‹ Œuvres spirituelles du P. JuddeChapitre 98 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

saire , toutes les créatures eussent contribué à mon supplice , toutes deviendront les victimes de la grandeur de Dieu et de sa bonté ; je les oublierai , je les lui sacrifierai. Je me fusse occupé à le blasphémer, avec les compagnons de mon malheur; j'appellerai tous les hommes ; je les engagerai à le servir avec moi.

Par mes discours , par ma conduite , je ne cesserai de leur apprendre ce qu'il est , ce qu'il mérite, ce qu'il a fait pour une si indigne créature (1). Mon supplice eût duré toujours ; toujours durera ma gratitude et mon tendre amour. Je serai tout à Dieu , toujours à Dieu par pure reconnaissance ; la dette est juste , et il m'est trop honorable et trop doux de m'en acquitter.

On demande si la crainte de l'enfer n'est poiut contraire à l'amour de Dieu. Non, il faut beaucoup craindre l'enfer, pour sentir combien on est obligé à son libérateur, et combien on doit l'aimer. Mais, aujourd'hui que je le conçois, que je le sens, il n'y aurait plus d'enfer, que j'aimerais mon Dieu, et que je le servirais toujours ; je crois pouvoir m'en répondre , par sa grâce.

SECOND POINT

La pensée de V enfer doit inspirer une grande ferveur dans le service de Dieu , aux plus tièdes ei aux plus lâches.

Qu'il y ait des peines , et d'assez grandes peines dans la constante pratique du bien , c'est de quoi l'on convient; il faut s'y attendre ; ne s'y attendre

(i) Venue . nudité ; et narrabo quanta Jecit animœ meœ. l'a 65, 16.

pas , c'est presque être sûr d'y succomber bientôt. Mais , quelque fâcheuses que soient ou que puissent être les choses que j'éprouve ou que je prévois, ennui, dégoût , tristesse, infirmités habituelles, humiliations, tentations, contradictions, travail, dépendance , régularité , pénitence , persécutions , craintes réelles ou imaginaire- : qu'est-ce enfin que tout cela , en comparaison de l'enfer où j'aurais dû brûler toujours P

Encore une fois , faisons-nous le portrait le plus affreux d'une vie fervente ou pénitente; qu'il fallût , je ne dis pas vivre à la Trappe ou aux Camaldules , c'est encore trop peu ; mais, comme ces Stylites , passer trente ans et davantage, debout, sur une colonne , exposé à toutes les injures de l'air , à toute la rigueur des saisons; qu'il fallût devenir ingénieux à se crucifier, comme ces solitaires convertis dont parle saint Jean-Climaque ; qu'il fallût suivre tant de fervens missionnaires au Canada , au Brésil , au Maduré ; est-il un réprouvé , est-il seulement une ame du purgatoire qui ne s'estimât heureuse de cet échange P Et qu'est-ce donc qui nous gêne tant,, nous autres P Dans l'état ecclésiastique, ou religieux, un supérieur difficile , une demeure obscure , une dépendance qui captive un peu notre humeur, notre indolence ou notre vanité, un travail pénible , ou qui n'est pas de notre choix ou de notre inclination, une conduite exacte et régulière, peu de commodités, point de plaisirs inutiles, messéans et dangereux , point de commerce avec le monde, si ce n'est pour l'édifier et le gagner a Dieu P Et quant à ceux qui sont dans l'embarras du siècle , la mauvaise humeur ou les mépris , les caprices ou les

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