‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 91 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

tiens et des religieux. L'enfer de l'enfer , dit le chrétien intérieur (1) , c'est d'avoir pu si aisément éviter l'enfer , et de ne l'avoir pas voulu.

Qu'eût- il fallu pour ne point tomber dans cet abime de malheurs ? Revenir à Dieu par une sincère et prompte pénitence , me gêner pendant quelque temps pour vaincre une mauvaise habitude , me faire un plan de conduite chrétienne et régulière , et m'y assujettir. Cela était -il impossible , et combien la peine eût-elle duré ?

Mais s'il m'en eût coûté pour me sauver, ne m'en a-t-il rien coûté pour me perdre ? L'état du crime n'est jamais tranquille : je craignis , j'espérai ; je me sentis agité d'alarmes, déchiré de remords ; je perdis le repos, la santé, l'estime des personnes raisonnables et qui eurent connaissance de mes désordres. Que n'avait point fait Jésus - Christ pour me mériter le salut , pour assurer , pour faciliter ma sanctification ? Que vois -je ici tomber sur moi de tous côtés ? Est-ce une pluie de sang ou des ruisseaux de feu? l'un et l'autre tout ensemble. C'est le sang de Jésus-Christ qui coule de toutes ses plaies, transformé en des torrens de flammes et de colère.

Mais quels secours n'avais-je pas dans mon état ? Manquais-je de lumières \ de grâces, de conseils , de bons exemples ? Ah ! qui pourrait me rendre maintenant un seul jour de tant de belles années que je perdis sans regret , ou qui me condamnerait à cent millions d'années de pénitence PL'un mesuf firait, et l'autre ne me désespérerait pas. Qui voudrait me rendre ce temps précieux de la Retraite qui devait servir à réformer toute ma vie , et dont

(») Maxime 8 , 2. Part. , Parag. 6.

je ne fis qu'un médiocre profit ? Frivoles amusemens , vous avez disparu comme l'ombre ; vous ne reviendrez jamais î Désirs aujourd'hui aussi frivoles que mes amusemens, vous ne serez jamais exaucés ! Desiderium peccatorum peribit (1).

Prévenons, par toutes les voies imaginables, une si cruelle destinée. C'est ici le terme où aboutit l'impiété ou la faiblesse dans la foi. Si nous n'en sommes pas effrayés , ou que nous ne le voyions que peu , tremblons. Non , quand les éclats d'un pareil tonnerre n'éveillent point , dit saint Augustin , on n'est pas endormi , on est déjà mort : Qui non expergiscitur ad hœc tonitrua ,ja7/i non dormit, sed mortuus est

MEDITATION

De V éternité des peines de l'enfer.

Oui , les peines de l'enfer , que nous avons méditées, seront éternelles ; un feu éternel , une séparation de Dieu éternelle, un ver éternel.

Cela est vrai ; ce sera le premier point de cette méditation-ci. Cela est terrible ; ce sera le second. Cela nous regarde de plus prés que nous ne saurions nous l'imaginer ; ce sera le troisième.

PREMIER POINT

Eternité des peifies , cela est vrai.

Cela est vrai , et, autant qu'il est important d'en *tre peruadé , autant est - il à propos de ne laisser it) P*. 3. io.

Page 1