‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 96 sur 140 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

dans le recueillement et dans la retraite. Les saints craignaient de n'être pas assez contrits après avoir gémi toute leur vie.

Vigilance donc en tout temps , et en toutes choses : c'est sagesse ; hors de là , on risque toujours ; et que risque-t-on? ou plutô , que ne risque-t-on pas ? Peut - on prendre trop ie précautions quand il s'agit d'une éternité (1) ?

Si ces réflexions ne sont pas assez développées encore , pour faire toute leur impression et nous attirer la grâce d'une grande crainte des jugemensde Dieu , ayons soin , dit saint Bernard (2) , de la chercher, cette crainte salutaire et filiale, en y pensant souvent, les choses en effet ne changeront pas, pour n'y point penser ; de l'attendre en prianl constamment , tout est promis à la prière , et ce n'est point ici une de celles que Dieu ne veuille point exaucer; de la mériter par une vie édifiante : commençons à bien faire ; la foi , fut-elle faible d'abord, se fortifiera à mesure que nous aurons moins d'intérêt à ne croire pas : enfin ayons soin de l'obtenir par une grande pureté. Dès que la vie sera bien pure et bien réglée , nous ne craindrons plus simplement l'enfer ; nous le craindrons assez pour n'y jamais tomber. Amen.

(i) Nulla satis magna securitas , ubi periclitatur œternitas,... (2) Quodnon explt'cat sermo , consideratio cjuœrat , oratioexpectet, merealur m'ta, piwitas asseauatur. S. J'ern..

MÉDITATION

De la pensée de V enfer , pour servir de répétition.

La vue de la méditation de l'enfer est plus utile à tous qu'on ne se l'imagine d'ordinaire ; elle peut , elle doit inspirer :

1 .* Une grande reconnaissance envers Dieu , aux chrétiens les plus durs et les plus ingrats.

2.° Une grande ferveur dans le service de Dieu, aux plus tiédes et aux plus lâches.

3.° Enfin , une grande crainte de Dieu , aux plus iustes et aux plus parfaits.

PREMIER POINT

Aux plus ingrats , une grande reconnaissance .

Entrons encore une fois dans l'abîme et reconnaissons-y notre place. Oui , voilà où je serais allé aboutir, si je fusse demeuré dans le siècle , ou si je fusse resté dans le péché et dans le désordre. Je sais quelles étaient mes inclinations , à combien de mauvaises habitudes j'étais déjà sujet , et à quels dangers je me serais trouvé exposé dans la suite. Alors j'aurais été ce que je suis encore dans les occasions dont une vie plus chrétienne et plus régulière ne m'a pas entièrement délivré. Et que suisje ? la mollesse , la fragilité , la complaisance même. Je dispute peu , je me rends presque aussitôt ; aux tentations inévitables , j'en ajoute une multitude de mon choix.

Depuis que j'ai pris la résolution de bien vivre t roilà encore le lieu où j'ai mérité peut - être plus

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