‹ Œuvres tres-completesChapitre 3 sur 70 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

La sobriété dont parle le grand Apôtre est cette modération chrétienne qui rend l'homme tempérant et retenu en tout , qui le détache de la terre , qui le fait user des choses du monde comme n'en usant pas ( 1 Cor.. 7, 31), qui lui inspire l'humilité dans les grandeurs , l'esprit de pauvreté dans les richesses, l'esprit de mortiûcation dans l'abondance de tout ce qui pourrait procurer les agréments de la vie. C'est cette modération universelle qui influe sur toute la conduite de l'homme qui règle tous ses désirs , tous ses projets , toutes ses actions ; qui imprime à toute sa vie ce caractère d'ordre , de régularité, de sagesse; qui ne laisse rien ni aux caprices ni aux passions, et qui le retient toujours dans les bornes prescrites par la raison et par la Religion. En un mot l'Apôtre a compris , sous ce nom, cet assemblage de vertus d'où résulte l'accomplissement parfait

{Une.)

ORAISON FUNÈBRE

des devoirs de l'homme envers lui-même : vertus qui ne présentent rien d'éclatant ni d'extraordinaire, et qui n'en sont pas moins des vertus essentielles au Christianisme : vertus obscures , s'il m'est permis de parler ainsi, et dont la pratique est par là même plus difficile, et supposeplus de courage et de vraie grandeur d'âme : vertus que l'homme charnel ne peut goûter (1 Cor. 2, lk) , parce qu'elles contrarient ses penchants, et qu'elles révoltent sa raison superbe ; mais qui arrachent cependant malgré ïui son admiration, et qui, aux. yeux des mondains mêmes, ajoutent à la naissance et aux dignités un nouveau lustre et un nouvel éclat. Or, messieurs, où trouverions-nous un plus beau modèle de cette sagesse, de cette régularité , de cette modération, que dans le digne prélat dont nous entreprenons l'éloge? Qui en connut mieux le prix? qui jamais s'y rendit plus fidèle ?

Sorti de la race (1) que le Seigneur a bénie (Isa. 61 , S) , de Pressy fut un de ces enfants chéris de Dieu , qu'il a prévenus de ses grâces abondantes, et pour lesquels il semble redoubler ses soins paternels. La Providence veilla 'd'une manière particulière à la conservation de ses jours (2). La sagesse le conduisit comme par la main dans ce premier âge, où les passions ne font déjà que trop de ravages , et elle préserva son innocence des dangers qui environnent de toutes parts la jeunesse. Les premières études découvrirent en lui les germes d'un talent rare, et de grandes dispositions pour la vertu furent comme les heureux pronostics de la perfection à laquelle il devait arriver un jour. Ainsi , mes frères , Dieu prépare de loin ces hommes qu'il a destinés à être la gloire de son Eglise ; ainsi une providence toute miséricordieuse prenait soin de vous former un pasteur selon le cœur de Dieu (Jerem, 3, 15), et faisait croître à l'ombre de ses ailes (Ps. 16, 10) celui dont toute la vie devait être consacrée à votre bonheur! Des maîtres habiles cultivèrent les talents du ieune de Pressy. La bonté de son caractère avait gagné leurs cœurs ; son application à l'étude et ses succès animèrent leur zèle à former un disciple si digne de leurs soins. Rien ne coûta au jeune élève pour y répondre; et on le vit plus d'une fois sacrifier au désir de s'instruire les amusements propres à son âge ; et qu'il aimait alors.

Mais ce fut surtout à son entrée dans cette communauté célèbre dont les vertus retracent encore aujourd'hui les mœurs et l'esprit de son illustre fondateur (3) , qu'on vit redoubler en lui l'amour du travail et le goût

(I) M. de Pressy était né au château d'Esquirre, en Artois, diocèse de Boulogne, le 25 septembre MM , de M le marquis d'Esquirre , et de demoiselle de Beauforl, tous do x de familles distinguées dans celte province par leur noblesse et leur piété.

(o) Il courut plusieurs fois, pendant son enfance, de grands dangers qui n'eurent point de suites là-

Cll'MISl'S.

(3) Le grand séminaire de S. Sulpicc, à Paris.

de la vertu. Dignes prêtres, jamais il n'oublia les saintes leçons qu'il avait reçues de vous, les exemples que vous lui aviez donnés ! Son cœur plein d'estime et de reconnaissance pour votre pieuse maison saisit toutes les occasions de les faire éclater; et les sentiments qu'il conserva pour elle en seront toujours un éloge bien flatteur. C'était là qu'ii avait puisé l'abondance de l'esprit ecclésiastique , de cet esprit qui n'est point du monde, mais qui vient de Dieu (1 Cor. 2, 12), de cet esprit de prière, de zèle, de charité qui forme les dignes ministres de Jésus-Christ (Ibid. k, 1). C'était là que cette gravité, celte pureté, cette simplicité de mœurs et tant de vertus qui lui étaient comme naturelles , avaient pris une perfection, une solidité à l'abri de toute atteinte; et ce fut pour maintenir dans son cœur les pieuses impressions qu'il avait reçues dans cette sainte maison , qu'il en adopta les règles; il se les rendit propres : sa fidélité à les pratiquer ne se démentit jamais.

Non , messieurs , en quittant le séminaire de Pressy n'en quitta point l'esprit; il n'en perdit point de vue les pieux usages ; il mit dans toute sa conduite l'ordre et la régularité qu'il y avait suivis. Il savait que l'ordre est comme la base de la vie chrétienne , qu'il facilite l'accomplissement des devoirs , qu'il en assure la constance , qu'il donne au bien même plus de prix et de mérite. Rien dans sa conduite ne fut laissé au caprice : son lever , ses oraisons, ses examens , ses lectures, ses travaux , ses repas , toutes ses actions furent réglées, et les rapports que sa dignité lui donnait avec les hommes purent seuls apporter quelque dérangement à cette sainte uniformité. Son palais retraçait l'image de ces lieux voués a la retraile'et au silence. Tout y respirait le calme et la tranquillité : tout y annonçait les mœurs douces et paisibles de celui qui l'habitait. Là, dans l'éloignement du monde et dans le silence des passions , le vertueux Prélat se consacrait tout entier à la piété et au bien de la Religion. Une étude assidue prenait tout les moments qui n'étaient point donnés à la prière et aux devoirs de son état. Ses repas mêmes étaient occupés par des lectures pieuses ou utiles. Des méditations profondes le suivaient partout : ses délassements n'étaient qu'un changement d'occupation ; ou plutôt connaissaitil les relâches nécessaires à un esprit toujours tendu ? Quelques instants de récréation employés à des conversations sérieuses , une promenade chaque semaine (permettez ces détails, messieurs, les détails seuls peuvent faire connaître à quel degré le pieux Prélat a porté la vertu), une promenade chaque semaine , dans les dernières années de sa vie, faite plutôt par obéissance que par goût, omise sur le moindre prétexte, sanctifiée, par la récitation de son office , et pour laquelle il ménageait souvent des questions importantes à discuter : voilà , jusqu'au dernier soupir, les seuls moments qu'il ait dérobés à une application continuelle Hélas 1 peut-

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