‹ Œuvres spirituellesChapitre 22 sur 75 · MERCREDI · texte numérisé non relu

MERCREDI

Méditation sur les outrages faits à Notre-Seigneur dans la maison de Caiphe, sur le reniement de saint Pierre et sur la tlagellation.

En ce jour vous considérerez le Seigneur en présence de Caïphe, ce qu'il endura cette nuit, le reniement de saint Pierre, et la flagellation à la colonne.

Considérez d'abord comment le Seigneur est conduit de la maison d'Anne à celle du pontife Caïphe, où il est juste que vous le suiviez. Là, vous verrez éclipsé le Soleil de justice, et couvert de crachats ce visage divin que les anges ne se rassasient pas de contempler. Adjuré au nom de son Père de dire qui il était, le Sauveur répond d'une manière digne de lui; mais ces

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malheureux, qui ne méritaient pas d'entendre une si haute réponse, s'aveuglent à l'éclat d'une si vive lumière. Se tournant contre le Sauveur comme des bêtes féroces, ils font éclater contre lui toute leur colère et leur rage : là, tous à l'envi déchargent sur ses joues les plus rudes soufflets, et les coups les plus violents sur sa tête. Ils osent, avec leurs bouches infernales, cracher sur ce visage divin. Ils lui couvrent les yeux avec un bandeau, et lui donnant de cruels soufflets, ils se jouent de lui, disant : Devine qui t'a frappé. O humilité! ô admirable patience du Fils de Dieu ! ô beauté des anges ! était-ce donc là un visage sur qui dussent tomber des crachats? C'est vers le coin le plus vil que les hommes se tournent quand ils veulent cracher, et dans tout ce palais, il ne se trouve donc pas un endroit plus vil que le visage de mon Dieu, pour être ainsi souillé par le dernier des outrages? Comment ne t'humilies-tu pas à cet exemple, toi qui n'es que cendre et que poussière?

Considérez ensuite les tourments qu'endura le Sauveur durant toute cette nuit si douloureuse. Les soldats qui le gardaient se faisaient

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an jeu sacrilège de sa personne, au rapport de saint Luc; et, pour vaincre le sommeil de la nuit, ils ne cessaient de l'accabler des plus amères dérisions, et de se jouer du Seigneur de la gloire.

Vois, ô mon âme, comme ton très - doux Epoux sert là de but pour recevoir les flèches de tant de coups et de soufflets qu'on lui donne. O nuit cruelle ! ô nuit accablante et sans repos ! Durant ces longues heures, ô mon doux Jésus, vous ne dormiez point, et vos bourreaux ne dormaient pas non plus : les cruels, ils mettaient leur repos à multiplier vos tourments. La nuit a été faite pour que toutes les créatures prissent leur repos, afin que les sens et les membres fatigués des travaux du jour, trouvassent dans le sommeil une vigueur nouvelle ; et ce temps de la nuit, ces pervers le prennent, ô mon tendre Maître, pour tourmenter tous vos membres et tous vos sens, en blessant votre corps, en affligeant votre âme, en liant vos mains, en souffletant vos joues, en crachant sur votre visage, en torturant votre ouïe par l'insulte et le blasphème ; ils veulent, les inhumains, que dans le temps où tous les membres ont coutume de se

reposer, tous en vous aient leurs souffrances et leurs tortures ! Que ces chants du matin étaient différents de ceux que les chœurs des anges, à la même heure, vous faisaient entendre dans le ciel! Là ils disent : Saint ! Saint ! Saint! ici l'on dit : Qu'il meure ! qu'il meure ! crucifiez-le ! crucifiez-le ! O anges du paradis qui entendiez ces deux voix, que devait-il se passer en vous, en voyant si maltraité sur la terre Celui que vous traitez avec un souverain respect dans le ciel? Qu'éprouviez-vous en voyant que Dieu souffrait de tels tourments pour ceux-là mêmes qui les lui faisaient souffrir? Qui jamais entendit parler d'un tel excès de charité, qui fait que Ion meurt pour arracher à la mort celui de qui l'on reçoit le coup mortel?

Les tourments de cette nuit douloureuse s'accrurent encore par le reniement de saint Pierre. Cet ami qui vivait dans une si intime familiarité avec le Sauveur, ce disciple choisi pour être témoin de la gloire de la transfiguration ; lui, honoré par-dessus tous les autres, par la primauté dans l'Église; c'est lui qui, le premier de tous, non pas une, mais trois fois, en présence du Seigneur lui-même, jure et atteste par un

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faux serment qu'il ne le connaît point, et qu'il ne sait point qui il est. O Pierre, est-il donc un si méchant homme, Celui qui est là, que ce soit à tes yeux une si grande honte même de l'avoir connu? Entends-le bien! par une telle conduite, le premier, tu portes contre lui la sentence de condamnation, avant les pontifes eux-mêmes, car tu fais naître la pensée que ton Maître est tel, que c'est un déshonneur pour toi seulement de le connaître. Peut-il y avoir une plus grande injure que celle-là? Ce fut alors que le Sauveur se tourna, qu'il regarda Pierre, et que ses yeux rappelèrent cette brebis qui s'était perdue. O regard de mystérieuse puissance! ô regard silencieux, mais divinement expressif! Pierre sut entendre ce langage et cette voix : le chant du coq n'avait pu le réveiller; mais, à la voix de ce regard, il sort de son sommeil. Non-seulement les yeux de Jésus-Christ parlent, mais ils opèrent ; les larmes de Pierre en sont la preuve, larmes fortunées qui ne coulèrent pas tant des yeux de Pierre que des yeux de Jésus-Christ.

Après toutes ces injures, considérez les coups de verge que le Sauveur endura à la colonne. Le juge, voyant qu'il ne pouvait apaiser la furie de

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ces bétes féroces possédées de la haine de Penter, résolut de faire subir à ce très-doux Agneau un si effroyable châtiment, que la rage de ces cœurs si cruels en fût enfin satisfaite; il espérait que, contents de cela, ils ne demanderaient plus sa mort. Entre maintenant, ô mon àm.e, entre en esprit dans le prétoire de Pilate. Prépare-toi à répandre des larmes, car il en faut, et beaucoup, pour ce que tu vas voir et entendre. Regarde comme ces cruels et vils bourreaux dépouillent le Sauveur de ses habits, avec la dernière inhumanité, et comme il se les laisse enlever avec une ineffable humilité, sans ouvrir la bouche ni répondre une seule parole à tant d'insultants traitements dont il était l'objet. Regarde comment bientôt ils attachent ce saint corps à une colonne, afin de pouvoir le blesser à plaisir, là où ils voudraient, et de la manière qu'ils voudraient. Vois combien était seul le Seigneur des anges au milieu de si cruels bourreaux, n'ayant ni protecteurs, ni défenseurs qui se déclarassent pour lui, ne rencontrant pas même des yeux dans lesquels il pût lire un sentiment de compassion. Regarde comment ils commencent, sans perdre un moment, et de la manière la plus cruelle, à

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frapper avec leurs verges et leurs cordes hérissées de noeuds, ces chairs infiniment délicates; comment les coups succèdent aux coups, comme les plaies s'ajoutent aux plaies, et les blessures aux blessures. Quel spectacle! Bientôt ce corps trèssaint se couvre de tumeurs livides, les chairs se déchirent, le sang jaillit et s'échappe en ruisseaux de toutes parts. Mais que sera-ce surtout de voir cette grande plaie qui s'est ouverte entre les épaules, parce que c'était là principalement que tombaient tous les coups !

Cette sanglante flagellation terminée, considérez comment le Sauveur couvre son corps, comment il va dans tout ce palais, cherchant ses habits en présence de ces cruels bourreaux, sans que personne le serve ni vienne à son secours ; sans que personne lui présente ni eau rafraîchissante, ni remède pour ses blessures, comme on a coutume de le faire pour ceux qui sont ainsi couverts de plaies.

Tous ces tourments du divin Maître sont faits pour exciter en nous une grande douleur et une vive reconnaissance; ils doivent être aussi l'objet d'une profonde méditation.

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