‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 74 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

a vivre en chrétiens parfaits, en véritables religieux. Malheur , cent fois malheur à celui qui , ayant fait ces réflexions , se sera laissé surprendre.

SECOND POINT

La mort d'un religieux tiède et relâché.

La tiédeur est rarement et ne peut guère être sans d'assez grands péchés : nous l'avons montré. Ainsi, les personnes tiédes et relâchées sont exposées , ou peu s'en faut , à tous les accidens des plus grands pécheurs ; si donc elles sont frappées d'une mort inopinée , peut - on leur répondre de leur salut , et peuvent - elles s'en répondre ? Laissons cela , et voyons ce qui peut leur arriver de plus favorable.

On les avertit du danger ; mais c'est un langage qu'ils n'entendent point, ou qu'ils font semblant de ne pas entendre.

La pensée de la mort les accable, les fait frémir . ils tiennent à la vie. En oubliant la mort, ils parais sent croire qu'ils ne mourront pas sitôt. Si l'on fait instance, et qu'on parle ouvertement de confession, de sacremens : Est-il temps déjà ? suis-je donc désespéré ? Ce soir , demain , après le redoublement, ne sera-ce pas assez tôt 9

Si le mal est accablant, ils évitent l'amertume des pensées affligeantes; ils écartent toutes les réflexions qui pourraient les inquiéter ; mais ils ne recueillent pas le fruit que produiraient peut-être ces réflexions que la grâce de Dieu inspire souvent pour remuer une ame dure que rien n'a pu toucher.

S'ils sont à eux-mêmes , el s'ils peuvent penser et réfléchir, comment jugent-ils de leurs attaches passées ? Un religieux tiède et peu scrupuleux , est ac-

câblé de scrupules dans ces derniers momens ; il voit du crime , du doute , où il n'en avait jamais aperçu. Point de confessions sur lesquelles il puisse se rassurer. Vingt ans , trente ans de vie religieuse, et pas r ombre d'une vertu solide ; à peine cfe la foi et de la crainte de Dieu. Toujours pressé de la grâce , tourmenté de remords , et toujours infidèle , toujours rebelle ! Avoir pour juge celui qu'on n'aima jamais , avec tant de raisons de l'aimer: est-ce là ce que j'avais promis à Dieu, ce que j'étais venu chercher en religion ? On voit les compagnons de son relâchement , les complices de son dérangement ; c'étaient des amis, ce sont des ennemis ; on les regarde, et aussitôt ondétourne ouonbaisselesyeux.

On aperçoit ceux dont la vie fut fervente et exemplaire ; la conscience les démêle dans la foule , et elle dit : Voilà tes juges ; au lieu de les railler , de les persécuter , que ne les croyais - tu? que ne les imitais-tu ? Tu le pouvais , tu le devais.

Serait-ce trop que d'être vertueux, et de se contraindre toute la vie , pour acheter la paix en ces temps de tribulation ? Ceux qui disent , il ne s'agit que de deux ou trois jours mourais à passer, ne savent pas ce que ces jours - là durent , ni ce qu'ils coûtent. Qu'ils demandent à ceux qui se sont crus dans un danger prochain de mourir après une vie tiède et imparfaite, s'ils furent capables de réflexion.

Le courage et l'intrépidité au temps de la m rt , est ou une grâce insigne , ou le comble de l'endurcissement. Grâce insigne , une personne tiède ne la mérite pas , elle en est positivement indigne ; reste que ce soit une grande insensibilité : Ista tranquil litas , te m pestas est dit saint Augustin.

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