PREMIÈRE PARTIE
des bontés de Dieu et des plus précieuses marques de sa libéralité.
SECOND POINT
Le péché qui n'est que véniel en apparence , est souvent mortel en effet.
Rien n'est plus vrai ni plus terrible ; mais rien n'est plus capable de nous en donner de l'horreur , que cette considération.
On ne peut pas , au siècle où nous sommes , se plaindre qu'on manque ou de bons confesseurs, ou d'habiles casuistes : cependant il est sûr que , qui leur ferait certaines questions , les embarrasserait beaucoup. Apprenez-moi , je vous supplie , mais bien exactement et bien précisément , quand est-ce que la matière est suffisante pour faire un péché mortel , et quand elle ne Test pas , en fait de médisances, de rapports faux ou véritables, de paroles équivoques ou malhonnêtes , d'actions indiscrètes et légères, de démonstrations tendres sur l'article delà pureté. Supposé une matière suffisante, apprenez-moi ensuite à discerner si l'on a consenti ou non ; à bien distinguer toujours le plaisir attaché nécessairement à la pensée, d'avec le plaisir qu'on prend en y réfléchissant; la complaisance qui est tout-à-fait libre , d'avec une autre qui ne l'est peutêtre pas, ou qui ne Test qu'à demi ; tout cela d'avec le désir; et le désir consommé , d'avec celui qui ne l'est qu'imparfaitement.
On ne pèche point quand on agit en bonne conscience , me répondez-vous : mais j pour être en bonne conscience, dites-moi quelle diligence il faut
l08 RETRAITE DE TRENTE JOURS.
apporter à connaîtra ses devoirs. Vous réponde7 , une diligence morale. Mais qu'est-ce que cette diligence morale? Car ce n'est pas toujours une chose aisée à comprendre, ni facile à démêler. D'ailleurs, combien de circonstances peuvent changer l'espèce du péché, et d'un péché véniel faire un mortel! Le mauvais exemple que l'on donne, le scandale qu'on excite , le chagrin qu'on cause , les suites qui ne se produisent que long-temps après. On les ignore peut-être; mais devrait-on les ignorer? Qui peut rendre cette ignorance pardonnable , et qui empêche qu'elle ne soit elle-même tout-à-fait imputée
comme un crime ?
Les personnes qui aiment mieux pécher véniellement que de se tant gêner, font-elles ces réflexionslà ? Veulent-elles se donner la peine de les faire ? Animées de la passion , sont-elles capables de les bien faire? Et si , faute de les vouloir faire ou de les bien faire , le péché se trouvait mortel , en seraient-elles plus excusables et moins criminelles devant Dieu?
Celles qui veulent s'éclairer , que font-elles quelquefois autre chose que de chercher des livres qui leur élargissent , qui leur gâtent la conscience ? Combien en voit-on se féliciter d'avoir trouvé ce qui ne sert qu'à affaiblir leur foi et à mettre leur cœur plus à Taise ! Encore , pourvu que Ton consulte ; car, combien se font à elles-mêmes des principes et des décisions dont elles ont honte dans la suite, et dont elles reconnaissent l'illusion quand , la passion étant calmée , elles se regardent de
«ens rassis !
Quel remède à tout cela ? Une extrême horreur