PREMIÈRE PARTIE. \Q
MEDITATION
Du péché véniel.
Si nous avons conçu toute l'horreur convenable tri péché mortel , nous aurons aisément du péché véniel une horreur à peu près égale , pour trois rapports qu'ils ont l'un avec l'autre.
1.° Parce que le péché véniel, après le péché mortel, est la chose que Dieu hait davantage et qu'il punit le plus sévèrement ; ou plutôt c'est la seule chose que Dieu haïsse et qu'il punisse , après le péché mortel.
2.° Parce que le péché qui n'est que véniel en apparence , est souvent mortel en effet.
3.° Parce que le péché qui n'est certainement que véniel , dispose et conduit insensiblement au péché mortel.
PREMIER PO EST
Le péché véniel est la seule chose que Dieu haïsse , et qu'il punisse après le péché mortel.
Un point des plus difficiles à expliquer de toute la théologie , c'est en quoi consiste la différence du péché véniel et du péché mortel ; comment il se peut faire que l'un soit un mépris de Dieu, et l'autre , non. Dans l'un comme dans l'autre, n'est-ce pas toujours Dieu qui commande , qui dit, faites ceci ou cela , je vous l'ordonne : ne faites point ceci ou cela, je vous le défends ; et l'homme qui dé-
tourne son attention pour ne pas entendre , ou qui ose répondre : Je n'obéirai pas , je me satisferai ? Et qui est-ce donc qui parle de la sorte, et à qui parle-t-il , et que lui ordonne-t-on, qui ne soit infiniment raisonnable ?
Plusieurs théologiens, même catholiques, ont cru long-temps que la différence ne venait que de la pure bonté de Dieu , qui , eu égard à notre fragilité , n'avait pas voulu défendre ou commander, sous peine de sa disgrâce et de la damnation éternelle , des points d'un détail infini. Leur opinion , depuis , a été abandonnée et réprouvée. On convient qu'il y a une différence essentielle entre un péché grief et une faute légère. Mais il reste toujours à bien expliquer la différence ; et là-dessus il faut avouer que Ton entend souvent à peine ce que l'on dit , surtout quand il s'agit des péchés de propos délibéré , de ceux à qui , pour en faire des crimes du premier ordre , il ne faudrait qu'un peu plus de matière. Enfin, c'est toujours offenser Dieu, déplaire à Dieu , si ce n'est pas toujours le mépriser; et, de l'aveu de tous les théologiens , cette offense , quelque légère qu'elle soit, est un si grand mal , qu'il vaudrait mieux laisser périr le monde entier, que de vouloir le sauver au prix même d'un seul pèche véniel. Dieu est tout , la créature n'est rien : donc le plus grand mal de la créature n'est nullement comparable au plus petit mal de Dieu. Donnez-moi quelqu'un qui connaisse et aime Dieu, et il entendra , et il sentira ce que je dis.
Aussi voyons-nous les chàtimens terribles que Dieu a tirés des hommes pour de simples péchés véniels dés le temps présent, outre ce qu'il leur ré-