‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 90 sur 140 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

un supplice complet, un supplice pur ; en un mot , c'est l'enfer.

Qu'on me donne quelqu'un qui aime Dieu , qui ait goûté Dieu, et il concevra ce que je dis, et il le sentira : Daamantem, et sentit quod dico (1). Qu'on me donne même quelqu'un qui soit possédé , enivré d'une de ces séduisantes passions qui ne sont que trop communes ; il pourra le comprendre. En vain lui dit-on de quitter , de mépriser une personne qui le trahit, qui le méprise ; cela lui semble impossible : son cœur est pris: la vie lui est un supplice hors de la présence de l'objet qui a su l'attacher. Dieu , à son tour , se fera sentir et connaître pour ce qu'il est : on voudra l'aimer, on ne le pourra pas ; on voudra le haïr, et le cœur se contredira, se déchirera lui-même. Il est vrai, je U blasphème; mais je ne pius me consoler de ne l'aimer pas. L'inimitié de Dieu entraîne après elle l'inimitié de toutes les créatures. Toutes avaient été faites pour nous, toutes se tourneront contre nous : Armabit creaturam ad ultionem inimicorum (2).

Job, délaissé de Dieu en apparence, est une figure de ce triste état. Femme, serviteurs, amis, sujets, démons , tous lui furent contraires : lui-même aussitôt devint habile à se tourmenter : Quarè posuisti me contrarium tibi , et factus sum mihimetipsi gravis (3) ? Plus donc en enfer de soulagement de la part de qui que ce soit , ni de quoi que ce soit ; plus de bons intervalles, plus de compassion , plus de paroles consolantes. Le mauvais riches'adresse à Abraham pour demander une seule goutte d'eau (4);

(i) S. Augustin.— (a) Sap. 5, 18.— (3) Job. 7, ao. U) Luc. 16, v. »3, a*.

le père des malheureux n'a plus que des entrailles de bronze. Les démons ne pouvant se venger contre Dieu, parce qu'il est trop au-dessus d'eux, s'acharneront contre ses images. Quoi de plus ? Enfin , les complices du même péché , autrefois tendres amis, deviendront les ennemis les plus implacables : c'est toi , diront-ils , c'est toi , malheureux , qui m'as damné par tes conseils , par tes exemples ; c'est toi qui m'as rassuré dans mes craintes et qui m'as empêché de réfléchir , de m'éclaircir davantage. Ma consolation est de t'avoir toujours avec moi et de pouvoir te faire éternellement les plus sanglans reproches.

Quelle occupation ! quel supplice de corps et d'esprit ! Car , en méditant ce tourment , il ne faut pas oublier l'autre. Que le feu nous frappe plus que la perte de Dieu et que la persécution de toutes les créatures , soit ; mais , l'un ajouté à l'autre , est quelque, chose d'infiniment horrible. Supplice effroyable du corps , qui n'ôte point à l'esprit la liberté de penser à tout î Supplice effroyable de l'esprit , qui ne saurait suspendre le sentiment des maux du corps î Y pense- 1 -on quand on pèche , quand on a péché , et qu'on diffère d'un seul jour sa pénitence avec tant de risques ?

TROISIÈME POINT

Un ter rongeur immortel.

Ce ver n'est autre chose qu'un souvenir fixe et funeste des grâces et des moyens de salut qu'on aura eus durant la vie , et un reproche rongeur de l'abus qu'on en aura fait par sa négligence et par ses crimes. C'est proprement le supplice des chré-

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