PREMIERE INSTRUCTION
•or l'accord de la foi et de la raison dans les mystères de l'incarnation et de la
rédemption.
François Joseph, etc., etc., atout le clergé de notre diocèse , salut et bénédiction en celui qui est la sagesse née de Dieu avant les siècles (Eccl. 2V, \k), et incarnée dans la plénitude des temps (Eph. 1, 10), pour racheter les hommes qui, ayant tous péché en Adam, étaien t
par leur nature enfants de colère et esclaves do Satan {Rom. 5, 12; Eph. 2, 3; 2 Tint. 2, 20). I . Pourquoi cette instruction est-elle adressée non à tous les fidèles, mais au seid clergé? — Comme les merveilles mystérieuses de l'Incarnation du Fils de Dieu n'ont point été
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révélées aux hommes par la chair et le sang [Matth. 1 , 16) , qui ne pouvaient ni en donner ni en recevoir l'intelligence et le goût , ce n'est point aux personnes du monde plongées dans l'amour des choses de la terre, ni au commun des fidèles peu éclaires dans les choses du ciel que nous adressons cette Instruction. Trop charnels la plupart pour qu'ils veuillent goûter une nourriture toute spirituelle ; trop enfoncés dans la matière , trop asservis bassement à l'empire de l'imagination et des sens pour qu'ils puissent, par un noble essor de l'esprit, s'élever à des conceptions subtiles, à des spéculations sublimes, à la contemplation des plus hautes vérités ; ils ne sont d'ordinaire capables que de saisir les premiers éléments, que d'acquérir les notions communes, que de sucer, comme des enfants en Jésus-Christ ( 1 Cor. 3, 1 ), le lait de la doctrine chrétienne : ils ressemblent à ces Hébreux, auxquels S. Paul écrivait, Factiestis quibus lacté opus sit, non solido cibo ( Hebr. o , 12). A l'exemple de cet apôtre qui , proportionnant ses discours, selon les règles de la prudence, à la portée de ses auditeurs, disait aux Corinthiens : Sapientiam loquimur inter perfectos ( 1 Cor. 2, 6 ) \ c'est aux hommes perfectionnés , fortifiés par les aliments solides d'une saine théologie , que nous annonçons la sagesse, non de ce monde, non découverte aux faux savants de ce siècle , sectateurs d'une philosophie antichrétienne , mais cachée dans le mystère ( Ibid. 7 ) d'un Dieu fait homme et victime pour le salut de l'homme. Mystère qui, quoique adoré des anges, désiré des patriarches, prédit par les prophètes, prêché par les apôtres, scellé du sang de tant de milliers de martyrs, admiré etrévéré par tant d'illustres docteurs et de génies du premier ordre , ne laisse pas d'être rejeté avec dédain par ces prétendus sages qui osent le traiter de folie ; tant eux-mêmes sont follement infatués (1) dune contrariété imaginaire qu'ils supposent entre les lumières de la foi et celles de la raison ! Pleins d'un mépris injurieux pour les premières et d'une estime outrée pour les secondes, ils les jugent incompatibles et inalliables. Jugement faux et calomnieux qui méconnaît les dons de Dieu, et les outrage en leur imputant une opposition illusoire qu'ils n'ont pas. La raison et la foi sont, ainsi que nous l'avons fait voir ailleurs (2) , deux flambeaux allumés par le même Soleil d'intelligence (Sap. 5, G), et donnés par le même Père des lumières (Jac. 1, 17) à l'homme pour l'éclairer dans la région ténébreuse de celte vie. Leurs rayons, quoique différents , sortis de la même source et tendants à la même lin, bien loin de s'entre-choquer et de se nuire , s'entr'aident et s'allient utilement ensemble. Leur union , qui augmente leur clarté, qui redouble leur force, qui fait voir et sentir davantage leur solidité inébranlable, est le fléau de l'ignorance et du préjugé , de l'erreur et du vice , de la su-
(1) Dicentes se esse sapicnles , stulti facli sunt. Rom. 22.
(2) Prem. Instruction sur les mystères, cl, 52 et s.
perstition et du fanatisme, de l'impiété et du blasphème. Leur concert, qui résout des questions difficiles, qui lève des doutes désagréables , qui dissipe des inquiétudes alarmantes, est l'admiration, la joie , la consolation des esprits droits, des cœurs dociles, des âmes bien nées, qui aiment la vérité, la vertu, la religion. Leur accord , que rien ne peut vaincre ni affaiblir, est le triomphe du Christianisme contre tous ses ennemis , qui s'efforcent en vain de les opposer l'une à l'autre. Notre Instruction précédente a fait voir cet heureux accord dans le mystère adorable de la Trinité. Nous nous proposons de le montrer dans ceux de l'Incarnation et de la Rédemption, qui ont beaucoup de rapport l'un à l'autre. Leur intime liaison nous engage à les réunir dans une même Instruction ; mais leur très-haute élévation , jointe aux profondes ténèbres qui les environnent, n'a-t-elle pas de quoi nous effrayer dans l'exécution de notre entreprise , très-supérieure à nos forces ? Nous qui avons tant de peine à concevoir la structure du corps des plus vils insectes , le mécanisme des ouvrages de l'art les plus visibles , la cause des phénomènes de la nature les plus exposés ici bas à nos yeux , réussirons-nous à percer ou à lever en partie le voile épais qui couvre de toutes parts les deux chefs-d'œuvre de la vertu du Très- Haut [Luc. 1, 35) les moins concevables , les moins apparents et , ce semble , les plus incroyables? Non sans doute , à moins que la sagesse divine , dont ils sont les admirables inventions , ne vienne travailler avec nous ( Sap. 9, 10 ) , pour nous aider à en éclaircir l'obscurité, à en découvrir les secrets ressorts, à en démontrer la croyance vraiment raisonnable , malgré toutes les fausses lueurs des vraisemblances contraires. Sans son aide que pouvons-nous? Avec son assistance que ne pouvons-nous pas ? Nous attendons toutdsta bonté, qui veut bien être aussi propice à nos vœux que favorable à nos recherches, etde sa puissance, qui peut nous combler surabondamment de ses dons au-delà de nos demandes ou de nos pensées ( Eph. 3 , 20). Nous espérons qu'eilc-même , nous éclairant des rayons do sa science, nous couvrant du bouclier de sa vérité , nous armant du glaive de sa parole, sera notre lumière, notre sûreté, notre force contre les plus habiles, les plus dangereux , les plus renommés maîtres du scepticisme, de l'erreur, de l'irréligion. Sur quoi fondonsnous notre ferme espérance? Sur ses oracles infaillibles. Ils nous rendent certains que ceux gui la cherchent la trouvent ; quelle prévient ceux gui la désirent; gue celui gui se confie en elle la possédera ; qu'après qu'elle l'aura fait passer par les épreuves et les peines laborieuses qui accompagnent ses leçons ell". lui dévoilera ses secrets, l'enrichira de ses trésors d'intelligence (Eccl. k, 17, 19, 21). le prendra sous saprotection , el le fera reposer dans sa gloire (76. ik, 27).
Nous sentons que notre faiblesse a grand besoin de son secours contre ces faux sages qui en la combattant se parent de son nom, s'attribuent ses éloges, se revêtent de ses ti-
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très, se rangent en apparence sous ses enseignes, comme s'ils étaient ses vrais partisans et ses zélés défenseurs. Ils rendent par là leurs attaques plus insidieuses, leurs traits plus difficiles à repousser, leurs embûches moins faciles à découvrir, leurs adresses malicieuses plus semblables à celles du Prince des ténèbres, qui ne séduit jamais davantage que lorsqu'il se transforme en ange de lumière (2 Cor. 11, 14). Pour convaincre de folie leur sagesse diabolique (Jac. 3,15), combien nous est nécessaire la sagesse qui vient d'en haut (lbid. 17) ! Mais qui nous la donnera ? Instruits que Salomon l'obtint parce qu'il la demanda, et que Dieu l'accorde à quiconque l'invoque avec une humble confiance , Nous fléchissons les genoux devant Nolrr-Srigneur Jésus-Christ (Ephcs. 3, 14 ) pour le supplier de nous l'envoyer du ciel, où elle préside à tous ses conseils ; nous le conjurons de la faire aussi présider à tous nos ouvrages, pour quela victoire qu'elle nous fera remportersur nos adversaires brise sous nos pieds Satan ( Rom. 16, 20 ), dont ces orgueilleux et impies philosophes sont les émissaires et les organes. Leurs discours , leurs écrits infectés d'un poi on mortel, mais adroitement caché sous de belles fleurs et insidieusement enveloppé d'agréables et de brillantes amorces , sont bien dignes de cet ancien et très -rws^ serpent (Apoc. 12, 9), ennemi irréconciliable de Dieu et des hommes. Sa haine envenimée contre les ouailles et surtout contre les chefs du troupeau de Jésus-Christ le porte sans cesse à leur dresser des pièges pour les surprendre et les perdre. Dès la naissance du christianisme il a employé le masque et les raffinements d'une philosophie fausse , déraisonnable, insensée au fonds, mais décorée au dehors des beaux noms et des apparences spécieuses de la vérité, de la raison, de la sagesse; il s'en est servi dans les âges suivants , et il s'en sert encore dans notre siècle plus que jamais pour tâcher de pervertir les fidèles, et de fasciner les yeux des ministres mêmes de la Religion. C'est donc à vous, nos bien-aimés coopératours dans le saint ministère, que nous adressons cet important avis de l'Apôtre : Que personne ne vous séduise par une vaine philosophie et pur une science trompeuse qui n'est pas selon Jésus-Christ ( Coloss. 2, 8). Ajoutons avec douleur , avec indignation , que celle dont nous parlons est directement contre Jésus-Christ. Elle ose attaquer tout à la fois sa doctrine , ses miracles, sa personne : sa doctrine , qu'elle accuse d'être sur plusieurs points inintelligible , révoltante, absurde ; ses miracles , qu'elle rejette comme fabuleux , ridicules , impossibles ; sa personne , qu'elle traite de pur homme, en qui on a tort de dire que toute la plénitude de la Divinité réside substantiellement {lbid. v. 9). Plus cetHomme-Dieu est en butte aux blasphèmes de nos philosophes incrédules, plus désirons-nous dans celte Instruction le renger de leurs outrages.
//. Haute idée que S. Augustin a eue de ce mystère incompréhensible —Pouvons-nous
mieux la commencer, qu'en suivant les vestiges de S. Augustin, qui a marché avant nous dans la carrière fort épineuse où nous entrons? Il a tâché d'en aplanir les voies, sans se flatter d'y avoir entièrement réussi. Son génie, aussi fécond et lumineux que vaste et sublime , ne se bornait point à des idées communes et superficielles. Il s'était fort applique à éclaircir les plus obscures vérités de la Religion et à en pénétrer le fonds ; néanmoins le premier pas qu'il nous a tracé par son exemple dans ses écrits sur l'Incarnation, a été l'humble aveu que nos efforts sont inutiles et impuissants pour parvenir à la comprendre. Nous serions en effet bien téméraires , bien insensés de mesurer à nos courtes conceptions, et de vouloir renfermer dans la sphère étroite de notre intelligence, un mystère dont , suivant le langage figuré de l'Ecriture, la largeur et la longueur, ainsi que la hauteur et la profondeur, sont si grandement, si étrangement spacieuses, que le monde entier ne suffirait pas pour contenir tous les livres (Joan. 21, 25) qui exprimeraient ce qu'elles ont d'extraordinaire et de prodigieux.
Que de merveilles ineffables s'offrent à notre vue , soit que nous considérions ce mystère dans sa nature et dans son principe , soit que nous l'envisagions dans ses effets et dans sa fin 1 Quelle est sa nature? C'est l'union si intime de Dieu à l'homme, que Dieu et l'homme ne sont qu'une même personne ; que Dieu est vraiment homme et que l'homme est véritablement Dieu; que tout ce qui est propre à Dieu se dit proprement de l'homme, et que tout ce qui est propre à l'homme se dit proprement de Dieu même. Qui aurait jamais pu, sans la révélation, imaginer ou se persuader la réalité ou même la possibilité d'une si surprenante, si difficile union ? Quel est son principe ? C'est l'amour de Dieu pour le monde : Sic Deus dilexit mundum (lbid. 3, 16). L'amour, dit S. Denys (De divinis Nomin., c. 4), est une vertu unitive qui transforme par l'identité d'affections l'amant en objet aimé , et qui des deux n'en fait qu'un : or ce qu'aucun amour au monde n'avait jamais fait que par une union morale et accidentelle l'amour de Dieu pour l'homme l'a opéré par une union physique et substantielle : jamais il n'était arrivé sur la terre que de l'amant et de l'objet aimé l'amour n'en eût fait réellement qu'une même chose ; c'était une merveille qui semblait réservée pour le ciel, où le Père et le Fils ne font effectivement qu'un en nature : cependant l'amour de Dieu pour le genre humain a été si grand que Dieu s'est uni à l'homme et s'y est uni si étroitement, que Dieu et l'homme ne sont qu'un en personne. C'est la grandeur de cet amour extrême qui lui a fait déployer la force toute puissante de son bras (Luc. 1, 51) pour rapprocher et joindre les extrémités les plus éloignées, pour concilier et réunir ensemble les contrastes les plus opposés, en associant la terre au ciel, le fini à l'infini , la créature au Créateur, la soumission à l'indépendance, la douleur à la félicité, l'i-
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gnominic à la gloire, le plus profond abais- dules , quoique contraints avec (1) l'un des
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sèment à l'élévation la plus sublime. Qu'y a-t-il de si haut, de si excellent que la divinité; de si bas, de si vil que la poussière ? Quelle vaste distance, quel espace immense entre Dieu et la houe ! Cependant ce Dieu de majesté suprême s'est prodigieusement abaissé jusqu'à se faire poussière en se faisant homme. 0 deux , soyez saisis d étonnement [ Jerem. 2, 12 ) ! le Verbe, qui était au commencement, et qui était Dieu, et par qui toutes choses ont été faites , a été lui-même fait chair (Joan. 1,2), formée de boue; et celle boue si abjecte a été miraculeusement exaltée jusqu'à devenir la chair de Dieu; en sorte qu'on peut dire avec S. Bernard (Serm. 3 in Vigil. Naliv. ) que la houe a lait tout ce que Dieu a fait, et que Dieu a souffert tout ce que la bouc a souffert.
III. Sentiments de S. Paul sur le même mystère.— S. Paul, ravi d'admiration et transporté de reconnaissance à la vue de ces prodiges de la puissance et encore plus de la bonté divine, n'exprime ses pensées cl ses sentiments sur l'Incarnation, qu'en termes aussi relevés et magnifiques que tendres et affectueux : il l'appelle à juste litre le grand mystère de l'excessive charité (1 Tim. 3, 1G) du Fils de Dieu , que ses entrailles de miséricorde envers les hommes ont engagé à épouser leur nature, pour vaincre en elle et par elle celui qui avait l'empire de la mort (llebr. 2, 14), et pour leur ouvrir le ciel, dont le péché de leur premier père avait fermé les porles à sa malheureuse poslérilê. Il ajoute que ce mystère, après avoir été caché dés l'origine des siècles dans le sein delà Divinité , a été dans la plénitude des temps manifesté en lu chair, justifié par l'esprit , révélé aux anges, précité aux nations , cru dans le monde (1 Tim. 3, 10). Quand l'Apôlrc en parlait ainsi, ce n'était en partie qu'une prédiction, qui dés lors commençait à s'accomplir par la vocation des Gentils à la foi; mais nous voyons la prophétie pleinement vérifiée. Le monde, d'idolàire devenu chrétien , croit un Dieu fait chair. C'est là le miracle qu'a opéré le Seigneur, et ce miracle qui parait évidemment à nos yeux doit, dit S. Augustin, nous faire croire le mystère, quelque incroyable qu'il paraisse à notre raison, et quelque impossible qu'en soit la claire explication CI). Demander comment et pourquoi il s'est accompli, ce serait, conlinuc ce l'ère, le détruire en voulant le connaître à fond, puisqu'il esl certain que l'incarnation du Verbe ne sérail plus par excellence l'œuvre du Tout-Puissant si l'on en pouvait rendre raison , et qu'elle n'aurait plus l'avantage de se distinguer par sa singularité unique si, dans l'ordre de la nature ou dans .celui de la grâce, on en pouvait trouver un seul exemple.
IV. Prévis des objections de l'incrédule contre ce mystère. — Cependant les incré-
(i) A Domino lacliim est islud, et esl mirabile in ocu'is nostris. Putl. 117, 25.
plus célèbres d'entre eux de reconnaître partout les bornes de l'esprit humain , veulent ici les méconnaître. Ils ne cessent de nous demander ce comment et ce pourquoi. Ils. oublient ces principes de la logique que voir clair est une raison d'affirmer , mais que ne point voir n'est jamais une raison de nier ; et qu'il y a un milieu entre tout voir et ne rien voir, que ce milieu est de ne voir qu'en partie. L'oubli de ces principes est la source de toutes les difficultés qu'ils proposent. Ils objectent avec les sociniens que l'union personnelle de deux natures infiniment dissemblables, en vertu de laquelle Jésus-Christ est tout ensemble Dieu et homme, immortel et mortel, impassible et passible, infini et borné, créateur et créature, renferme une foule de contradictions, d'indécences et d'absurdités. Ils ajoutent que quand même elle n'en renfermerait aucune et qu'elle serait possible elle était inutile, et qu'avec les yeux les plus perçants il est impossible d'en voir le cui bono. Ils appliquent à l'envoi que Dieu a fait de son Fils pour le salut des hommes le fameux passage d'un poète (2) latin : Nec Dcus inlersil nisi dignus vindice nodus incident, lis combattent les raisons qu'on a coutume d'alléguer pour faire voir la nécessité ou l'utilité de cet envoi.
Tous les hommes , dit-on, étant coupables de péchés actuels , ou du moins du péché originel, il fallait, ou du moins il convenait que la justice divine les punît ou qu'elle fût désarmée par une satisfaction pleine, qui rendît à Dieu une gloire infinie pour compenser l'injure infinie faite à sa majesté, puisque la grandeur de celte injure doit être appréciée et mesurée à proportion de la dignilé suprême de celui qui la reçoit et de l'extrême bassesse de celui qui la fait. Or, poursuit-on , une pure créature , quelque parfaite qu'elle soit, et quelque effort qu'elle fasse, demeure toujours dans les bornes du fini : nulle pure créature ne pourrait donc satisfaire pleinement pour le péché. Mais Jésus-Chrisl Dieu et homme a satisfait pleinement : la nature divine a fait en lui ce qui était au-dessus de l'humaine, et celle-ci par
(1) Les bornes de l'esprit humain sont partout, pauvre Docteur. Veux-tu savoir comment ton bras et ion pied obéissent à ta volonté, cl comment ton foie n'y obéit pas ? Cherches-tu comment la pensée se forme dans ton cliétif entendement, cl cet enfant dans hueras de celte femme? Je le donne du temps pour me répondre. Tes pareils ont écrit dix mille volumes sur cet article : ils oui trouvé quelques qualités de cette substance , les enfants les connaissent comme toi; mais celte substance, qu'est-ce au fond? et qu'est-ce que lu as nommé esprit du mot latin qui veut dire souffle, ne pouvant faire mieux, parce que lu n'en as pas d'idée? Regarde ce grain de blé que je joue en lerre , et dis-moi comment il se relève pour produire un tuyau ebargé d'un épi. Apprendsmoi comment la même terre produit une pomme au haut de cet arbre, ci une châtaigne à l'arbre voisin. Je pourrais te faire un in-folio de questions auxquelles lu ne devrais répondre que par quatre mots : je n'en sais rien. Dict. pliitos. p. -48, 49.
(9) Horace, art poétique.
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son humiliation a opéré ce qui ne convenait pas à celle-là. De plus , ajoule-t-on encore, il fallait que celui qui eût voulu satisfaire pour le péché de l'homme fût libre, qu'il pût mourir, s'il le voulait , et ne pas mourir, s'il ne le voulait; ce qui ne peut convenir qu'à un Homme-Dieu, dont la divinité et la toute-puissance ne permettaient pas qu'on le pût assujettir à la mort, mais n'empêchaient pas qu'il ne pût vouloir librement mourir, en offrant pour les coupables le sacrifice de sa vie à la justice divine, qui n'avait pas droit de l'exiger. Elle a accepté cette satisfaction , comme lui étant faite par une personne égale à Dieu, et qui n'était pas tenue de la faire. Ainsi la miséricorde et la vérité se sont rencontrées ; la justice et la paix réunies et conciliées se sont donné un baiser mutuel (Psal. 8k, 11). .
Quelque solides que soient ces raisons , elles ne contentent pas les incrédules. Ils demandent quel besoin Dieu avait de cette sanglante, satisfaction, et pourquoi, au lieu d'abandonner aux douleurs, à l'ignominie et à la mort son Fils innocent, il n'a point pardonné gratuitement aux hommes coupables; ou plutôt pourquoi il ne les a pas empêchés de devenir malheureusement coupables, et ne les a pas en tout temps rendus justes et heureux ? Us disent que ce dernier plan s'accorde mieux avec les idées que nous avons de la puissance, de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu ; que l'hypothèse de l'incarnation confond et obscurcit toutes ces idées, et multiplie les difficultés , bien loin de les résoudre : que d'ailleurs elle suppose deux dogmes également absurdes et cruels : un péché originel commis en Adam par tout le genre humain , et un supplice éternel pour une faute momentanée ; qu'elle suppose encore la chute des mauvais anges, la damnation de tant de peuples idolâtres durant tant de siècles , et la distribution inégale des grâces. Sur quoi ils font valoir les difficultés que les bonzes proposèrent à l'Apôtre du Japon : Ou Dieu prévoyait que Lucifer et ses complices devaient se révolter et être damnés éternellement , ou il ne le prévoyait pas : s'il ne le prévoyait pas , ses lumières ne s'étendent pas si loin que vous le dites ; mais s'il le prévoyait , c'est bien pis de n'avoir pas empêché leur révolte et leur damnation, qui ont été, selon vous, la source de tant de maux ; ainsi vous êtes contraint , disaient les bonzes , de reconnaître ou de l'ignorance ou de la malice dans votre Dieu. Quoi donc , ajoutaient les Japonais , nos pères brûlent éternellement dans l'enfer parce qu'ils n'ont pas adoré un Dieu qui leur était inconnu , et qu'ils n'ont pas observé une loi dont ils n'avaient pas ouï parler. Si notre mal, à cause du prétendu péché de notre premier père , est aussi ancien que le monde, disaient-ils subtilement, pourquoi Dieu a-t-il laissé passer tant de siècles sans y remédier? Que n'est-il descendu du ciel pour se faire homme , et pour racheter le genre humain par sa mort , dès que l'homme a été coupable ? En quoi les premiers hommes ont-ils péché pour s'être rendus indignes
d'une t-elle grâce ? Et quel a été le mérite de leurs descendants pour être traités d'une manière plus favorable ( Vie de S.François X avier, p. 159 et 160)? Une religion dont le Dieu est partial dans ses dons, peut-elle être véritable? V. Plan de cette instruction ; avantages de son style didactique et serré. Sa division en deux parties. — Nos incrédules font encore d'autres objections spécieuses que nous rapporterons dans la suite sans les déguiser. Car quelque esprit ou talent qu'ils aient, quelque adresse ou rusequ'ils emploient pour éblouir les yeux, en revêtant le mensonge des couleurs apparentes de la vérité, nous ne les redoutons pas. Sachant qu'î/ n'y a point de sagesse , point de prudence . point de conseil contre le Seigneur (Prov.%1, 30), qui , dans la défense de sa cause contre les assauts de leur impiété, fortifie notre faiblesse , anime notre confiance , encourage notre zèle , nous ne craignons ni leur science fastueuse, ni leur sagacité féconde en raisonnements captieux, ni leur malignité ingénieuse à faire naître des doutes et répandre des nuages par le mélange du vrai et du faux. La Religion que no'is défendons ne craint que d'être ignorée; elle gagne beaucoup à être étudiée, approfondie, connue, sa lumière s'élève du milieu même des ténèbres ( Ps. 111 , k) qui tentent en vain de l'offusquer. Leurs inutiles tentatives ne rendent que plus sensible à un cœur droit le contraste des moyens employés, les uns par ses défenseurs pour là mettre dans tout son jour, les autres par ses adversaires pour obscurcir sa clarté. Pointes d'esprit , jeux d'imagination, plaisanteries facétieuses, contes obscènes, subtilités sophistiques, imputations calomnieuses, déclamations aussi peu remplies de choses et de sens que pleines de grands mots et d'expressions superbes (Jud. 16) : ce sont là les armes dont ceux-ci se servent en l'attaquant. Que voulons-nous leur opposer en la défendant? Solidité des principes , justesse des conséquences, exacte vérité, noble simplicité du langage modeste, mais énergique de la foi et de la raison , précision mâle et nerveuse du style laconique et dictatique de la philosophie et de la théologie. Quelques personnes ont blâmé dans nos Instructions précédentes l'usage de ce style , comme si elles ne savaient pas que nos plus célèbres controversistes, les Bellarmin, les Duperron, les Richelieu, les Nicole, les Bossuet, les Bissy s'en sont servis dans leurs ouvrages polémiques. Nous continuerons donc de l'employer comme le plus capable de montrer qu'en vain le mensonge met en œuvre toutes les malignes finesses du serpent infernal pour lancer ou souffler son noir venin contre la vérité; bien loin de l'éteindre ou de la ternir, il ne fait qu'augmenter son éclat et illustrer son triomphe. 0 vérité , sainte et aimable fille du ciel, tu n'as besoin pour prévaloir contre toutes les portes de l'enfer que de ta seule force et de ta beauté naturelle. Sans fard, sans parure, sans ornements étrangers , sans secours empruntés , tu te défends car toi-même toute nue , toute
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simple , contre la pompe et l'ostentation des faux brillants de l'éloquence mondaine, contre les embûches et les stratagèmes des plus habiles partisans de l'erreur. Ils ont beau multiplier des détours cachés pour te surprendre , des attaques manifestes pour te blesser, des déguisements hideux pour te défigurer; tu es inaccessible à toutes leurs illusions, invulnérable à tous leurs traits, victorieuse de tous leurs artifices. La Religion chrétienne que f annonce , disait S. François Xavier au roi de Bungo , n'est pas une science des académies de la terre, ni une invention de l'esprit humain; c'est une doctrine toute céleste et dont Dieu seul est le maître. Tous les bonzes du Japon, ni tous les savants du monde ne peuvent pas plus contre elle que les ombres de la nuit contre les rayons du soleil.
Les objections de nos incrédules contre l'Incarnation ressemblent à celles des bonzes, et sont de deux sortes. Les unes en attaquent la nature, le comment; les autres en combattent la fin , le pourquoi. Afin de les réfuter avec ordre dans cette instruction , nous la diviserons en deux parties.
Comment Dieu s'est-il fait homme, et n'at-il pas cessé d'être Dieu? Ce sera la première.
Pourquoi Dieu s'esl-il abaissé jusqu'à se faire homme, et s'est-il rendu obéissant jusqu'à la mort de la croix? Ce sera la seconde, qui traitera principalement du mystère de la Rédemption.
VI. Motifs de l'Incarnation, précédée de plusieurs siècles d'ignorance, d'idolâtrie et de dissolution. — Daigne le Seigneur bénir l'une et l'autre pour l'honneur de son saint nom et pour l'utilité de son Eglise, spécialement pour la vôtre, M. C. F! Puissiez-vous en profiter par une lecture attentive et réfléchie qui fasse que la connaissance de Notre- Seigneur Jésus-Christ ne soit pas stérile en vous (2 Petr. 1,8), mais qu'elle soit féconde en fruits salutaires qui nous donnent la consolation de pouvoir nous adapter vis-àvis de vous ces paroles d'un écrivain sacré : Voyez que j'ai travaillé utilement, non pas pour moi seul, mais pour tous ceux qui recherchent la vérité (Eccli. 24, 47). Vous le savez , la vérité substantielle et incréée n'est autre chose que la sagesse divine qui, sous une forme humaine a été vue sur la terre, et a conversé avec les hommes (Bar. 3 , 38). Après avoir infructueusement exposé à leurs yeux, durant plusieurs siècles d'ignorance et d'idolâtrie, les grandeurs de l'Etre suprême et ses perfections qui, quoique invisibles en soi, brillaient dans le magnifique spectacle de la nature et du bel ordre de toutes les parties de l'univers, dont, hélas 1 rebelles à la lumière (Job 2'+, 13), les uns n'avaient pas su reconnaître le Créateur, les autres n'avaient pas voulu l'adorer et le glorifier; après avoir inutilement fait retentir à leurs oreiller , au milieu des tourbillons de flammes et des éclats de tonnerre, len commandements de sa loi; après leuravois donné ses instructions par la bouche der
Moïse et de ses prophètes , dont une foule de prodiges éditants n'avaient pu empêcher leur têtes dures et ipdociles de rejeter les oracles; qu'a-t-elle ftiit enfin pour remédiera leurs maux extrêmes? quel dernier moyen a-t-elle mis en œuvre pour vaincre leur opiniâtre résistance?
Elle-même en personne , revêtue de leur chair afin de faire plus d'impression sur leurs sens, sur leurs esprits, sur leurs cœurs, est venue dans un état d'abjection , d'indigence , d'infirmité, leur donner ses leçons salutaires par sa propre bouche, leur enseigner le chemin du ciel par ses saints exemples , leur apprendre à dompter leurs passions dominantes, l'orgueil, la convoitise, la volupté , par la vue de sa vie humble , pauvre , souffrante, et à mériter, en l'imitant, les honneurs , les trésors , les délices d'une vie éternelle, prix inestimable de sa mort. Vie souverainement heureuse qui consiste à connaître sans voile, à aimer sans mesure, à louer sans cesse dans des transports d'admiration, de reconnaissance, d'allégresse le seul vrai Dieu et Jésus-Christ , qu'il a envoyé (Joan. 17, 3) au monde pour éclairer, racheter, sanctifier ceux qui étaient assis dans les ténèbres et détenus dans l'esclavage du démon et du péché. Les hommes, avant sa venue, livrés la plupart à des superstitions extravagantes, à des vices infâmes, à des erreurs monstrueuses , à un sens réprouvé , étaient d'autant plus misérables qu'ils ne connaissaient pas l'abîme des misères où ils étaient plongés : semblables à des aveugles qui marchent sans crainte et sans précaution sur le bord d'un précipice comme dans un lieu île sûreté, ils s'égaraient avec une fausse et fatale sécurité dans un chemin qui leur paraissait droit , mais dont la fin les menait à la mort (Prov. 16, 25) et au gouffre de l'enfer.
Grâces immortelles soient rendues à ce Dieu Sauveur qui, touché de leur triste sort, les a visités d'en haut. Comme un soleil levant (Luc. 1, 78), il a fait luire à leurs yeux dessillés les rayons des vérités de son Evangile, et a répandu dans leurs cœurs purif' s par sa grâce les ardeurs des flammes de sa charité , pour conduire leurs pas dans les voies de la vraie paix et de l'aimable liberté des enfants de Dieu , jusqu'à leur céleste pairie, Il leur a donné la science du salut (lbid. v. 77), la science des saints (Sap. 10 , 10), fort supérieure à celle des philosophes du paganisme et des faux sages de notre siècle. Ceuxci ont sans cesse dans la bouche le nom de la vérité ; mais en ont-ils la connaissance dans l'esprit et l'amour dans le cœur? Qu'on en juge par le témoignage d'un des plus fameux d'entre eux qui, en traçant leur portrait, s'est dépeint lui-même au naturel (1).
(1) Je consultai les philosophes , je feuilletai lems livres, j'examinai leurs diverses opinions : je les trouvai tous tiers, afnrmalil's , dogmatiques, même dans leur scepticisme prétendu, n'ignorant rien, ne prouvant rien, se moquant les uns clés autres; et ce point commun à tous, nie parut le seul sur lequel ils ont tous raison. Triomphants quand ils attaquent,
SUR L'INCARNATION
Pour vous , mes chers frères , qui recherchez la vérilé, lisez cet ouvrage avec un désir sincère de la connaître de plus en plus , et avec cette profonde application qu'exige sa découverte , précédée ordinairement de travail et de peine, mais toujours suivie d'un plaisir spirituel et d'une joie pure et indicible (1) qui surpasse de beaucoup toute volupté sensuelle. La vérité, dit saint François de Sales (T. 1, p. 377), est l'objet de notre entendement , qui a par conséquent tout son contentement à découvrir la vérité des choses ; et selon que les vérités sont plus excellentes , notre entendement s'applique plus délicieusement à les considérer. Quel plaisir pensezvous qu'eurent ces anciens philosophes qui connurent si excellemment tant de belles vérités en la nature ? Certes toutes les voluptés ne leur étaient rien en comparaison de leur bien-aimée philosophie, pour laquelle quelquesuns d'entre eux quittèrent leurs honneurs, les autres de grandes richesses d'autres leur pays... Mais lorsque notre esprit, élevé au-dessus de la lamine naturelle, commence à voir les vérités sacrées de la foi ; 6 Dieu, Théotime, quelle allégresse! l'ame se fond de plaisir, oiant la parole de son céleste époux, qu'elle trouve plus douce et suave que le miel de toutes les sciences humaines.
VII. Grands et beaux sentiments de saint Paul sur la science de Jésus-Christ , et de Jé-
ils sont sans vigueur en se défendant. Si vous pesez les raisons, ils n'en ont que pour détruire; si vous comptez les voix, chacun est réduit à la sienne; ils ne s'accordent que pour disputer.... Quand les philosophes seraient en état de découvrir la vérité, qui d'entre eux prendrait intérêt à elle? Chacun sait bien que son système n'est pas mieux fondé que les autres; mais il le soutient, parce qu'il est à lui. II n'y en a pas un seul qui, venant à connaître le vrai et le ftux, ne préférât le mensonge qu'il a trouvé à la vérité découverte par un autre. Où est le philosophe qui, pour sa gloire, ne tromperait pas volontiers le genre humain? Où est celui qui, dans le secret de son cœur, se propose un autre objet que de se distinguer? Pourvu qu'il s'élève au-dessus du vulgaire, pourvu qu'il efface l'éclat de ses concurrents, que deinande-l-il de plus ? L'essentiel est de penser autrement que les antres. Chez les croyants il est athée ; chez les athées , il serait croyant. Emile, t. 3, /;. 19, 20 et 21.
(I) Pythagore eut tant de joie d'avoir découvert le carré de l'Iiypothéiiuse, que, regardant celte invention comme l'inspiration des muses, quoiqu'il ne lût pas prodigue du sang des animaux, il offrit aux neuf sœurs une hécatombe tout entière. Archimède trouva le moyen de découvrir le larcin qu'un orfèvre avait fait sur la couronne du Roj de Syracuse en mêlant d'autre métal avec de l'or, et eut tant de joie d'avoir découvert ce secret, qu'il sortit du bain sans s'apercevoir qu'il était nu; et que dans son abstraction il courut en sa maison pour en faire l'expérience, erianl : Je l'ai trouvé, je l'ai trouvé. Le théologien - philosophe-mathématicien ^ dont nous avons parlé dans nos Instructions précédentes , éprouva un pareil transport lorsque après avoir trouvé la démonstration d'un théorème d'algèbre qu'il avait longtemps cherché inutilement, il en sentit une satisfaction extraordinaire qui le ravit, l'enleva comme liors de lui-même. L'impression en fut si forte, .que le laps d'un grand nombre d'années écoulées depuis lors n'a pu en effacer dans son esprit l'agréable soutenir.
sus-Christ crucifié. — Fauî-il qu'en preuve de ce que dit le saint évéque de Genève nous mettions sous vos yeux, mes chers frères, un exemple illustre , relatif à notre sujet? le voici. L'Apôtre des nations estimait et aimait tant la doctrine chrétienne, et trouvait tant de plaisir et de suavité à la connaître et à la goûter que, encore qu'il eût d'ailleurs beaucoup de connaissances agréables et utiles, il ne désirait cependant et ne jugeait pas avoir d'autre science gue celle de Jésus-Christ et de Jésus -Christ crucifié (1 Cor. 2, 2). Celte science, qu'il appelait éminente ( Phil, 3, 8 ) à cause de ses incomparables prérogatives, lui paraissait d'un si grand prix, qu'afin de l'acquérir il avait cru devoir perdre toutes choses (Ibid.), et qu'auprès d'elle il répulait pour rien tous les talents qu'il avait reçus des mains de la nature, et qu'il avait cultivés, perfectionnés par le secours de l'art et de l'étude. A juger de l'excellente trempe du génie de cet apôtre par ses Epîtres pleines d'idées grandes , nobles , augustes , majestueuses, exprimées avec force, avec feu, avec dignité, et liées ensemble avec justesse par une chaîne de raisonnements bien suivis , c'était un esprit supérieur, transcendant, vif, pénétrant, profond, solide, conséquent, qui , après avoir pris le plus haut point de vue pour s'élever d'un vol rapide jusqu'aux premières vérités , descendait de degré en degré jusqu'aux dernières conclusions , et savait mieux que personne les voir cl les faire voir renfermées toutes dans leurs principes , et les ranger dans un bel ordre , chacune à sa place. A ce rare savoir il joignait le grand profit qu'il avait tiré des savantes leçons du docteur Gamalicl, aux pieds duquel il avait été nourri et instruit parfaitement de la loi (Act. 22, 3) mosaïque.
Néanmoins, quelque précieux que fussent tous ces trésors de connaissances soit naturelles soit légales , ils ne fui paraissaient de nulle valeur, en comparaison des immenses richesses de grâces contenues dans cette science humblement spéculative et saintement pratique qui , accompagnée des tendresses de la charité et des ardeurs du zèle , lui faisait connaître , croire, adorer, aimer, annoncer et prêcher aux rois et aux peuples, aux Grecs et aux barbares , aux sages et aux simples (Rom. 1,4), un Dieu fait homme et mort en croix pour la rédemption de tous les hommes. Quoique ce double mystère fût un sujet de scandale aux Juifs , et semblât une folie aux Gentils (1 Cor. 1 , 23), il ne rougissait pas d'en être l'apologiste et le défenseur. Il faisait même gloire d'en être le panégyriste, d'en louer les admirables convenances , d'en exalter les insignes avantages, d'en manifester les merveilles cachées. Il ne trouvait point d'occupation ni plus honorable, ni plus délicieuse , ni plus salutaire que celle d'en étudier, d'en découvrir, d'en montrer la sage économie , supérieure, mais non contraire à la raison. Loin de lui être opposée , elle lui est en tout conforme , n'ayant rien dont la croyance ne doive paraître raisonnable à un esprit judicieux et sensé qui, sans s'arrêter
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à la superficie et aux fausses apparences, pénètre le dedans et le vrai fonds des choses. C'est ce que nous désirons faire dans cet ouvrage , et ce que nous souhaitons aussi que fassent tous ceux qui le liront.