PREMIÈRE PARTIE
pardonner. In te , Domine , speravi ; non confundar in œternum (1).
SECOND POINT
Quelle crainte doivent nous inspirer nos péchés , par leur multitude et par leur grièveté.
Le droit de Dieu serait de nous perdre après un seul péché mortel. Pour un seul , les anges rebelles ont péri ; nous l'avons médité. Pour un seul, Adam attira sur lui et sur nous cette foule de malheurs. Son péché lui fut pardonné ; mais jamais il ne rentra dans l'élat heureux de cette justice originelle , où Dieu l'avait créé. Si nous devons craindre que Dieu ne nous traite de la sorte , après une première faute , que devons-nous appréhender de cette multitude de crimes peut - être que notre conscience nous reproche ?
Nous vivons encore, et c'est apparemment ce qui nous rassure ; mais qui peut nous répondre que le bras de Dieu ne soit pas levé , peut - être , et qu'il n'attende plus qu'une nouvelle faute pour nous frapper ? Qui peut répondre que l'arrêt de notre réprobation ne soit pas déjà porté , en punition de tant de crimes sur lesquels nous sommes tranquilles ? Pourquoi Dieu dit-il aux villes de Damas , de Gaza , et de ïyr, qu'il leur a pardonné trois fois, mais qu'il ne leur pardonnera pas la quatrième , si ce n'est qu'il y ait un nombre de péchés déterminé , après lequel la miséricorde laisse agir librement la justice ? Il est incertain quel est ce nombre pour chacun de nous ; mais il est peut - être très-borné ;
(i) Psalm. 3o, i.
mais il est probable qu'après beaucoup de péchés , ce nombre ne peut plus être fort grand.
Ce n'est pas seulement le nombre qui doit nous faire trembler , c'est encore la grieveté. Il y a des péchés qui crient vengeance , selon l'expression de f Ecriture ; un seul fait descendre des foudres visibles ou invisibles de là - haut (1 i. Il y a des péchés remarquables , ou par la noire malice et le fonds de corruption avec lesquels ils se commettent , ou par les grands maux qu'ils causent , quoique souvent nous ne puissions ni ne voulions les apercevoir , ou par le caractère de la personne qui les commet, et qui profane ou la sainteté de son état , ou la dignité de son ministère. Avec cette grande facilité à pécher , est-il rare qu'on n'en commette quelqu'une de ces espèces ?
Nous voilà donc désormais pour le moins dans cette incertitude : Peut - être que le premier péché que je commettrai , mettra le comble à ma mesure: et, dans une chose de cette con-équence, sur le seul peut-être , n'y a-t-il pas de quoi trembler3 Mais supposons que Dieu n'ait pas mis de bornes si étroites à ses desseins de bonté. Ce ne pourra être que par une insigne miséricorde ; et cette miséricorde insigne ne méiite-t-elie pas que nous ne péchions plus , et que nous commencions à aimer Dieu de tout notre cœur ? Serais-je assez ingrat, 6 mon Dieu! pour vous offenser , parce que vous êtes bon , patient , miséricordieux ? Ah ! c'est bien alors que je serais indigne de miséricorde ! Ce serait la véritablement pécher contre le Saint-Esprit ; ce sont de ces péchés dont il est dit , qu'ils ne se pardonnent
(i) Gen. 4. i.. Nurn. ir, : Rsan. 17 et 77.