ACTE II, PARTIE I
liole. Et la bouche qui lui dit de le boire , la Toici, elle me parle.
DONA LUCREZIA
Misérable femme que je suis !
GENNARO
Ecoutez, madame, je ne me méprends pas à to» semblans d'amour. Vous avez quelque sinistre dessein sur moi. Cela est visible. Vous devez savoir qui je suis. Tenez , dans ce moment-ci , cela se lit sur votre visage que vous le savez , et il est aisé de voir que vous avez quelque insurmontable raison pour ne me le dire jamais. Votre famille doit connaître la mienne , et peut-être à cette heure ce n'est pas de moi que vous vous vengeriez en m'empoisounant j mais , qui sait? de ma mère !
DOXA LrCREZIA.
Votre mère , Gennaro ! vous la voyez peut-être autrement qu'elle n'est. Que diriez-vous si ce n'était qu'une femme criminelle comme moi ?
GENNARO
Ne la calomniez pas. Oh non ! ma mère n'est pas une femme comme vous , madame Lucrèce ! Oh ! je la sens dans mon cœur et je la rêve dans mon âme telle qu elle est ; j'ai son image là , née avec moi ; je ne l'aimerais pas comme je l'aime si elle n'était pas digne de moi ; le cœur d'un fils ne se trompe pas sur sa mère. Je la haïrais si elle pouvait vous ressembler. Mais non , non. Il y a quelque chose en moi qui
me dit bien haut que ma mère n'est pas un de ces démons d'inceste , de luxure , et d'empoisonnement comme vous autres , les belles femmes d'à présent. Oh Dieu ! j'en suis bien sûr , s'il y a sous le ciel une femme innocente , une femme vertueuse , une femme sainte , c'est ma mère ! Oh ! elle esi ainsi , et pas autrement! Vous la connaissez, sans doute, madame Lucrèce , et vous ne me démentirez point !
DON A LUCREZIA
Non , cette femme-là , Gennaro , cette mère-là , je ne la connais pas !
GENNARO
Mais devant qui est-ce que je parle ainsi ? Qu'estce que cela vous fait à vous , Lucrèce Borgia , les joies ou les douleurs d'une mère ! Vous n'avez jamais eu d'enfans , à ce qu'on dit , et vous êtes bien heureuse. Car vos enfans , si vous en aviez , savez -vous bien qu'ils vous renieraient , madame? Quel malheureux assez abandonné du ciel voudrait d'une pareille mère ? ttre le fils de Lucrèce Borgia ! dire ma mère à Lucrèce Borgia ! Oh !...
DONA LUCREZIA
Gennaro ! vous êtes empoiSbnné ; le duc , qui vous croit mort , peut revenir à tout moment j je ne devrais songer qu'à votre salut et à votre évasion, mais vous me dites des choses si terribles que je ne puis faire autrement que de rester là , pétrifiée , à les entendre.