GENNARO, DONA LUCREZIA
{ Il Y a à peine quelques lampes mourantes dans V appartement. Les portes sont refermées. Dona Lucrezia et Gennaro , restés seuls , s' entre-re gardent quelques instans en silence , comme ne sachant par cil commencer.
DONA LUCREZIA, sc parlant à elle-même.
Cest Gennaro !
CHANT DES MOINES au-dchors.
Nisi Dominus œdi/îcaverit domum, in vanum laborant qui œdificant eam.
DONA LUCREZIA
Encore vous , Gennaro ! Toujours vous sous tous les coups que je frappe ! Dieu du ciel ! comment vous êtes-vous mêlé à ceci ?
GENNARO
Je me doutais de tout.
DONA LUCREZIA
Vous êtes empoisonné encore une fois. Vont allex mourir !
GENNARO
Si je veux. — J'ai le contre-poison.
148 LCCRÈCE BORGIA.
DONA LUCREZIA
Ah oui ! Dieu soit loué !
GENNARO
Un mot, madame. Vous êtes experte en ces matières. Y a-t-il assez d'élixir dans cette fiole pour sauver les gentilshommes que tos moines viennent d'entraîner dans ce tombeau ?
DONA LUCREZIA , examinant la fiole.
Il y en a à peine assez pour vous , Gennaro !
GENNARO
Vous ne pouvez pas en avoir d'autre sur-lechamp ?
DONA LUCREZIA
Je vous ai donné tout ce que j'avais^
GENNARO
C'est bien.
DONA LUCREZIA
Que faites-vous , Gennaro ? Dépêchez-vous donc Ne jouez pas avec des choses si terribles. On n'a ja mais assez tôt bu un contre-poison. Buvez, au non du ciel ! Mon Dieu ! quelle imprudence vous avei faite là ! Mettez votre vie en sûreté. Je vous ferai sor tir du palais par une porte dérobée que je connais. Tout peut se réparer encore. Il est nuit. Des chevaux seront bienlôt sellés. Demain matin vous serez loin de Ferrare. N'est-ce pas qu'il s'y fait des choses qu»