PREMIÈRE PARTIE
inauteurs d'une épouse, le peu de satisfaction qu'on reçoit de quelques enfans , l'embarras des domestiques , l'injustice de quelques parens , l'infidélité , l'ingratitude de quelques amis, des occupations qui ne sont pas de notre goût, plus de visites de pur amusement, plus de conversations frivoles, plus de spectacles dangereux, plus de lectures indécentes et défendues ? Et est-ce là de quoi s'étonner , de quoi se récrier ? Ah ! mon fils , répondit cet ancien solitaire à un religieux qui s'ennuyait de sa caverne ; mon cher fils , c'est que vous n'avez jamais bien médité ce que c'est que l'enfer, dont vous vous préservez par là.
Je dois, moi, savoir aujourd'hui ce que c'est; le temps est venu, ou il va venir , de montrer que je le sais , d'autant plus qu'en évitant l'enfer , je n'ai pas évité la nécessité de faire pénitence dans cette vie-ci ou dans l'autre. Disons donc , avec saint Augustin : Seigneur, faites -moi souffrir dans le temps, pour m'épargner dans l'éternité (1). Un jeune homme de condition, après une vie fort licencieuse, se rendit chartreux. A quelques années de là, le missionnaire qui, l'ayant converti, avait conduit sa vocation , l'alla visiter dans sa solitude. Eh bien! lui dit-il, comment vous trouvez-vous de cette vie-ci ? On ne peut pas plus mal , répondit le religieux. Le cilice , l'abstinence , le silence , les veilles , le travail des mains, tout m'est nouveau comme le premier jour ; ma cellule est pour mci une affreuse prison ; je n'en sors jamais pour me rendre au chœur ou ailleurs , que je ne pense aller ?u sup-
(i) Hîc urc , hic seca , modo in œternum paixas ; modo patientùun , postmodùm indulgentiam....
plice. Je ne mange pas un morceau qui ne soit arrosé de mes larmes. Le missionnaire l'écoutait tristement , et savait à peine que répondre , lorsque , voyant son embarras et sa douleur , le solitaire l'embrassa, et le serrant tendrement, ajouta ces paroles , entrecoupées de sanglots et mêlées d'un torrent de pleurs : Mais , mon cher père, mon vrai père j que tout ceci devient léger et consolant , dès que je songe que je ne brûlerai point éternellement,
et que Dieu me promet sa grande miséricorde !
Tel est le courage qu'inspire la pensée de l'enfer, quand on en est bien pénétré.
TROISIÈME POINT
La pensée de l'enfer doit inspirer une grande crainte de Dieu, aux plus justes et aux plus parfaits.
Aimons Dieu plutôt que de le craindre , mais craignons-le plutôt que de l'offenser ; il le permet , il le commande. Il est des jours mauvais , où les plus justes peuvent avoir besoin de ce frein salutaire; et quelle raison aurai-je de ne pas craindre l'enfer ? Une seule passion peut me perdre, un seul péché passager peut me damner : et combien de voies différentes peuvent me conduire au péché !
On se réconcilie par la pénitence ; mais qui sait jamais , à moins d'une révélation particulière, s'il a fait une bonne pénitence P Nous a-t-on dit , comme à Marie-Magdeleine : Vos péchés vous sont par donnés, allez en paix ?
Eut-on une révélation de son pardon, serait-ce une révélation de la persévérance ? Les saints , à