PREMIÈRE PARTIE
ni en ce monde- ci , ni en Pau Ire. Plus donc de péchés , ô mon Dieu ! pas les moindres péchés ; fussé-je exempt de crimes , la multitude des moindres fautes vous déplaît , vous refroidit , vous éloigne ; et, dans cet éloignement , dans ce froid de Dieu , de quoi n'est -on pas capable ? Hélas ! mon expérience propre peut-être ne me Ta que trop appris.
TROISIÈME POINT
J quelle pénitence nos 'péchés nous obligent par leur nombre et par leur grièveté.
Dieu veut bien nous pardonner quand nous revenons à lui de bonne foi ; mais sa justice ne perd pas tous ses droits ; il faut que le pénitent se punisse, s'il ne veut pas tomber entre les mains de Dieu.
Quelle pénitence donc doit être la notre , après des péchés si grands par leur nombre et par leur grièveté !
L'Eglise, toujours tendre pour ses enfans, ne laissa pas d'ordonner autrefois, pour un seul péché plusieurs années de pénitence : le péché en méritet-il moins aujourd'hui parce que l'Eglise ne l'ordonne plus ? Et selon ce calcul , eussions-nous plusieurs siècles à vivre , aurions-nous plus de temps qu'il ne faudrait (n'en perdissions-nous plus un seul moment ) pour satisfaire pleinement la justice de Dieu ? Mais combien de temps avons-nous à vivre ? Ne fallût-il qu'une bonne œuvre pour contre-balancer un péché , combien faudrait - il de bonnes œuvres avant que nos dettes fussent acquittées ?
Désormais donc nous interdire tous les divertissemens , toutes les douceurs , toutes les satisfac-
tions qui ne sont point absolument nécessaires dans la vie. Pour un si grand pécheur, il n'est plus de plaisirs innocens ni légitimes : travail , austérités , afflictions , solitude , œuvres de charité , vous serez mon unique partage.
Où sont ceux qui demandent quelquefois: Que ferons-nous , à quoi passerons-nous le temps ? Aujourd'hui vous devez le passer à réparer vos crimes , à gémir , à pleurer , à faire pénitence. D'autres craignent , ce me semble , d'en trop faire ; ils disputent avec Dieu : on dirait qu'ils s'imaginent que Dieu puisse leur en devoir de reste. Il en est qui s'enflent de vanité , qui ont de la complaisance pour eux-mêmes , à la vue du peu de bien qu'ils paraissent faire. Esclave méchant et paresseux, dissipateur des talens du souverain Maitre , économe abimé de dettes, qu'avez-vous fait , que faites-vous qui approche de vos obligations ?
Humilions-nous devant Dieu ; humilions-nous à nos propres yeux ; humilions - nous aux pieds de tous les hommes. L'humiliation volontaire est notre unique ressource. Un pauvre superbe est déjà réprouvé de Dieu; mais songeons que c'est après avoir fait tout le bien dont nous sommes capables , qu'il faut dire : Nous sommes des serviteurs inutiles \\..
(i) Luc. 17 , 10.