‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 67 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

faitement par la pensée attentive des fins dernières , et des malheurs auxquels expose l'oubli de Dieu et de ses desseins en nous envoyant au monde. Mort funeste , jugemens terribles , châtimens éternels. Nous commencerons par la mort.

Dans la mort , on peut distinguer quelque chose d'incertain , quelque chose de certain , et quelque chose d'incertain et de certain tout à la fois.

1 .° Ce qu'il y a d'incertain doit nous tenir dans une continuelle vigilance.

2.° Ce qu'il y a de certain doit nous porter à un parfait détachement.

3.° Ce qu'il y a d'incertain et de certain tout à la fois , doit nous inspirer une grande et constante ferveur. Pvien n'est plus propre que toutes ces considérations à nous rapprocher de notre fin , à nous empêcher de nous en écarter jamais.

PREMIER POINT

Ce qu'il y a d' incertain dans la mort , c'est le lieu, le temps où nous mourrons , et la manière dont nous mourrons.

Sera-ce ici ou ailleurs , jeunes ou vieux, subitement ou après avoir été avertis ? Qui peut le dire ? Qui oserait l'assurer?

En vain compte-t-on sur la force du tempérament et de la complexion, sur ce qu'on n'a que trente ans ou un peu plus , sur ce qu'on n'a jamais été malade et qu'on jouit d'une santé parfaite. Si l'on avait dit, il y a quelque temps, à quelqu'un de notre connaissance : d'aujourd'hui en un mois, à pareille heure, on nous assemblera ici pour vos funé-

railles ; on eût peut-être répondu : quelle idée ! quelle rêverie ! La chose en est-elle moins arrivée P Combien d'autres à qui on aurait pu porter leur arrêt, pour mourir à un demi-jour de là ! Rappelons-en la mémoire ; quelle fut notre consternation et notre crainte !

Ce sont là des accidens qui sont rares , disonsnous. l.° N'y en eût-il jamais eu qu'un premier, il devrait en faire craindre un second ; et ce second nous regarderait peut-être. Mais combien en voit-on de tous cotés ! Les morts subites deviennent comme à la mode depuis quelque temps ; on ne parle d'autre chose ; chacun ferait un livre de ce qui a pu en venir à sa connaissance. Celui-ci se lève à son ordinaire , et passe dans son cabinet pour y travailler ; à huit heures il se sent mal , il n'est plus à neuf. Celui-là , après avoir passé une nuit fort inquiète , sort le matin pour quelques affaires : à deux pas de chez lui , une vapeur le saisit , il tombe, on l'enlève, il expire. Cet autre, après avoir dîné gaiment avec ses amis , ayant encore , pour ainsi dire, le morceau dans la bouche, tombe la tête sur la table : on ne sait ce que cela signifie : on lui parle, on le relève, on l'agite ; vains secours ! il est déjà mort.

2.° Ce sont des accidens rares ; en sont-ils moins terribles pour le mort P Et s'il est surpris en mauvais état, en est-il moins à plaindre ? J'ai été surpris ; mais en récompense une multitude d'autres ne le sont pas , et je ne croyais pas que je dusse l'être. La belle consolation !

3.° Si les surprises visibles sont plus rares , les surprises invisibles le sont-elles ? jN'est-on pas vé-

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