Elle réveille l'attention et la vigilance de l'homme
2.° Elle le tient comme en suspens entrela crainte et l'espérance.
La pensée du jugement général et du jugement particulier devrait assez faire ce premier effet. Jamais, disait saint Jérôme, je ne m'imagine entendre celte trompette fatale, levez-vous, morts, venez être juges , que mes cheveux ne se dressent sur ma tète , et que je ne me sente le cœur glacé! Mais la plupart des hommes sont peu touchés de ce qu'ils regardent comme étant éloigné d'eux; ils ne peuvent point se flatter de ne point mourir ; ils se persuadent qu'ils ne mourront pas sitôt , et sur cela ils vivent comme si véritablement ils ne devaient jamais mourir. De même ici on ne dit pas : Il n'y aura pas de jugement ; on dit : Ce ne sera pas sitôt ; et en attendant , on se dissipe , on fait le mal comme si on ne devait jamais être jugé.
Il faut donc quelque objet présent pour fixer notre attention et notre légèreté , pour réveiller notre vigilance. Le voici : actuellement Dieu me voit , Dieu m'examine , Dieu décide peut-être de mon sort pour l'éternité. Dominus interrogat justum et impium ;... palpehrœ ejus interrogant filios hominum (1). Actuellement mes pensées et mes actions plaident pour et contre moi ; Inter se invicem
(i) Psalm. ro, 6, 5.
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cogitationibus accusantibus autetiam defêndentibus (1). On pèse les unes et les autres ; Appensus es in staterâ (2). Lesquelles remporteront , et que sera-t-il conclu i Je ne sais; mais je sais que je ne puis trop m'humilier , trop veiller, pour ne rien faire qui puisse faire pencher la balance du mauvais côté. Dans cette situation , il est impossible qu'on puisse se livrer à la vaine joie ; impossible que l'on consente à perdre des momens d'un temps si précieux ; impossible qu'on ne voie pas tout ce qui se passe comme étant déjà passé ; impossible qu'on se mette beaucoup en peine des pensées et desjugemens des hommes : Ecce entra in cœlo testis meus, etc(3).
Pour le second effet, tenir l'homme suspendu entre l'espérance et la crainte , il est encore particulier à la pensée du jugement d'aujourd'hui.
Le jugement de l'autre vie , lorsqu'il sera porté contre les réprouvés, n'inspirera qu'un funeste désespoir : il n'y aura plus , ni temps, ni miséricorde, ni ressource ; Dieu en a fait serment. Ici , tout est appuyé sur un peut-être. Quis scit si convertatur (Dominus) et ignoscat (4)? On méjuge , et peutêtre suis-je déjà condamné ; mais peut-être aussi ne le suis-je pas (5). J'ai trop mérité de l'être , il est
(i) Ad Rom. a, i5.— (a) Dan. 5, 37.— ;3) Job. 16, ao.
(4) Joël, a, 14.
(5) Des deux réflexions qu'où lit ici , la première fait une forte impression de découragement sur les esprits aisés à alarmer. Il est vrai qu'elle renferme une vérité qui doit effrayer l'homme pécheur; mais elle ne doit jamais le jeter dans le désespoir, car elle n'est , après tout . fondée que sur un doute . sur un peut-être. Quand on supposerait quun ange vient lui annoncer , et la mort prochaine, tt la perte de son ame , doit - il se désespérer ? Non . non , encore