‹ Œuvres. ThéâtreChapitre 119 sur 191 · ACTE II, SCENE VII · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VII

Après votre butin donner votre pécune,

Et montrer devant tous que cette main, ô preux !

Si terrible à l'Anglais, est douce aux malheureux.

DU GUE S CLIN

Sire, vous me comblez ; mon mérite est bien mince. J'étais déjà payé par l'estime du prince Que je sers, le bon duc de Bretagne; et le roi, En me traitant ainsi, fait beaucoup trop pour moi.

LE ROI

Non pas... Vous aimez fort ce cher duc de Bretagne?

DU GUESCLIN

Sire, depuis vingt ans, sous lui je fais campagne, Et c'est Charles de Blois qui m'arma chevalier.

Vos services, de plus, ont dû bien vous lier, Et je trouve entre vous l'amitié naturelle. J'aime Charles, et j'ai soutenu sa querelle Contre Jean de Montfort, à propos du duché, Différend qui, d'ailleurs, n'est pas encor tranché, Et que nous reprendrons dans un moment propice.

Brusquement.

Si l'on vous proposait de quitter son service ?

DU GUE S CLIN

Moi!

LE ROI

Sans vous employer pour cela contre lui. DU GUES clin, lentement, après un silence.

Le maître, sous lequel je combats aujourd'hui, Soutient, le fer en main, sa cause qu'il sait bonne. C'est un héros! Jamais l'espoir ne l'abandonne; Montfort peut triompher: nul revers ne l'abat. 11 est prêt, vienne l'heure, à mourir en soldat ; Il ne fuit pas; il n'est danger dont il ne rie; Il déteste l'Anglais bourreau de sa patrie; Et je ne connais pas, pour être son égal, De plus fier chevalier, fût-il de sang royal. Si j'en rencontrais un, par grand hasard, peut-être Consentirais-je alors à le prendre pour maître.

LE ROI, avec colère.

Assez!... Je comprends trop ta pensée, et ce ton D'ironie est mal fait pour loi, rude Breton.

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