PREMIERE PARTIE
les excuser. Ce sont mille mauvais prétextes , dont les personnes tranquilles et sans intérêt sont étonnées ou indignées.
Là , tout autre intérêt que celui de la vérité et de la justice aya; t cessé , à la seule lumière de la foi et de la conscience , on se mettra dans son tort. De deux hommes que l'Evangile nous représente devant le tribunal du grand Maître , aux reproches qu'on leur fit , l'un demeura muet : Ai ille obmutuit (1). L'autre , voulant répondre, ne parla que pour sa propre condamnation: De ore tuo tejudico (2). Lequel est le plus terrible , ou de n'avoir rien à répliquer à son juge, ou de lui faire trouver, jusque dans ses réponses, la matière d'une plus humiliante correction ? L'un ou l'autre sera notre partage.
Alors , osera-t-on seulement dire ou penser : Je manquais de grâce ; ce que vous demandâtes de moi était impossible? J'étais donc un tyran ; mes sermens étaient donc des parjures; mes promesses, des illusions ? N'ètes-vous pas détrompé , à présent que vous me connaissez ? Mais , avant même que de me connaître si bien qu'aujourd'hui , dans la seule idée d'un Dieu qui ne peut être que la droiture et la raison même , n'y avait - il pas de quoi vous désabuser? Dûtes-vous écouter ceux qui, contre les décisions de mon Eglise , eurent intérêt peutêtre à parler autrement , pour vous amener plus sûrement à lej\rs pernicieux desseins, et désarmer sans doute votr& simplicité, votre innocence ? Votre propre expérience ne vous apprit-elle pas qu'on peut faire le bien quand on le veut ; ou , si on ne le peut
(i) Matth. aa, ia.— (a) Luc. ig , aa.
pas, qu'on peut toujours en demander et obtenir la grâce ? Fûtes-vous long-temps fidèle aux premiers secours, sans recevoir un surcroît de consolation et de courage ? At ille ohmutuit. Voyez donc si yous avez quelque autre chose pour votre justification : ÎSarra si quicl habes ut justificeris (1). Prenez garde seulement que vous ne parliez contre vous - même , que je ne vous convainque par vos propres raisons : De ore tuo te judico.
J'ai vécii comme la multitude ; la plupart n'étaient pas plus réguliers, plus scrupuleux que moi. N'était - ce pas une raison de vous défier de votre conduite p Quelle autre marque plus sensible de réprobation avais-je donnée , que celle d'aller avec la foule P Selon moi /ie chemin large , où devait-il aboutir P Lata porta et spatiosa via est quœ ducit ad perditionem (2). Peu d'élus, même en religion , si Ton vit en religion à peu près comme dans le monde , sans faire tous ses efforts pour entrer par la porte étroite : Contendite intrare per angustam portant (3) Multi vocati , pauci electi (4)
J'avais un naturel si vif , des passions si fortes. — Fallait-il encore leur donner, leur chercher de la nourriture ?
J'étais faible. — Pourquoi donc ne pas craindre, ne pas fuir l'occasion P A quoi bon tant de lectures frivoles ou dangereuses, tant de conversations inutiles P Pourquoi vous associer, vous livrer à ceux qui ne pouvaient que flatter vos mauvais penchans; qu'autoriser, par leur exemple, par leurs conseils , une conduite déréglée ?
(i) R 43, 26.— (2) Matib. 7 , i3.— (3) Luc. i3 , H- (4) Matth. 22 , 14.