‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 81 sur 140 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Le respect humain me dominait. Qu'aurait-on pensé , qu'aurait-on dit de me voir faire le dévot, le réformé ? — Il fallait vous déclarer si hautement ^ que le respect humain même vous aidât à ne pas reculer. Vous craignîtes les discours , les railleries des hommes ; et quel mal pouvaient-ils vous faire P Vous ne me craignîtes pas , moi qui pouvais perdre et l'ame et le corps. Vous le voyez aujourd'hui ; fallait-il le voir pour l'appréhender P

J'avais des occupations . mille affaires m'embarrassaient , me partageaient. — Votre perfection , votre salut n'étaient-ils pas votre grande , votre première , votre unique affaire , celle à laquelle tout le reste devait être subordonné P Tout ce qui put rendre les autres importantes , et vous y affectionner , ne se trouvait-il pas rassemblé souverainement dans celle-ci P

Mon état m'obligeait de vivre avec le monde, de le voir } de l'écouter. - — Sa corruption vous obligeait - elle moins à ne le voir que par nécessité et avec des précautions infinies P Est - ce en prenant ses manières , son langage , ses usages , ses maximes, que vous pûtes espérer d'éviter la contagion ?

J'étais encore jeune; j'espérais avec le temps revenir à moi-même , pour faire pénitence . — Quand j'avais dit : Veillez (1) ; je viendrai comme un voleur, lors qu'on ne m'attendra pas. . . pour qui parlaisje plus que pour ceux qui s'en défient le moins, pour ceux que rassurent leur âge , leur santé, leur complexion robuste ? Combien déjeunes gens, aussi jeunes que vous ; combien de complices peut-être de votre dérangement, avaient été surpris sous vos

(i)Matth. a4, 4a. Apoc. 16, i5.

yeux, et comme à vos cotés! Vous en frémîtes, mais vous n'en profitâtes pas.

Je voyais les créatures , et ce qui m'enchantait dans les créatures; je ne voyais pas les vérités éternelles, à peine les croyais je. — Qu'était-ce, qu'une nécessité absolue de vous recueillir davantage , de méditer, chaque jour et avec plus de soin, ce qui ne pouvait faire d'impression que lentement et par de sérieuses réflexions? Pourquoi vous recommandaiton avec tant d'instances les exercices de piété ? En fîtes - vous presque jamais aucun ? ou comment les fîtes-vous?

Triste état, encore une fois , de se voir réduit ou à garder le silence , ou à dire: Je suis coupable ! mes excuses mêmes sont ma condamnation? Y\ cela, dans un jour , dans un temps où la confusion ni le repentir n'auront plus la force de vous réconcilier avec Dieu , ni de l'apaiser.

Jugeons donc aujourd'hui de nos excuses, sur ce qu'elles nous paraîtront infailliblement alors , et non pas sur ce qu'elles nous paraissent aujourd'hui, ou sur ce qu'elles paraissent à d'autres qui ne sont pas plus fidèles, plus chrétiens, plus religieux que nous. Disons-nous à nous-mêmes ce que nous nous disons quand nous nous formons de pareilles objections , et que , selon les principes de la religion , il faut en faire sentir à d'autres le faible et l'illusion. Car ce sont précisément les mêmes armes que Dieu emploîra contre nous. De ore tuo te judico.

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