‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 84 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE. 16U · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. 16U

preuves contre eux sont si évidentes , qu'on n'a pas besoin de leur présence ; d'autres sont dans leur prison à se divertir ", tandis qu'on décide de leur mort, et ils ne le savent qu'au moment de l'exécution. De même, il est des hommes contre lesquels leurs iniquités demandent et obtiennent vengeance sans qu'ils y songent , ni qu'ils s'en défient : Quorumdam, prœcedentia adjudicium (1), dit saint Paul ; nondum apparuit judicium , etjam factum est judicium, ajoute saint Augustin. Voyons-en des exemples.

Le monde subsista cent vingt années entières, depuis que l'arrêt du déluge eut été porté. Noé le savait ; Noé le prêchait ; on traitait ses avertissemens de rêveries. Sodomeetles autres villes étaient tranquilles dans leurs débordemens , tandis qu'avec Abraham Dieu concluait qu'elles n'étaient dignes d'aucune grâce. Balthazar , dont nous avons parlé, se réjouissait dans un banquet, quand cette main fatale traçait la sentence de sa perte prochaine et inévitable. Ces trois mots : Marie , Thécel y Phares (2), étaient l'exposition d'un jugement dans les formes. Dieu a compté et examiné les jours de votre règne dans la balance de sa justice ; on vous a pesé, et vous avez été trouvé d'un poids trop léger. Enfin, votre royaume a été partagé entre les Médes et les Perses. Eâdem nocte interfecAusest Balthasar, rex Chaldœus (3). Achab fut tué dans un combat. Or , peu de temps auparavant , le Seigneur, résolu de mettre fin à ses crimes , assis sur son trône , et toute l'armée du Ciel étant à droite et à gauche autour de lui , avait demandé : Qui est-ce qui séduira

(i) I. Ad Tim. 5 , 24.— (a) Dan. 5, 2 5.— (3) Ibid. v. 3o. Retraite spirit. I. g

Achab , afin qu'il aille contre les ennemis , et qu'il y périsse? Quis decipiet Achab , etc.(l). Tous les prophètes eussent-ils pu prédire si certainement la ruine des royaumes et des monarques, si la chose auparavant n'eût été arrêtée ? L'arbre infructueux était encore sur la terre ; mais il était réglé qu'on le couperait , si, dans un an, il ne portait pas de fruit. Jésus-Christ pleura la désolation de Jérusalem trente-huit ans avant qu'elle arrivât. En faut-il davantage ?

Les jugemens d'après la mort, dépendent donc de l'état de l'homme à la mort; mais, l'état de l'homme, à la mort, dépend du jugement porté pendant la vie.

Qu'avez-vous mérité jusqu'ici? Que méritez-vous? Car ce que vous méritez est , plus que probablement , ce que vous trouverez à la mort. Le contraire ne saurait arriver que par un miracle de miséricorde ; et ce qui mérite la mauvaise mort, rend indigne de ce miracle. Défiez-vous donc de vous-même, et craignez, et tâchez de fléchir, dès maintenant, la justice d'un juge invisible et tout-puissant. Ne mettez plus le comble à ses grâces , ni à vos iniquités ; il ne faut plus qu'un crime , peut-être, qu'une infidélité de plus ; peut-être n'attend-il rien autre chose. Jugement formidable, mais jugement trèsjuste ; et de qui auriez-vous à vous plaindre, que de vous-même? Arrêtez le coup qui vous menace; n'irritez pas un Dieu qui vous appelle , peut-être pour la dernière fois.

(i) III, Reg. 22, 20.

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