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TROISIÈME SECTION

L'éternité de la punition du péché.

FRANÇOIS JOSEPH , par la grâce de Dieu, et celle du saint Siège Apostolique, évoque de Boulogne, etc...., à tout le clergé de notre diocèse ; salut et bénédiction en celui qui est la sagesse née de Dieu avant les siècles, et incarnée dans la plénitude des temps , pour racheter tes hommes qui , ayant tous péché en Adam, étaient par leur nature enfants de colère et esclaves de satan, pour qui, en punition de son apostasie, un feu éternel a été préparé.

L'ouvrage que nous vous adressons, mes très-chers frères, est le complément de celui que nous fîmes imprimer en 1774. Sa division annonçait trois sections relatives à trois sortes de difficultés sur les causes et les fins des mystères de l'Incarnation et de la Rédemption. Nous nous y proposâmes de convaincre d'erreur le monde incrédule, 1° touchant le péché, à l'égard de sa permission qu'il blâme comme désordonnée ; 2° touchant la justice, à l'égard de sa transmission qu'il rejette comme injuste ; 3° touchant le jugement, à l'égard de sa punition éternelle qu'il c.mdamne comme cruelle. Après avoir vengé (Sans notre Instruction précédente la doctrine chrétienne sur les deux premiers points, il ne nous reste dans celle-ci qu'à la justifier sur le dernier.

I. Eternité des peines, opposée, selon Bayle, à la saine philosophie , et à l'idée brillante de la bonté divine. — Si nous n'avions à défendre l'équité des peines perpétuelles de l'enfer que contre des origénistes, des sociniens et d'autres hérétiques, nous leur opposerions les immuables arrêts du ciel, les divins oracles (1)

(1) L'oracle d'Isaïe , annonçant pour les réprouvés

des livres saints qu'ils révèrent , et qui , selon eux , sont les seules règles de la foi ; mais nous avons à combattre des déistes, des matérialistes et d'autres incrédules, qui ne respectent et ne redoutent que les seules armes de la raison. Loin de nier que l'Ecriture enseigne cette éternité de tourments, ils en prennent occasion d'accuser notre foi d'être tout-à-fait déraisonnable sur ce point de notre doctrine, qui suivant les propres paroles de Bayle , est le plus grand scandale que les esprits philosophes puissent prendre de notre théologie. Tout grand raisonneur, ajoute-t-il , qui ne consultera que la lumière naturelle et cette idée brillante d'une bonté infinie qui, mo ■ ralement parlant , constitue le principal caractère de la nature divine , se choquera de ce que dit l'Ecriture de la durée infinie des supplices de l'enfer (Dict. hist., t. 3, p. 2616).

77. Cause de l'incrédulité touchant ce dogme de la foi. — Oui, sans doute, répondons-nous, la vérité de ce qu'en dit l'Ecriture choquera toujours les esprits follement philosophes ,

un feu qui ne s'éteindra pas (Isai. 56, 2t) ; l'oracle de Daniel, les représentant couverts d'un opprobre éternel (Dan. 12, 2) ; l'oracle de S. Paul, menaçant d'une punition perpétuelle (2 Tliess. 1, 9) les rebelles à li lumière de l'Evangile ; l'oracle de Jesus-Chrisl, déclarant qu'il y a des péchés qui ne seront jamais remis dans le siècle futur, et par conséquent qui y seront toujours, punis ; l'oracle encore de JésUs Christ qui, pour exprimer l'éternité du supplice des damnés, emploie les mêmes termes dont il se sert pour exprimer l'éternité de la vie des bienheureux et de sa propre vie : lbunt hi in supplicinm ceternutn, jusli auteiu in vilain œternam [MaUh. 25, ■iG). Ego su m vivais i> sœcula sœculorum > Ap^c. I, 18). Cruciabunlur die ac nocte in sœcula sœculorum (Ibid. 20, 10). — Il y a dix autres textes dans la sainte Ecriture où ces mots», in sœcula sœculorum, signifient évidemment la même chose que per omnia sœcula sœculorum. On peut les voit rites dans la concordance au mot sœculum.

SUR L'INCARNATION

partisans du vice ou de l'impiété , sectateurs d'Epicure, de Lucrèce, de Vannini,d'Hobbes, de Spinosa et de cet auteur insensé du Système de la nature qui, sourd à la voix des cieux et des astres, dont la maniflque splendeur et j le cours si constamment régulier publient si I* hautement l'existence et la gloire de leur créateur, a osé dire en son cœur pervers et écrire en son livre abominable : Il n'y a point de Dieu. Ce sont là tous grands raisonneurs contre cette durée infinie de supplices , parce que faisant tout ce qu'il faut pour la mériter, ils ont tous grand sujet de la craindre comme vraie, et grand intérêt à la rejeter comme fausse. C'est pour cette raison qu'elle est le plus grand sujet qu'ils puissent prendre ; car c'est ici un scandale pris et non donné, selon le langage de notre théologie ; Scandalum acceptum et non datum. Mais cette Vérité ne scandalisera, ni ne choquera jamais les amateurs de la vertu, les ennemis de l'irréligion, les vainqueurs de la volupté, qui, ayant tout lieu d'espérer en un Dieu rémunérateur (Hebr. 11, 6), parce qu'ils soumettent les passions à l'empire de la raison, consulteront sans préjugé la lumière naturelle , et considéreront avec attention les preuves philosophiques dont les docteurs de l'Eglise ont appuyé le dogme de l'éternité malheureuse.

Loin de le rejeter comme cruel , ils l'ont en partie fondé sur cette idée brillante d'une bonté infinie , qui , selon Bayle , constitue le principal caractère de la nature divine. Pourquoi disons-nous (c'est la judicieuse réflexion de l'un (1) d'eux) que Dieu est souverainement bon, sinon, parce que aimant souverainement le bien moral dont il est le suprême auteur, et dont sa bonté pour l'homme l'engage à exiger de lui la salutaire pratique, il a une souveraine horreur pour le mal? Et qu'est-ce à l'égard de Dieu que d'avoir une souveraine horreur pour le mal, si ce n'est de le poursuivre sans cesse, et d'en être l'implacable vengeur ? Quis boni auctor , nisi qui et exactor? Proinde quis mali extraneus , nisi qui et inimicus ? Quis inimicus, nisi qui et expugnator ? Quis expugnator, nisi qui et punitor ? Ainsi raisonnait Tertullicn contre Marcion, avec la force d'un style énergiquement concis qui renferme beaucoup de choses en peu de mots (2). Comprenez donc, ô homme (c'est toujours le même docteur qui parle), comprenez ce que c'est qu'un Dieu bon : c'est un Dieu opposé essentiellement au péché, un Dieu toujours ennemi du péché, et par conséquent un Dieu toujours contraire à l'impunité du péché ; tellement qu'il ne serait plus Dieu s'il y avait un instant où il cessât de le haïr , de le détester, et de vouloir le punir ! Cessant dès lors d'être juste et saint il ne

(1) Terlul. 1. 2. contra Maroion., c. 13.

(2) Par exemple, ces deux mois de Turtullion, que Dieu esi très-bon de son fonds et juste du noire : Deus ae suo optimus, de nostro juslus, donnent beaucoup à penser, et présentent d'abord l'idée du soleil, gui a de soi-même des lumières bienfaisante-;, et ne forme des foudres meurtrières que quand de malignes exhalaisons de la terre lui en fournissent la matière sulphureuse,

serait plus un Dieu bon de la manière qu'il l'est et qu'il le doit être, puisque c'est la sainteté (1) , la justice qui est la plénitude de sa divinité et qui le constitue Dieu parfait, père parfait, monarque parfait: père le plus excellent, le plus bienfaisant , le plus digne d'être respecté, aimé; monarque le plus grand , le plus puissant, le plus digne d'être craint, redouté : père le plus plein de tendresse , de douceur, de clémence miséricordieuse envers ses enfants prodigues revenus de leurs égarements; monarque le plus porté par amour de l'ordre à user de fermeté , de rigueur , de sévérité inflexible envers ses sujets révoltés, non repentants de leur rébellion. Justilia etiam plenitudo est divinitatis ipsius, exhibens Deum perfeclum, et patrem et Dominum : Patrem, clementia : Dominum disciplina. Patrem, potestate Manda : Dominum , severa. Patrem, diligendumpie : Dominum, timendum necessarie. Diligendum , quia malit misencordiam quam sacrificium : et timendum, quia nolit peC' catum. Diligendum quia malit pœnitentiam peccatoris quam mortem : et timendum, quia nolit peccatores sui jam non pœnilentes.

Nous avons dessein d'éclaircir davantage ce raisonnement de Tertullien dans le cours de cette Instruction, et d'y justifier les autres preuves plilosophiques des saints pères louchant l'équité des peines éternelles. Nous la diviserons en deux chapitres, conformément à l'idée qu'a fait naître dans notre esprit ce texte sacré : Je vous ai établi pour détruire et arracher , pour construire et planter, dit Dieu à Jérémie (Jér. 1 , 10) , en le chargeant d'annoncer à son peuple incrédule la certitude de ses oracles, et la rigueur de ses vengeances futures contre ceux qui refusaient de les croire. Plaise au ciel de vérifier en nous les paroles accomplies dans ce prophète ! D'une part construire et planter, de l'autre détruire et arracher , ce sont les deux effets opposés qu'elles énoncent;cesontaussi les deux points auxquels nous réduisons celte dernière seclion de notre Instruction sur les mystères de

(1) C'est la sainteté qui ( moralement partant, c'està-dire dans l'ordre moral, dans ce qui a rapport aux mœurs) constitue le principal caractère de la nature divine. Dieu , dit M. Bossuel (T. 10, ;;. 8 ), se déli'dc particulièrement dans le nom de Saint. Il s'appelle très-souvent le Saint d'Israël (lsai. 6, 3) ; il se manifeste à son prophète comme le Très-Saint, le irois fois Saint dans ses trois personnes : et la gloire ci la majesté qui remplissent toute la terre, soni l'éclat de sir sainteté dont il est revêtu comme d'un vêlement, dit David ( Ps. 103, 2 ). El S. Jean dans l'Apocalypse ( Cap. 14, v. 8), voit quatre animaux qui ne cessaient dp crier jour et nuit : Saint, Saint, Saint, le Seigneur Dieu tout puissant, qui était, et qui est et qui doit venir. démarquez ce cri partout : il n'y a rien qu'on publie avec un cri plus grand et plus persévérant ; rien qui éclate plus hauiemenl dans loul l'univers que la sainteié de Dieu.

La sainteté est l'abrégé et comme un précis des perfections divines. Le Fils de Dieu , même dans sa derniéfe oraison parlant à sou l'ère , comme pour renfermer en un seul moïses perfections , rappelle mon Père suint, mon Père juste ( Joan. 17, il, 2j ) ; et on ne trouve pas dans son Evangile qu'il lui ait donné d'autre titre que ces deux qui n'en foui qu'un. lum. li),putj. 18.

INSTRUCTION PASTORALE

l'Incarnation et de la Rédemption : dans le premier nous construirons et planterons, en y insérant et y développant tout ce qu'ont de plus solide et de plus conforme à la raison les écrits de saint Augustin et des autres saints docteurs sur l'éternité des peines. Dans le second, nous détruirons et arracherons , en y sapant et y extirpant tout ce qu'ont de plus fort en apparence et de plus épineux au fond les difficultés de Bayle et des autres principaux adversaires de ce dogme appartenant à la foi. Nous n'y ferons pas briller les pompeux ornements d'une éloquence mondaine, dont les fleurs sont répandues avec autant d'ostentation que de profusion dans les ouvrages que nous combattons. Quand même elles pourraient paraître belles et agréables dans celui-ci , elles ne seraient ni utiles ni bienséantes dans une matière si sérieuse, si terrible ; mais nous tâcherons d'y exposer avec la noble et majestueuse simplicité d'une éloquence chrétienne et apostolique , les arguments mâles et nerveux d'une saine philosophie, qui ne trouve rien de déraisonnable à croire éternelle la punition des pécheurs impénitents; puisque ,

III. Division de cette Instruction en deux chapitres. — Premièrement. les seules lumières de la raison suffisent pour montrer clairement la solidité réelle des preuves philosophiques, dont se sont servis les docteurs de l'Eglise pour étayer cette croyance. Secondement, les seules armes de la raison suffisent pour repousser victorieusement la force apparente des objections spécieuses, dont se servent les docteurs de l'incrédulité pour attaquer celte croyance.

Quoique leurs écrits soient pleins d'inconséquences et d'erreurs faciles à être reconnues et rejetées par des lecteurs dont l'esprit bien cultivé et le cœur bien droit recherche et aime la vérité, ils contiennent cependant beaucoup de fausses lueurs , dont le vain éclat , formant une espèce de fascination , n'est que trop capable d'éblouir et de jeter (buis l'illusion des personnes qui , peu instruites ou mal disposées, les confondent avec de véritables clartés dont il n'est pas facile de les distinguer. Ah, qu'il est à craindre qu'on ne s'y méprenne ! ou y trouve réuni tout ce que la sagacité profonde et le malin raffinement d'une sagesse diabolique {Jacobi 3, 15) ont pu inventer de plus captieux et de plus propre à séduire. Séduction d'autant plu> aisée, que les peintures affreuses des perpétuels tourments de l'enfer, les idées exagérées de la clémence divine et de l'infirmité humaine, y conspirent contre l'esprit pour le rendre la dupe du cœur, fort adroit à le surprendre. Ce cœur , naturellement enclin au péché , voudrait en goûter tranquillement les douceurs passagères, sans en craindre les châtiments éternels. Pour dissiper cette crainte par l'espoir de l'impunité des crimes que la conscience lui reproche , il écoute volontiers la roix insidieuse des passions qui , en le flattant , cherchent à l'induire en erreur : leur langage faux , mensonger , imposteur , mais agréable, charmant, enchanteur, semblable

à celui des sirènes célèbres dans les fables des anciens poètes (1) , ne réussit que trop souvent à persuader à l'esprit que le dogme des peines éternelles pour des fautes momentanées n'est pas moins contraire à la raison qu'opposé à la justice. De là vient que dans tous les siècles, depuis l'établissement de l'Eglise, il s'est trouvé tant de grands raisonneurs sur la durée infinie des supplices de V en fer, tant d'impies et de libertins déclarés qui se sont choqués de ce que l'Ecriture en dit. 11 se trouve encore tous les jours dans le sein même du christianisme des chrétiens faibles et chancelants que des incertitudes et des doutes, quoique souvent involontaires, sur la perpétuité de ces supplices , font flotter làdessus à tout vent de doctrine (Eph. k , lk) perverse, et mettent en danger de faire.naufrage dans la foi (1 Tim. 1, 19).

Qui nous donnera de garantir notre ame du péril de cette damnable perversion et d'en préserver les autres ? Qui nous donnera l'esprit d'intelligence et de force d'en-haut, dont furent revêtus ( Luc. 2k, 4-9 ) les apôtres pour faire prévaloir les vérités de l'Evangile sur les erreurs de la philosophie épicurienne, que les matérialistes font revivre dans notre siècle? A qui recourrons-nous? A vous, Verbe divin, qui avez daigné vous faire chair et victime pour être le Rédempteur du genre humain et le destructeur des ouvrages du dé-

(I) Un poète moderne, moins fameux par ses lalenis distingués pour la littérature que par l'insigne abus qu'il en a fait contre la religion, a osé mettre dans la bouche de S. Louis parlant à Henri IV, les vers suivants :

Ne crois point, dit Louis, que ces tristes victimes, Souffrent des châtiments qui surpassent leurs crimes; Ni que ce juste Dieu, créateur des humains, Se plaise a déchirer l'ouvrage de ses mains. Non ; s'il est infini, c'est dans ses récompenses; Prodigue de ses dons, il borne ses vengeance? Sur la terre on le peint l'exemple des tyrans . Mais ici c'est un Père ; il punit ses enfants. Il adoucit les traits de sa main vengeresse; Il ne sait point punir des moments de faiblesse, nés plaisirs passagers, pleins de trouble et d'ennui. Par des tourments affreux, éternels comme lui.

( /renriade, chant 7, p. 150.)

Remarquons là-dessus, dans ce poêle, deux inconséquences qui montrent que la vaine beauté d'une imagination brillante n'a pas chez lui pour compagne l'utile solidité d'un jugement bien sain. 1° Il représente S. Louis comme régnant après sa mort dans le ciel, quoique pendant sa vie il ait certainement cru le dogme de l'éternité des peines par lequel on dépeint sur la terre Dieu l'exemple des tyrans, c'est-àdire injuste, cruel , barbare comme un Phalaris , un Denys , un Néron. La croyance d'un tel dogme, qui ferait de Dieu un monstre de cruauté, est-elle compatible avec la sainteté méritoire du royaume des cieux ? 2° Le même poète représente S. Louis blâmant Henri IV d'avoir abandonné la foi des rois ses ancêtres, i Leur culte, lui fait-il dire, était le mien; pourquoi Cas-lu quille? Leur cœur simple el docile aimait la vérité. Enfants de l'Eglise ils ont chéri leur mère. > Celle Eglise, dont les rois de France se sont fail gloire d'être les enfants, les (ils aînés, est sansdoule l'Eglise romaine. Leur cœur simple et docile aurait-il aimé la vérité , si le dogme de l'éternité des peines qu'elle leur enseignait et qu'ils croyaient vrai , était une erreur qui attribue à Dieu une dureté lyranimiquie î

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SUR L'INCARNATION

mon ( 1 Joan. 3, 8. ) Les écrits artificieux des philosophes contempteurs de vos adorables mystères, sont vraiment les ouvrages de satan, père des mensonges et des blasphèmes dont ils sont remplis ; c'est lui qui les a enfantés dans l'esprit de ces auteurs impies , dont, possédant le cœur apostat, il a conduit la plume antichrétienne. Trempée dans le fiel d'amertume {Act. 8, 23) de cet ancien serpent (Apoc. 12, 9), et infectée de son venin adroitement caché sous de belles mais trompeuses apparences, elle n'aurait que trop, si on ne lui opposait un salutaire contre-poison, de quoi perdre les âmes que yous êtes venu sauver. 0 vous, sagesse incarnée, qui avez vaincu par vos saintes adresses (Eccli. 1,6) ses malicieuses finesses , faites-nous triompher de toutes ses ruses ! Que la force de votre grâce, aidant notre faiblesse, écrase sa tête orgueilleuse sous nos pieds ( Rom. 16, 20). Que votre main, dirigeant la nôtre, travaille avec nous (Sap. 9, 20), et bénisse cet ouvrage entrepris pour votre gloire ! Que sa lecture attentive et réfléchie serve à diminuer le cours des torrents d'iniquité (Psal. 17, 5) qui désolent la terre, et à augmenter le nomluvdes bienheureux citoyens du ciel 1 Qu'elle inspire aux justes et aux méchants une souveraine horreur du péché comme du souverain mal (1) , supérieur à tous les maux de l'enfer, où son exécrable malice toujours subsistante est le juste objet de votre haine toujours vengeresse (2). Qu'elle serve à convertir les impies en les instruisant de vos voies

(1) Si j'avais, dit S. Augusiin, nécessairement à choisir de la tache honteuse ihi péché ou de l'horrible habitation de l'enfer, je ne balancerais pas à nie plonger dans le milieu des flammes plutôt que de me souiller d'un péché. Si hic peccati pudorem , et itlk cernerem inferni honorent, et necessario uni eorum haberem immergi, prius me in infernum demergerem , quant peccatum in me commillerem. In Sermon. Commun, serm. 9.

J'aimerais mieux descendre innocent et pur dans l'enfer que de monter au ciel souillé de la tache du péché. Mallem absque peccato geliennam intrare, quant peccati sorde pollulus cœlorum régna intrare. Idem ,

ihib. .

(2) Les théologiens divisent cette haine en deux sortes : l'une qu'ils appellent haine d'abomination, et l'autre haine d'inimitié. La haine d'abomination est une aversion de la volonté divine , par laquelle Dieu déleste et a en horreur tout péché. La haine d'inimitié est celle par laquelle il le poursuit, se déclare son ennemi , s'en venge et lui fait ressentir les effets de sa colère ou de sa haine par les plus sévères châtiments qu'il a coutume d'en tirer.

Pour exprimer la grandeur de celle haine, il faut dire que Dieu hait le péché autant qu'il s'aime luimême; ei les mêmes raisons nui obligent Dieu à s'aimer, l'obligent à haïr le péché comme lui étant infiniment opposé; ainsi l'amour dont Dieu s'aime luimême est le motif et la mesure de la haine qu'il porte au péché. 1° Comme Dieu s'aime d'un amour éternel et qu'il n'a jamais été un moment sans s'aimer, aussi Dieu hait le péché d'une haine éternelle, et n'a j <mais éié un moment sans le haïr. 2° Comme Dieu s'aime d'un amour si nécessaire, qu'il ne peut non plus cesser de s'aimer que cesser d'èlre Dieu ; il hait de même le péché d'une haine si nécessaire , qu'il ne peut non plus cesser de le haïr que de cesser d'être Dieu. 5° Comme Dieu s'aime d'un amour infini, de sorte qu'il

(Psal. 50, 15) toujours équitables et à confirmer les fidèles dans la foi, en leur faisant voir son accord avec la raison dans un dogme où elles paraissent si fort se contrarier 1 Que la manifestation de leur parfait concert fasse tressaillir d'une sainte allégresse tous ceux qui vous cherchent; et que ceux qui aiment le salut qui vient de vous disent sans cesse : Que le Seigneur soit glorifié! (Psal. 3k, 27.)

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