‹ Œuvres tres-completesChapitre 24 sur 70 · SI · texte numérisé non relu

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INSTRUCTION PASTORALE

surnaturels relativement à lui. De même encore que si un homme né esclave était élevé par la bonté de son roi à la dignité de prince, cette dignité , qui le ferait sortir de la condition de sa naissance , pourrait être dite surnaturelle par rapport à lui , et les grands biens, les emplois honorables qui lui seraient donnés pour l'aider à soutenir cette dignité et qui y seraient analogues et proportionnés pourraient pareillement être dits surnaturels à son égard. Il faudrait, à plus forte raison, dire la même chose si, non content de le faire prince, il l'adoptait pour son 01s , pour l'héritier de sa couronne et s'il lui promettait de l'associer même de son vivant a sa royauté et de le faire , après un certain temps d'épreuve, asseoir avec lui sur son trône, pourvu que, pendant ce temps, il lui donnât des marques constantes de reconnaissance , de Gdélité et d'amour filial. Combien cet esclave , s'il avait un bon cœur, serait-il pénétré de ces sentiments pour son roi, pour son insigne bienfaiteur 1 Jugeons de là combien nous-mêmes devons en être pénétrés à l'égard du Seigneur notre Dieu, qui, nous tirant de la condition servile, apanage naturel de notre extraction du néant , a daigné par une faveur ineffable enter (1) , pour ainsi dire , notre nature sur la

(I) De même que la brandie d'un arbre, par exemple a'un cilronier, lorsqu'elle est entée sur un oranger, devient participante de la nature de ce dernier arbre, qui lui communique, à elle et à ses fruits, des propriétés et des saveurs que ni elle ni eux n'auraient jamais eues ni puavoir sans celle enlure, qui par conséquent les élève au-dessus de leur nature : ainsi la nature humaine et ses opérations sont élevées audessus de ce qu'elles sont d'elles-mêmes et par leur seul fonds, lorsque l'bommc, naturellement sujet à pouvoir se tromper, pécher, souffrir, devenir misérable, reçoit des dons et des secours capables de le rendre toujours infaillible, toujours impeccable, toujours impassible, toujours bienheureux comme Dieu, à qui seul ces perfections sont naturelles, c'est-à-dire, essentielles et inséparables de son existence; elles sont donc accidentelles, étrangères , surnaturelle? pour l'espèce humaine ; et lorsque Dieu par une fa veur spéciale qu'elle ne peut jamais mériter par ses propres forces, les lui communique, c'est une espèce d'enlure spirituelle qui fait participer l'homme à la nature divine.

Les communications médiates ou immédiates de ces perfections de Dieu à l'homme étant fort supérieures à ce qu'exige l'humanité, sont pour celle raison nommées par S. Pierre des dons Irès-qrands (2 Pelr. 1,4) et par S. Jacques des dons excellents et parfaits qui descendent du Père des lumières (Jac. 1 , 17). Le même apôtre dit que la parole divine, qui esl un de ces dons, peut sauver les âmes en qui elle est entée. Cette divine parole a fait connaître aux hommes un seul Dieu en trois personnes. La connaissance de ce mystère est entée , pour ainsi dire , sur leur nature , à qui elle est étrangère , puisque sans elle l'homme créé dans l'état de pure nature aurait pu remplir tous les objets de sa destination. Dieu l'aurait mis sur la terre pour en être le cultivateur , le maître, le roi , pour y commander aux animaux , y gouverner , y mettre tout en ordre, pour s'y exercer par le travail , s'y perfectionner par la société , s'y sanctifier par la Religion : Religion qui n'aurait consisté que dans le culte de la divinité connue seulement à l'aide de ses créatures qui , représentatives de ses perfections

sienne et élever notre bassesse jusqu'à sa majesté suprême, en nous faisant l'honneur divin de nous adopter pour ses enfants , ses héritiers et les co-heritiers de Jésus-Christ, les contemplateurs , les heureux possesseurs de sa gloire, les rois éternels de son propre royaume dans le ciel, pourvu que pendant notre court séjour sur la terre , nous nous conduisions en dignes fils d'un père si magnifiquement libéral envers nous chétrves créatures, dont en celte qualité le très-bas rang esl beaucoup plus inférieur à la très-haute dignité du Créateur que la condition du plus

absolues, auraient excité leurs spectateurs à lui rendre les hommages d'adoration, de louange, d'amour, etc., qu'elle mérite. Or comme dans toutes les créatures et dans tout ce qu'elles représentent et aident à concevoir il n'y a rien qui fasse naître l'idée d'une seule essence commune à trois personnes , aucun être créé n'eût pu servir aux hommes de moyen ou, comme parle S. Bernard , de véhicule pour les conduire à la connaissance de ce mystère. Celle connaissance n'est donc pas propre de leur nature, et, n'étant qu'entée sur elle , doit être nommée surnaturelle.

Elle n'aurait été donnée dans l'état de pure nature à aucun homme, pas même lorsque par de bonnes œuvres on y eût mérité une béatitude naturelle , qui n'aurait consisté que dans une connaissance des perfections absolues de Dieu , beaucoup plus grande à la vérité que celle qu'on en aurait eue avant que d'obtenir celte récompense ; mais toutefois mêlée encore de nuages et tirée du seul spectacle de la nature , elle eût été d'une espèce bien différente de la vision intuitive tant des attributs absolus que des propriétés personnelles et relatives de la divinité. La connaissance surnaturelle que nous avons ici-bas de ce > propriétés par la notion quoique obscure du mystère de la sainte Trinité a quelque analogie ou convenance avec la vision intuitive que les bienheureux clans le ciel ont de ces mêmes propriétés : elle en esl, selon S. Thomas, le commencement et, pour ainsi parler , le prélude, le crépuscule, avant-coureur de la pleine clarté que le soleil d'intelligence (Sap. 5 , 6), vu sans nuages dans les splendeurs des saints (Ps. 109 , 5) , répandra dans nos esprits, qui , assimilés (t ioan. 3 , 2) par son illumination à D.icu et transformés en une même image (2 Cor. 3, 18) trèsressemblante , participeront bien plus qu'à présent à la nature divine.

Il esl facile d'appliquer aux mystères de l'Incarnation , de la Rédemption et de l'Eucharistie ce qui vient d'être dit de celui de la sainte Trinité qu'ils supposent , cl dont la connaissance est intimement liée aux notions qu'ils renferment. 11 esl facile aussi de concevoir par là que la foi et l'espérance sont des vertus surnaturelles , en lant que l'une fait croire en Dieu, qui a révélé ces mystères , cl en tanl que l'autre fait espérer en Dieu, qui a promis des biens que ni Y œil n'a vus, ni l'oreille n'a entendus, ni le cœur de riiomme n'a conçus (I Cor. 2, 9), parce qu'ils sont fort supérieurs à lous ceux que l'aspect et la jouissance des créatures peuvent procurer. La charité est pareillement surnaturelle , en tant qu'elle fait aimer Dieu comme la source de lous ces biens invisibles et ineffables qu'il répand avec profusion sur les auges el les saints, dont il daigne être lui-même la récompense excessivement grande, en se faisant voir à eux tel qu'il est, infini en perfections si belles, si charmantes , si ravissantes , que la vue claire d'une partie de leur splendeur suffit seule ponr les transporter lous sans- cesse d'admiration , d'amour , de joie, et par là les rendre impeccables, impassibles, bienheureux comme lui-même. Ils participent dune tous à la nature divine sur qui la leur est en' te.

SUR L'ilNCARNATiON.

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