PREMIERE PARTIE
ont fait et imaginé pour ranimer la constance des objets de leur passion, et les forcer, par leurs poursuites indignes et violentes ; ce que tant d'autres ont sacrifié pour faire une espèce de fortune , que ne le faisiez-vous pour plaire à Dieu , pour gagner le cœur de Dieu , et amasser un trésor de gloire dans le ciel ? Ils eurent plus de peine à se perdre que vous n'en voulûtes avoir pour vous sauver. Mais , voici encore une autre comparaison ; préparez-vous à répondre.
TROISIÈME POINT
Troisième comparaison , avec une multitude de saints de même état que nous.
Ceci regarde spécialement les personnes consacrées à Dieu dans l'état ecclésiastique ou religieux, ou celles qui font , dans le monde, une profession ouverte de piété. Quelles raisons apporteront-elles , ou pourront-elles apporter pour excuser leur relâchement ?
Le siècle avait dégénéré ; la ferveur n'était plus .a même. Aussi demanda-t-on beaucoup moins de vous que des anciens solitaires. Quoique vous eussiez embrassé une règle austère, exigea - t - on que vous habitassiez une caverne ou la colonne d'un stylite, et que vous eussiez la terre dure pour lit , à peine de l'eau pour breuvage , du pain pour nourriture ?
Pour vous qui , placés dans des communautés séculières ou régulières de l'un et de l'autre sexe , avez choisi un état moins rigoureux pour le corps , sans être moins gênant pour l'amour-propre , rappelez-vous les noms des personnes qui vous avaient
précèdes ou qui vécurent avec vous sous un même toit , et dont on vous offrait sans cesse la conduite édifiante, pour vousexciter à l'imiter; leur attention, leur exactitude, lorqu'il s'agissait ou de la conduite du temporel , ou de l'éducation de la jeunesse , ou du soin des âmes confiées à leur zélé pour les former à la vertu. Plusieurs furent d'une santé délicate , plusieurs habituellement infirmes ; leur vertu parut à soutenir les infirmités sans se démentir. Il fallait des commandemens pour les obliger à se soulager. Mais vos infirmités furent-elles bien réelles ? Eûtes-vous au moins les vertus propres des infirmes, douceur , humilité, patience, résignation , reconnaissance envers ceux qui vous servirent , désirs d'aller voir Dieu? Qu'elles parlent elles-mêmes. Quelle obligation avions - nous , que vous n'eussiez pas? Mêmes vœux , mêmes réglemens , mêmes essais , mêmes secours , mêmes temps d'oraison et d'exercices de piété, mêmesjours pour la confession et communion , mêmes directions , mêmes principes.
Il est vrai que nous fîmes de ces moyens un tout autre usage que vous ; c'est 1' unique différence : vous osâtes nous traiter de bonnes gens ; vous regardâtes nos communications avec Dieu , et nos faveurs célestes , comme des rêveries , comme des singularités. Nous fûmes l'objet de vos froideurs , de vos railleries , de vos petites médisances. Allez joindra maintenant, danslelieudu supplice, les apologistes ou lescomplicesde vos erreurs , dont vous préférâtes l'esprit et les maximes à notre antique simplicité; cherchez ces auteurs favoris, dontlebeau langage et les sentimens nouveaux et singuliers fi-
rent vos délices et votre crime. Notre conversation vous fatiguerait ; nos manières unies et toutes cordiales vous rebuteraient. Nous n'avons ni l'air, ni la politesse de ce monde profane, que vous apportâtes avec vous, ou que vous rappelâtes à votre suite, lorsque vous eûtes fait quelques pas dans l'état saint et respectable où Dieu vous avait fait entrer.
Ces reproches sont-ils assez bien fondés pour nous confondre? Mais, sans attendre l'autre vie, déjà au milieu de nous nous avons nos juges ; point d'état, point d'emploi aujourd'hui même qui n'ait des personnes vraiment grandes aux yeux de Dieu, notre malignité, notre jalousie n'en connaissent peut-être pas : ce jour-là enfin Dieu les justifiera.
On diia peut-être ici : Que m'importent ces reproches, au dernier jugement, si le premier m'est favorable? Et s'il ne l'est pas, condamné à l'enfer, je ne serai guère occupé de tout le reste Mais avonsnous oub'ié les justes raisons de craindre que le premier jugement ne nous soit contraire? Ou croyonsnous que, dans le second, Dieu ne puisse nous faire sentir, et une horrible confusion, et tous les autres supplices, tout à la fois? Si cela n'était pas, pourquoi les hommes réprouvés s'écrieraient-ils : Montagnes, tombez sur nous et cachez-nous?
Conclusion. Dès maintenant donc, comparonsnous à ceux à qui Dieu nous comparera infailliblement, et ne soyons point tranquilles que, dans cette comparaison même, nous n'ayons un sujet raisonnable d'être satisfaits, et d'espérer miséricorde.
MEDITATION
Du jugement de Dieu dès le temps de la vie } pour servir comme de répétition.
On est ingénieux à se tromper , pourvu que ce soit au profit de l'amour-propre et des passions , et que rien ne vienne troubler la paix qu'on veut goûter dans son désordre. Quelques-uns disent donc (et plusieurs qui n'oseraient le dire, ne laissent pas de le penser) : Pourvu que je meure en grâce, il est certain que je serai sauvé, pourquoi donc craindre lejugement particulier ou lejugement général ? car, pour ce qui est de mourir en grâce , c'est l'ouvrage d'un moment de repentir.
Mais peut-on ignorer que , dès maintenant, il se fait là haut un jugement secret et invisible, donl la conclusion est l'arrêt d'une bonne ou d'une mauvaise mort ?
Dans cette méditation-ci , nous considérerons au premier point , que rien n'est mieux établi , dans l'Ecriture , que ce jugement invisible ; au second point , combien la pensée en est utile et salutaire ; au troisième point , comment on peut en détourner les funestes effets.
PREMIER POINT
Jugement pendant la vie ; rien n'est plus réel.
Plusieurs vivent encore , qui déjà sont condamnés à mourir mal. Il est des criminels dont on fait le procès avant qu'ils toient encore arrêtés : les