DONA LUCREZIA, GENNARO
{On voit toujours dans le compartiment Rustighello immobile derrière la porte masquée.)
DONA LUCREZIA
Gennaro ! — Vous êtes empoisonné !
GENNARO
Empoisonné , madame !
DONA LUCREZIA
Empoisonné !
GENNARO
Taurais dû m'en douter, le Tin étant versé par
TOUS
DONA LUCREZIA
Oh! ne m'accablez pas, Gennaro. Ne m'ôtez pas le peu de force qui me reste et dont j'ai besoin encore pour quelques instans. — Ecoutez-moi. Le duc est jaloux de vous , le duc vous croit mon amant. Le duc ne m'a laissé d'autre alternative que de vous voir poignarder devant moi par Rustighello , ou de vous verser moi-même le poison. Un poison redoutable , Gennaro, un poison dont la seule idée fait pâlir tout
italien qui sait l'histoire de ces vingt dernières années...
GENNARO
Oui , le poison des Borgia !
DONA LUCREZIA
Vous en avez bu. Personne au monde ne connaît de contre-poison à cette composition terrible , personne, excepté le pape, monsieur de Valentinois , et moi. Tenez , voyez cette fiole que je porte toujours cachée dans ma ceinture. Cette fiole , Gennaro, c'est la vie, c'est la santé , c'est le salut. Une seule goutte sur vos lèvres , et vous êtes sauvé !
( Elle veut approcher la fiole des lèvres de Gennaro y il recule.)
GENNARO , la regardant Jîxement.
Madame , qui est-ce qui me dit que ce n'est pas cela qui est du poison ?
DONA LUCREZIA , tombant anéantie sur lejautetàl.
0 mon Dieu ! mon Dieu !
GENNAAO.
Ne TOUS appelez-vous pas Lucrèce Borgia? — Est-ce que vous croyez que je ne me souviens pas du frère de Bajazet? Oui , je sais un peu d'histoire! On lui fit accroire, à lui aussi , qu'il était empoisonné par Charles VIII , et on lui donna un contre-poison dont il mourut. Et la main qui lui présenta le contre-poison, la voilà, elle tient cette