D'OUVERTURE
Rassurez-vous! Ce n;est pas une conférence, Messieurs, et vous voyez déjà la différence, Puisque je parle en vers, langage harmonieux Duquel les confiseurs ont hérité des dieux. Si l'on attend un long discours, qu'on y renonce ! Je suis le régisseur et viens faire une annonce, Voilà tout. Pour le reste, ami public, je crois Que vous applaudirez tout seul les beaux endroits Et qu'il n*est pas besoin de prévenir la foule Pour qu'un franc rire éclate ou qu'une larme coule. 3 'ajoute — mais ceci, je vous ie dis tout bas, — Qu'on parle beaucoup trop en France, n'est-ce pas?
+0 rROLLCL't D OUVERTURE.
Nous revoyons Babel et le trouble des langues. Et pouvons souhaiter un peu moins de harangues: Ne parlons pas, causons, comme de vieux amis. Au théâtre, après tout, quelques vers sont permis; Et je prétends, pendant que chaque camarade Rajuste sa perruque et relit sa tirade, Vous expliquer notre œuvre et la mettre en relief. Puis, comme un avocat dirait, je serai bref. Je goûte l'eau sucrée, et relève ma manche.
Jouer la comédie, en plein jour, le dimanche! Ne vous dites-vous pas, mesdames et messieurs, Que ce simple projet est bien audacieux ? Pour ces heures de fête, au repos destinées, Notre hiver a souvent de belles matinées : Vieil ami de Paris et de ses habitants, Il coquette avec eux et ressemble au printemps; Et dès qu'un clair rayon lui fait une parure, La foule, où se répand un parfum de fourrure, La foule, où tous les gens sont joyeux et bavards. Inonde en un instant nos quais, nos boulevaids ; Les deux mains au manchon, les yeux sous la voilette Elle achète un petit bouquet de violette, S'assied dans les jardins, ou fait le tour du bois;
PROtOCUE D OUVERTURE. 4 1
Et même le soleil est si gai quelquefois
Et la limpidité du vieil azur est telle
Que l'œil, se méprenant, y cherche une hirondelle
Eh bien! l'hiver fût-il très clément et t;ès doux,
Nous prétendons pourtant vous attirer chez nous.
D'ailleurs, nous sommes loin du nouvel équinoxe;
Le mauvais temps n'est pas, en somme, un paradoxe,
Et quand sera le ciel humide ou refroidi,
Comme il faut, après tout, passer l'après-midi,
Nous comptons qu'on viendra nous demander asile.
Mais ce que nous tentons est bien plus difficile.
Notre effort serait vain et notre temps perdu
Si nous ne formions pas un public assidu,
Qui prenne une habitude, enfin, et se souvienne.
Nous croyons qu'on viendra, nous voulons qu'on revienne ;
Et je vais adresser à présent mon discours
A ceux que je voudrais revoir tous les huit jours.
C'est vous, les écoliers, c'est vous, les jeunes filles. Qui, retenus autour des lampes de familles, Pendant les soirs d'hiver, regardez flamboyer Les bûches de Noël brûlant dans le foyer, Et qui, par vos parents gardés auprès ds Pâtre.
r R O L O G V C D'OUVERTURE.
Ignorez les plaisirs capiteux du théâtre;
C'est vous, jeunes esprits, avides de savoir,
Vous d'abord, vous surtout, que nous voulons avoir.
Car nous écarterons toujours de cette scène
Tout spectacle mauvais et toute œuvre malsaine,
Et nous ne montrerons jamais devant vos yeux
Que ce que l'art français a de plus précieux,
Et que ce grand foyer de pensée où s'enflamme
L'idéal de l'esprit ou la vertu de l'âme!
Et de même qu'aux jours des soleils renaissants
Vous cueillez des bouquets de fleurs, parmi les champs
Où mai vient de verser sa jeunesse éternelle,
Et que vous en ornez la maison paternelle,
Ainsi nous voudrions que votre souvenir,
A ce repas du soir qui vous voit revenir,
Rapportât, fleurs de l'âme en glanant amassées,
Des gerbes de beaux vers et de nobles pensées.
Pour notre œuvre, ou l'étude est auprès du plaisir,
Dans le trésor de l'art nous n'avions qu'à choisir;
Et nous t'avons élu le premier, ô Molière,
Dont l'inspiration profonde et familière
Au niveau du génie éleva la rrison.
Nous, humbles serviteurs de ta vieille makon