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semble écouter la voix de V Eternel (1).
Pleins d'une estime démesurée pour la philosophie , dont le tribunal est le seul qu'ils révèrent comme ayant droit de tout examiner, de tout juger, de porter ses regards perçants et ses arrêts décisifs sur toutes sortes de matières , sur celles mêmes de la Religion , ils exaltent par les plus pompeux éloges sa souveraine autorité, ses nouvelles découvertes , ses progrès merveilleux. Ils disent fièrement avec les Encyclopédistes (Tom. 5, p. 636) qu'aujourd'hui la philosophie s'avance à grands pas, qu'elle soumet à son empire tous les objets de son ressort ; que son ton est le ton dominant. C'est donc en prenant son ton ni haut ni bas , ni arrogant ni timide , mais modéré , modeste , grave , ferme , qui est celui de la vraie sagesse, celui de la vérité domi- 'nante sur l'erreur ; c'est en la suivant à grands pas dans tous les naturels objets de son ressort , sur lesquels nous nous soumettons très-volontiers à son empire, que nous emploierons ses propres principes et leurs conséquences , pour montrer que la foi s'accorde avec la véritable raison ; que le flambeau de l'une , loin d'éteindre le flambeau de l'autre, en augmente la clarté ; que les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, malgré leurs impénétrables profondeurs et leurs côtés ténébreux, ont[des endroits accessibles et des côtés vraiment clairs , fort supérieurs aux vaines lueurs et aux trompeuses apparences de vérité que leur oppose une raison fausse et séduite. La vraie raison est une espèce de révélation naturelle : Dieu a peint ses perfections dans tous ses ouvrages; et quand on a l'esprit droit, on aperçoit dans le spectacle de la nature mille traits* qui , rsprésentant les attributs les plus mystérieux , les moins concevables de la Divinité, se rapportent au vrai le plus élevé, le plus abstrait même ; mais on n'en aperçoit aucun qui puisse mettre en contradiction avec le bon sens ce vrai sur lequel au contraire on peut souvent mettre en contradiction avec eux-mêmes les incrédules qui le nient et qui l'attaquent par des sophismes captieux , mais toutefois inconséquents et inalliables avec des notions philosophiques qu'ils sont forcés d'admettre.
Pour résoudre leurs questions et leurs difficultés , nous tâcherons de réunir dans des raisonnements précis et succincts les lumières des controversistes anciens et modernes ; de rassembler sous un même point de vue des vérités dispersées dans une foule d'ouvrages polémiques ; de donner aux unes plus de jour, aux autres plus de force, à toutes de l'enchaînement et de la tendance au même but, au triomphe de la Religion sur ses ennemis. Vaincus par les armes mêmes avec lesquelles ils la combattent, puissentils voir s'accomplir à leur confusion ces textes sacrés ! Que le glaive dont ils veulent percer les cœurs droits leur perce le cœur à eux-mêmes, et que leur arc soit rom-
(1) Lettre à M° la Marquise Duchatelet, sur la phi- !«8n[ihio de Newton, t. 9.
pu.... Que leur bouche pleine de malédiction cesse de répandre le venin d'aspic caché sous leurs lèvres.... Qu'ils apprennent à ne plus blasphémer ; qu'ils sachent que celui qui tom- r" bera sur cette pierre (c'est-à-dire sur Jésus- Christ , pierre angulaire de l'édifice inébranlable de l'Eglise ) se brisera contre elle ; et que celui sur qui elle tombera en sera écrase'. Tel a été le sort des fameux philosophes anlichrétiens , d'un Celse , d'un Porphyre , d'un Spinosa , d'un Ravie , digne d'être nommé le Héros de l'incrédulité. Que de combats il a livrés pour la rendre victorieuse par ses ouvrages aussi nombreux que prolixes ! Génie fécond, inventif, vaste et profond, esprit adroit , souple, subtil et pénétrant bien avant dans les plus abstraites notions de la métaphysique, auxquelles il joignait un savoir étendu , curieux , choisi , un style coulant , énergique , imposant : avec tant de talents naturels et acquis , que de ruses , que de stratagèmes il a mis en œuvre dans la guerre qu'il a faite au christianisme! Que d'efforts , que d'attaques il a employés contre les mystères de la foi , opposés , selon lui , aux lumières de la raison ! mais efforts impuissants , attaques inutiles contre celte pierre inexpugnable, placée , soutenue de la main du Tout-Puissant, et contre cette foi divine, supérieure à la raison humaine sans lui être contraire.
C'est ce que nous avons fait voir dans nos Instructions précédentes , et que nous espérons encore montrer avec le secours du ciel dans celle-ci , en réfutant les plus fortes objections du Philosophe d'Amsterdam. Le travail , la peine , inséparables de cette épineuse réfutation, ne nous rebutent pas. Animés par l'exemple d'un célèbre apologiste de la doctrine chrétienne , nous désirons nous approprier ses sentiments aussi courageux que modestes , aussi épurés et louables dans leur principe qu'édifiants et salutaires dans leur fin. « Je sens , disait-il, combien il est difficile de traiter des choses célestes ; mais toutefois il faut l'oser, afin que la vérité éclaircie soit découverte, et que plusieurs de ceux qui , à cause qu'elle est cachée sous le voile d'une folie apparente, la méprisent et la rejettent, aient le bonheur, en la voyant mise dans son jour, d'être délivrés de l'erreur et de la damnation» (1).