PREMIÈRE PARTIE
vrai ; mais la patience de Dieu n'a pas une mesure uniforme et commune à tous. L'arrêt fût-il prononcé , il n'est pourtant pas tout-à-fait sans appel. Ninive en appela par sa pénitence ; l'arrêt fut changé: Et misertus est Deus super malitiam quant locutus fuerat ut faceret eis (1). Novit Dominus emendare propositum , si noveris emendare delictum , dit saint Ambroise. Mais il n'y a qu'un retour sincère et prompt qui puisse détourner sa colère.
Tant de fois déjà, dira-t-on, j'ai apaisé Dieu ; je pourrai bien l'apaiser encore. Mauvaise conséquence , propre à précipiter la vengeance : Ninive osa le dire : elle y fut trompée. Moins de cinquante ans après Jonas, elle retomba dans ses crimes : à cette fois elle fut détruite , selon une autre prophétie : Vastata es , Ninive.. undè quœram oonsolatorem tibi (2) f
Cum metu et tremore vestram salutem operamini (3). Operamini, travaillons, cum tremore, trem-
une fois. Il doit répondre : Je vous crois . très-saint ange , si vous venez de la part de Dieu ; mais je crois encore plus et plus volontiers Dieu lui - même , qui m'a ordonné , par la voix des Saintes Ecritures et de son Eglise , d'espérer toujours. Oui , tant que je vivrai . j'espérerai , et tant que j'espérerai , je ne serai point confondu.
Il faut^'affermir dans ces sentimens , les répéter souvent, et ne s'en départir jamais. Ils sont capables de toucher le cœur de Dieu et de changer les arrêts de sa justice en arrêts de miséricorde, pourvu que nous ayons soin de les fortifier , ces sentimens, par une sincère contrition et une sévère pénitence. C'est ce que conseille l'auteur , dans le troisième point de cette méditation , où il donne ce solide moyen de se rassurer contre les frayeurs de cette terrible et salutaire vérité. ( Note du Ier Editeur. )
(i) Jonas. 3, io.— (2) Nahum S 7.
(3) Philipp a, 1%
blons : c'est la première conséquence ; en voici quelques autres.
TROISIÈME POINT
Comment on peut détourner les funestes effets de ce jugement invisible.
Quatre moyens: Nous juger nous-mêmes , ne juger personne , solliciter notre juge , le l'aire solliciter.
1 .° Nous juger nous-mêmes. Saint Paul l'assure; Si nosmetijjsos judicare??ius , non utiquè judicaremur(\) ; et les Pères , Dominus non punit bis in idipsum. Dès qu'il échappe quelque faute , sur l'heure la condamner, et s'il se peut, la punir. C'est à chaque instant qu'on nous juge , c'est donc à chaque instant qu'il faudrait nous juger nous-mêmes. Au moins que nos examens , nos confessions se fassent comme aux pieds du redoutable tribunal: plus je m'épargne , moins Dieu m'épargnera.
2.° Ne juger personne , si nous n'y sommes pas obligés : JSolite judicare , et non judicabimini (2). Si nous y sommes obligés, juger toujours avec bonté , avec miséricorde : Judicium sine misericordiâ illi qui non fecit misericordiam (3). Oublier tout , pardonner tout , être bien aise de pouvoir pardonner : Diinittite , et dimittemini (4).
3.° Solliciter notre juge à l'oratoire, à l'église , à l'autel, partout, et toujours. Répétons avec une profonde humilité , avec une vive componction , ces prières du Dies irœ. . . Judex crederis esse venturus ; Seigneur , vous devez venir nous juger ; non,
(i) I. Ad Cor. xi, 3i.— (2) Luc. 6, 37,— (3) Jae. a, i3. (4) Luc. 6, 37.