ÉVÊQUE DE BOULOGNE
Apparuit... erudiens nos... utsobrie et juste et pie vivaraus. il a paru parmi nous, et il nous a appris à vivre avec tempérance, avec justice et avec yiétè.
(Tite 2, U, 12.)
Monseigneur (1) ,
Un spectacle nouveau s'offre à mes regards en entrant dans cette chaire. Environné de l'appareil d'une pompe lugubre , je vois un peuple entier dans la consternation; tout annonce la tristesse et le deuil. Ah! mes frères , les larmes que vous versez ne rappellent que trop la perte commune que nous avons faite. Vous pleurez un père tendre , un pasteur charitable, la gloire de cette église et le bonheur de son peuple. Accoutumés depuis près d'un demi -siècle à le posséder (2) , vous vous étiez fait une douce habitude d'entendre sa voix, de jouir de son aimable présence ; et la mort n'a pu vous le ravir, sans vous plonger dans la plus amère douleur. C'est pour la calmer, messieurs, c'est du moins pour en adoucir l'amertume , que je viens m'entretenir avec vous des sublimes qualités de ce pasteur, si digne de notre amour et de nos regrets. En vous consolant, je viens moi-même chercher la consolation auprès de vous ; et le souvenir des vertus d'un père n*est-il pas pour des. enfants la plus vraie et la plus pure? Oh , combien sa conduite a été sainte, juste et irréprochable ! Fidèle imitateur de son divin Maître, il a paru au milieu de nous , nous enseignant, par ses exemples autant que par ses leçons, à vivre dans le monde avec tempérance, avec justice, avec piété : Apparuit, erudiens nos , ut sobrie et juste et pie vivamus (Tit. 2,11,12).
Que je m'estime heureux de pouvoir faire éclater les sentiments dont mon cœur fut toujours pénétré pour cet illustre prélat, d'être destiné à élever la voix pour rendre à ses vertus un hommage que sa modestie nous avait toujours interdit ! et surtout qu'il est précieux pour moi de pouvoir vous montrer mon héros tout entier ; de n'avoir dans le cours d'une longue vie aucune tache à couvrir, aucun vice à palMer, aucune faiblesse à excuser , aucun défaut à dissimuler, et de ne trouver en lui que le modèle le plus parfait et le plus sensible des vertus chrétiennes et pastorales!
Ne croyez cependant pas, messieurs, que
(1) Mgr. Jean René Asseline, évêque de Boulogne.
(2) M. de Prossy a gouverné l'église de Boulogne pendant 46 ans.
De Pressy. I.
je me dissimule à moi-même la grandeur de mon entreprise. Oui, je sais qu'elle surpasse mes forces; mais j'ose dire qu'elle ne surasse point mon courage. Le cœur parlera , mes frères : au défaut des talents naturels , les sentiments de l'amour , de la reconnaissance, de la vénération la plus profonde, de la conviction la plus intime , m'animeront , et me prêteront leur éloquence. Et pourraisje ne pas vous intéresser, en vous rappelant mille traits touchants dont vous fûtes les témoins , et qui ûrent tant de fois une impression vive sur vos cœurs ? Hâtonsnous donc d'entrer dans le détail d'une si belle vie; hâtons-nous de développer lesgrands exemples que le vertueux Prélat n'a cessé de nous offrir , de sobriété et de tempérance à l'égard de lui-même, de justice et d'équité à l'égard des autres, de religion et de piété envers Dieu. Apparuit erudiens nos ,. ut sobrie et juste et pie vivamus. Ces trois objets feront le partage de ce discours et fourniront l'abondante matière de l'éloge consacré à la mémoire immortelle de Vie— lustrissime et Révérendissime Père en Dieu , MONSEIGNEUR FRANÇOIS JOSEPH GAS- TON DE PARTZ DE PRESSY, évêque de Boulogne. Puisse le souvenir des vertus du pasteur ranimer sans cesse la piété du troupeau!