connivence au mal qu'on devait empêcher , conseils mauvais ou indiscrets , railleries qui détournèrent les autres de faire le bien , discours libres, immodesties scandaleuses , qui les portèrent au mal.

Cette résistance formelle aux desseins de Dieu sur nous : cette obstination à mal faire contre la vérité connue ; les reproches d'une conscience qui n'est point encore endurcie ; toujours pressés de la grâce , et toujours rebelles à ses inspirations.

Ne regardons pas chacun de ces péchés en particulier ; ils nous paraîtraient peu de chose ; ils ne nous paraîtraient peut-être rien : regardons-les réunis et rassemblés ; comptons - les. 11 y a trois cent soixante - cinq jours dans une année ; dans trente années, il y en a près de onze mille. Le juste pèche sept fois le jour ; l'homme sans crainte et sans amour de Dieu , pèche plus de trente fois ; à ne compter que dix fois , ce serait, après trente ans de vie , plus de cent mille péchés.

Ne jugeons pas de l'énormité de ces fautes suivant ce qu'en dit le monde, mais suivant ce que Dieu en juge par rapport à sa sainteté, par rapport au prix de son sang , par rapport à ses desseins sur nous, par rapport à la multitude de ses grâces et de ses bienfaits ; car c'est ainsi , en effet , qu'il nous jugera.

Bon Dieu î est-ce donc une exagération , si je dis

Retraite spirit. I. ^

que mes péchés surpassent , par leur nombre, celui des cheveux de ma tête et du sable qui est sur les rivages de la mer ? Multiplicité sunt ( i/iiqidtaies meœ ) super capillos capitis mei (1). Quelle matière pour mes confessions, si je pense à en faire une générale ! et puis-je n'y penser pas, si j'ai sujet de croire que je ne me suis jamais assez bien connu moi-même , pour me faire connaître tel que je suis? Mais Dieu me connait , et si je me trompe, ou si je trompe ceux qui me tiennent sa place , puis-je espérer de le tromper ?

Ah ! Seigneur, n'entrez donc point en jugement avec votre serviteur. Hélas ! si vous observez de près mes iniquités , si vous les comptez , si vous les pesez; si vous jugez mes justices mêmes, et que vous sépariez du peu de bien que je crois faire , tant de mal que vous y pouvez découvrir, que deviendraije ? Que dois-je devenir ?

Donnez-moi contre moi-même les vues et les lumières de votre jugement. Je commence à sentir le poids accablant de mes chaînes ; aidez-moi à les rompre , et toute ma vie je vous offrirai un sacrifice de louanges et d'actions de grâces. Mon espérance unique, c'est votre bonté ; c'est le sang même que vous avez versé pour moi , et que j'ai tant de fois profané ; c'est la promesse que vous avez faite de ne pas dédaigner un cœur contrit et humilié ; c'est le commandement que vous me faites d'espérer en vous , sous peine d'être damné ; c'est enfin la confiance que j'ai, que m'ayant appelé, vous u: me rejeterez pas , et que vous avez encore dessein de me

(i) Psalm. 39, i3.

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