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SUR LINCARN VT10N.
nous la vie dans le sein des plus horribles tourments, lui refuseront-ils leur amour? Ne rompatiront-ils pas à ses souffrances? Ne brûleront-ils pas du feu de sa charité, et du désir de verser notre sang pour celui qui a versé tout le sien pour nous délivrer du plus grand des maux , et nous combler des plus grands biens? N'entreront-ils pas dans les sentiments dont était pénétré S. Augustin , lorsqu'il disait à son peuple : La passion de Jésus-Christ que l'Eglise nous représente tous tes ans attendrit nos cœurs , comme si nos propres yeux le voyaient lui-même pendant en croix : il n'y a que les impies qui puissent y être insensibles... Pour moi je veux gémir avec vous sur ce grand spectacle. Voici le temps de pleurer , de se reconnaître criminel, d'implorer miséricorde. Invoquons , bénissons , adorons , aimons de tout notre cœur et servons de tout notre pouvoir Jésus-Christ notre Rédempteur , parce qu'en souffrant et mourant pour nous , il nous a fait passer de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, de la servitude à la liberté , des larmes à la joie , et des misères qui ne devaient jamais finir à l'attente d'un bonheur suprême qui n'aura jamais de fin.
A ces causes , nous recommandons aux curés , vicaires , et autres ouvriers évangéliques employés dans notre diocèse , de rappeller souvent aux fidèles dans leurs prédications ou autres instructions le souvenir du bienfait inestimable de la rédemption , pour les porter à respecter et à aimer beaucoup Jésus-Christ, d'autant plus digne de leurs tendres hommages , qu'il a souffert en leur place plus d'indignes traitements. Ils leur représenteront sa passion , non seulement comme un mystère de grandeur et de puissance , par sa glorieuse victoire sur les ennemis de leur salut ; mais encore comme un mystère de miséricorde et d'amour qu'on peut bien appeler avec S. Paul un mystère de piété ( 1 Tim. 3 , 16 ) , de charité suréminente ( Ephes. 2 , 4 ) , un excès de bonté , une bonté
riche et opulente ( Rom. 2,4), un don inénarrable (2 Cor. 9 , 15 ) , mais qu'on ne peut assez admirer ni assez reconnaître. 0 mon Dieu, doit-on dire avec S. Augustin, qui joignait aux idées sublimes d'un très-grand esprit les tendresses affectueuses d'un très-bon cœur, ô mon Dieu, celui qui n'est pas reconnaissant du bienfait de la création mérite l'enfer ; mais il faudrait un nouvel enfer pour celui qui n'est pas sensible au grand bienfait de la rédemption. Il est si grand que quand même les hommes auraient autant de langues qu'ils ont de membres dans leurs corps , autant de lumières et d'ardeurs qu'en ont les Chérubins et les Séraphins , ils ne pourraient pas louer et aimer autant qu'ils devraient V auteur de leur salut ( Ilebr. 2, 10 ) : ils ne peuvent mieux lui témoigner leur reconnaissance qu'en compatissant à ses douleurs , en excitant leurs cœurs à la componction, en fuyant le péché et ses occasions , en crucifiant par le jeûne et par d'autres austérités leur chair avec ses vices et ses désirs déréglés (Gai. 5, 24 ) , en pratiquant la belle leçon que S. Louis , roi de France , adressait à sa fille Isabelle , reine de Navarre. Je vous conjure, lui écrivait-il , d'aimer notre Sauveur de tout votrepo uvoir. Il a bien mérité que nous V aimassions, car il nous a aimés le premier. Je voudrais que vous pussiez comprendre les œuvres que Dieu a faites pour notre rédemption. Appliquez-vous de plus en plus à lui plaire, et mettez votre soin à éviter tout ce qui lui déplaît ; mais particulièrement ne commettez jamais aucun péché mortel, quand même vous devriez avoir tout votre corps mis en pièces , et qu'on devrait vous arracher la vie par les tourments les plus cruels.
Donné à Boulogne en notre Palais Episcopal , le 1" janvier 1772.
f FRANÇOIS-JOSEPH, Evéque de Boulogne.
Par Monseigneur, CLÉMENT, Secrétaire.