‹ Œuvres: théâtre et poésiesChapitre 115 sur 145 · ACTE III , SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE III

défemlcnt tous les gentilshommes. Il lutte contre eux quelque temps et revient enfin tomber sur le devant du théâtre , haletant j à genoux.)

Tous ensemble Contre moi ! dix contre un !

{Fondant en larmes et en sanglots.)

Hé bien ! je pleure, oui !

{A Marot.)

Marot, tu t'es de moi bien assez réjoui. Si tu gardes une âme , une tête inspirée , Un cœur d'homme du peuple , encor, sous ta livrée , Où me Tont-ils cachée , et qu'en ont-ils fait , dis ? Elle est là , n'est-ce pas ? Oh ! parmi ces maudits , Faisons cause commune en frères que nous sommes ! Toi seul as de l'esprit dans tous ces gentilshommes. Marot I mon bon Marot ! — Tu te tais !

{Se tramant vers les seigneurs.)

Oh ! voyez !

Je demande pardon, messeigneurs , sous vos pieds! Je suis malade... Ayez pitié, je vous en prie! — J'aurais un autre jour mieux pris l'espièglerie. Mais, voyez-vous, souvent j'ai, quand je fais un pas, Bien des maux dans le corps dont je ne parle pas. On a comme cela ses mauvaises journées Quand on est contrefait. — Depuis bien des années , Je suis votre bouffon : je demande merci ! Grâce ! ne brisez pas votre hochet ainsi ! — Ce pauvre Triboulet qui vous a tant fait rire ! — Vraiment ! je ne sais plus maintenant que vous dire.

Rendez-moi mon enfant , messeigneurs , rendez-moi Ma fille , qu'on me cache en la chambre du Roi ! Mon unique trésor ! — Mes bons seigneurs ! par grâce! Qu'est-ce que vous voulez à présent que je fasse Sans ma fille ? — Mon sort est déjà %'i mauvais ! C'était la seule chose au monde que j'avais !

( Tous gardent le silence. Il se relève desespéré. ) Ah Dieu ! Vous ne savez que rire ou que vous taire ! C'est donc un grand plaisir de voir un pauvre père Se meurtrir la poitrine , et s'arracher du front Des cheveux que deux nuits pareilles blanchiront!

{ La porte de la chambre du Roi s'ouvre brusquement. Blanche en sort éperdue, égarée , en désordre ; elle vient tomber dans les bras de son père avec un cri terrible. )

BLA.NCHE.

Mon père ! ah !

TRiBOULET, la Serrant dans ses bras.

Mon enfant ! ah ! c'est elle ! ah ma fille ! sAh ! messieurs !

( Siiffbqué de sanglots et riant au travers. )

Voyez-vous? c'est toute ma famille, Mon ange ! — Elle de moins , quel deuil dans ma maison ! — Messeigneurs , n'est-ce pas que j'avais bien raison , Qu'on ne peut m'en vouloir des sanglots que je pousse, Et qu'une telle enfant, si charmante et si douce Qu'à la voir seulement on deviendrait meilleur, Cela ne se perd pas sans des cris de douleur ?

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