PREMIERE PARTIE
ouvrage postérieur, assure qu'il n'avait avancé son opinion que nomme un problème et par manière de dispute ; et le savant archevêque d'Arles j Genebrad, en a fait un dans lequel , par sept ou huit passages d'Origéne , il prétend démontrer ou qu'il a pensé comme l'Eglise, ou que jamais là-dessus il n'avait bien pris de parti. Enfin, un Père seul contre tous ne fut jamais la règle de la foi , et surtout un Père tel qu'Origéne , fameux par tant d'autres ègaremens.
2.° On est allé plus loin. Le feu , disait-on , sera éternel , mais il ne brûlera pas les damnés aussi long-teir.ps qu'il durera. Saint Augustin répondait encore ( c'est dans la réponse aux huit questions de Dulcitius ) : Jésus-Christ ne dit pas seulement : Ils iront au feu éternel, mais au supplice éternel. Il pourrait y avoir un feu éternel , sans que personne y brûlât ; mais le feu ne saurait être un supplice éternel, si quelqu'un n'en est l'objet. Dans la version latine , dont l'Eglise se servait du temps de saint Augustin, on Lsait : Ibunt hi in combustionem œternam ; expression trés-énergique \ et qui laissait .encore moins de réplique ; car elle ne peut se rendre exactement en notre langue que par celle-ci : Ils iront être brûlés , suppliciés éternellement.
Enfin , n'oublions jamais que le Sauveur du monde instruisait un peuple grossier, de qui il voulait être entendu. Or, qui d'entre le peuple, entendant ces paroles , Ils brûleront éternellement , aurait jamais compris ou pu comprendre autre chose, sinon qu'ils ne cesseraient jamais de brûler ?
3.° Reste donc à dire que ce ne sont peut - être que des menaces , et que l'arrêt de Jésus - Christ
pourra changer. D'abord, on défie que personne puisse montrer dans l'Ecriture une seule menace qui n'ait pas eu son effet quand on ne s'est pas corrigé. Vous mourrez, si tous manyez(V). Adam put croire que ce n'était qu'une menace : ne mourut-il pas ? Au temps de Noé , les pécheurs , auxquels il annonçait le déluge , traitèrent ses avertissemens de menaces , peut-être de rêveries. Le déluge n'arriva - t-il pas au bout de cent vingt ans , au jour marqué ? Quand Jérémie , et ensuite Jésus-Christ , prophétisèrent la ruine de Jérusalem , les Juifs se moquèrent de leurs prédictions : la ville ne futelle pas deux fois détruite ; et , depuis la seconde désolation , s'est-elle relevée ? Jonas avertit Ninive de sa désolation prochaine ; ce ne fut qu'une menace alors , parce que Ninive se convertit. Mais quand , trente-trois ans après , sous Sardanapale , Ninive fut retombée dans ses désordres , ne fut-elle pas ruinée , selon la prophétie de Nahum (2) ?
Telle est donc la menace d'un enfer éternel : il dépend de nous que ce ne soit qu'une simple menace ; mais , si nous n'en profitons pas , nous verrons si Dieu nous aura trompés.
Dieu est juste, dit-on , et miséricordieux. Miséricordieux , sera-t-il inflexible ? 11 est juste ; mais, où est la proportion de la satisfaction à l'offense ? On met en question si Dieu est si bon et si miséricordieux qu'il ne veuille pas punir éternellement le péché. Or, il a déclaré que non ; et les passages que nous venons de citer en sont une preuve sans réplique. Refuserons-nous de croire Jésus-Christ sur sa
(i) Gen. i , 17.
(») Vastata est Ninive. c. 3 . v, 7.
PREMIERE PÀRI1E 189
parole P et croyons-nous que les Pères n'avaient pas de Dieu des idées aussi honorables que nous P J'aurais, dit saint Augustin, le même intérêt que vous à nier l'éternité des peines, si cela se pouvait : Je sens trop le danger où je suis de m'y voir exposé ; mais je suis fidèle, et je veux me rendre à la vérité (2).
Il faut avouer que la justice de ces arrêts passe les lumières de notre faible raison , on a peine à comprendre qu'un péché qui ne dure qu'un instant, puisse mériter un châtiment éternel. Tout cela est vrai ; mais parce qu'on ne le comprend point , estce une raison de ne le pas croire , tandis que Dieu nous en assure de la manière la plus forte P Sachons adorer et craindre, et justifier la conduite de Dieu(2).
Traitons Dieu comme nous traitons si souvent les hommes. On vient nous dire qu'à un tribunal plein d'équité , pour une faute qui semble légère , un criminel est condamné au feu ; que répondonsnous ? Les juges auront trouvé ce qu'ils ne nous disent pas ; car , quel intérêt à faire une si rigoureuse justice P
Après tout , est-il si difficile de concevoir qu'une majesté infinie ne peut être satisfaite que par une peine en quelque sorte infinie ? Elle ne peut l'être dans son étendue , elle doit l'être dans sa durée.
Non , mon Dieu ! peut dire le réprouvé , je n'ai à me plaindre que de moi-même. Vous me laissez dans l'abîme ; c'est ma pure malice qui m'y a précipité. Vous m'aviez averti que vous ne m'en retireriez jamais ; n'importe , répondais-je , j'en veux
(i) Volo a veritate super ari.
{i Justus es , Domine «,. Judicia Domini vera , justijicata m temtrtr'psa P>. 118, i3y.
courir tous les risques. Tel pourrait ajouter: J'eusse voulu toujours vivre pour pouvoir toujours pécher. La chose m'était impossible ; mais il vous est possible de faire contre moi ce que mon obstination dans le péché me fit souhaiter de pouvoir faire contre vous. Vous êtes juste , c'est tout ce que je puis dire, et je suis bien malheureux de ne vous avoir pas écouté.
N'est-ce point trop s'arrêter ici ? Faisons - nous une méditation ou une dissertation ? Nous sommes chrétiens, et sincèrement attachés à notre religion. Cependant , ne négligeons point de nous fortifier dans notre foi par ces réflexions. Défions-nous de ceux qui dogmatisent ; ils ont intérêt à se tromper et à nous tromper ; peut-être en veulent-ils à notre innocence. Ils pourront tout, s'ils viennent à ébranler notre foi , ne fût-ce que sur ce seul article.
SECOND POINT
Eternité des peines ; cela est terrible.
l.° Terrible de souffrir toujours.
2.° Terrible de savoir qu'on souffrira toujours. L'un s'appelle l'éternité de la peine ; l'autre , la peine de l'éternité.
Souffrir toujours ! Conçoit-on combien ce mot toujours ajoute de choses affreuses à ce qui s'appelle simplement souffrir ? Les maux qui ne sont pas les plus violens , deviendraient insupportables, s'ils devaient toujours durer. On ne se console et on ne console les autres , dans une fièvre ardente , dans une colique , dans un mal de dents , que sur l'espérance d'en voir bientôt finir l'accès. Qui di-