‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 92 sur 140 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

là-dessus aucun doute. Raisonnons donc ; le cœur agira ensuite.

Cela est vrai , la sentence le porte en termes formels ; et, si jamais un juge dut parler en termes propres et populaires , c'est dans l'énoncé d'un arrêt (1). Allez , maudits, au feu éternel ; et en exécution de cette sentence , ils iront, dit Jésus-Christ, au feu éternel : ailleurs il déclare encore que, dans l'enfer, le ver des réprouvés ne meurt point, et que leur feu ne s'éteint point (2).

Contre cette vérité , on ne peut excepter qu'en trois manières : ou dire que les paroles de Jésus- Christ n'ont point d'autorité, ou bien interpréter les paroles de Jésus - Christ dans un sens contraire à celui que leur donne la sainte Eglise , ou bien croire que ce ne sont que des menaces, et que Dieu est ou trop juste pour punir éternellement les péchés d'une vie si courte , ou trop miséricordieux pour n'être pas enfin touché des cris et des regrets du réprouvé.

1.° Dire que les paroles de Jésus -Christ n'ont point d'autorité, c'est , comme nous avons déjà remarqué , renoncer au Christianisme. En serionsnous là ? Je ne le puis croire. Plus la chose est de conséquence , plus il faut y procéder avec maturité , avec sagesse , avec un cœur et un esprit désintéressés.

Mais, ne peut-on pas interpréter les paroles du Sauveur, et leur donner un sens plus favorable ?On le peut , puisqu'on l'a fait , et que quelques - uns

(i) Discedite à me , maleclicti , in ignem œternumMzWh. i5 , 41 (a) Vermis eorumnon moritur , et ignis non extinguitur. Marc. 9 44..,. 45,47-

osent le faire encore aujourd'hui. Le mot d'éternel et d'éternité , disent-ils , ne signifie pas toujours , dans l'Ecriture, une durée qui ne finira jamais , mais un temps qui durera beaucoup. On l'accorde, répondait saint Augustin. Aussi n'est-il pas dit simplement que les peines de l'enfer dureront une éternité ; il est dit encore qu'elles dureront pendant les siècles des siècles ; expression qui , dans les Saintes Ecritures, n'est appliquée nulle part qu'à la durée de Dieu et de Jésus - Christ et à la durée des peines de l'autre vie. Au seul livre de l'Apocalypse , elle est employée onze fois dans le premier sens (1), et deux fois dans le dernier (2). Voilà donc la durée des peines égale à la durée de Dieu et du règne de Jésus-Christ.

De plus , ajoutait saint Augustin j Jésus - Christ oppose toujours la durée de la peine à la durée de la gloire. A moins donc de dire que la gloire des bienheureux ne durera pas toujours , il faut croire que la peine des réprouvés ne finira jamais (3) ; car , dans une même ligne , le même terme peut-il avoir deux sens différens ?

Raisonnement si fort , qu'Origène , voulant nier l'éternité des peines , crut être obligé de nier celle des récompenses ; c'est-à-dire que , pour faire honneur à la miséricorde de Dieu, il fallut déshonorer la justice qu'il doit au prix infini du sang de Jésus- Christ. Il est vrai qu'Origène lui-même , dans un

f i) Vwentem , viventiin secula seculorum. Apoc. i, 6, 4, 9, etc.

(1) Cruciabuntur die ac nocte , in secula seculorum. -A pue. 20 ,

(3) Ibunt ht in supplicium œternum , Justi autem in vitam ceternam. Matth. a5, 4'i

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