‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 73 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tant qu'on peut. Mais a-t-on raison de le rassurer , et ne doit-il pas craindre qu'on ne le flatte ?

Les noms de ohrétien ou de religieux sont des titres consolans qui doivent inspirer de la confiance; mais ce mourant n'en a guère eu que le nom. Cent fois il a eu regret de le porter ; il Ta déshonoré : il s'est souvent approché des sacremens, mais par coutume , par respect humain , sans dévotion : Dieu veuille que ce n'ait pas été autant de profanations, d'énormes sacrilèges !

Jésus-Christ est mort pour lui ; mais il a rouvert toutes ses plaies, il a abusé de ses grâces , foulé son sang aux pieds. L'effrayante réponse que fit un mauvais prêtre quand, à la mort, on voulut lui donner de la confiance dans le sang de Jésus-Christ : Le sang de Jésus-Christ , s'écria-t-il , d'une voix épouvantable, ah ! j'en ai profané plus d'un tonneau. Tous ceux qui l'entendirent , se retirèrent saisis d'horreur. 11 voulait parler de tant de messes où le vin se change au sang du Sauveur , et qu'il avait célébrées en état de péché mortel , en sacrilège.

Dieu est infiniment miséricordieux. Mais le pécheur n'a été si méchant que parce qu'il l'a cru si bon. Il a osé dire : J'ai péché , mais Dieu me pardonnera. Ce n'a pas été , si l'on veut , un homme publiquement scandaleux ; mais une seule passion, sût-on la bien cacher , suffit pour nous perdre. Le confesseur lui inspire des sentimens d'espérance dans la miséricorde de Dieu ; mais l'Ecriture semble l'assurer du contraire , et souvent le confesseur lui a parlé comme l'Ecriture : Vocaxi ex renuistis. ,.. ego quoque in interitu vestro ridebo et sub-

iannaho (1). Ce que racontait un fameux missionnaire , peut trouver ici sa place. Il faisait mission dans une ville , où il convertit un jeune cavalier fort débauché. A deux ou trois ans de là , faisant mission ailleurs , on vint le prier d'aller confesser, dans une auberge , un gentilhomme étranger , qui était fort malade ; d'abord ils se reconnurent : Eh bien , mon cher fils , dit le père , où en sommesnous ? Avez - vous persévéré , gardé ce que vous aviez promis à Dieu? Non , mon père , reprit le cavalier ; je suis retombé , et je suis tel et plus mauvais qu'auparavant ; aussi ne crois -je plus qu'il y ait pour moi de miséricorde ; j'en ai trop abusé. Le missionnaire lui disant avec bonté tout ce qui peut exciter la confiance : Ah î mon père , lui réponditil , ce que vous me dites est bien contraire à ce que je vous ai entendu dire si souvent en chaire et au confessionnal; là vous prêchiez l'Evangile, ici vous me trompez ; souffrez que je vous le reproche ! oui, vous me trompez , je suis réprouvé. Il ne laissa pas de se confesser , de recevoir les sacremens ; mais il mourut toujours agité, toujours répétant : On me flatte ; Dieu va me rendre justice.

Sentir qu'on n'est pas bien avec Dieu : douter si l'on est bien avec Dieu , et ne pas courir au remède, et vivre sans alarmes, c'est une horrible fureur. Revenons , mais persévérons ; mettons du moins quelque intervalle entre le péché et la mort. Il est bien tard ; déjà peut-être le maître arrive; il frappe; il va paraître : ne sortons point de cette retraite ; ne quittons point cette méditation , que nous ne soyons prêts à mourir, et prêts encore à bien vivre. (i) Prov. c î s v. »4 1 ^6.

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