SUR LA
gratuite, a été toutefois fondée sur plusieurs motifs de convenance qui méritent que nous les exposions.
1° En préférant, par rapport à l'union hypostalique auVerbe divin, la nature humaine, quoique moins parfaite que l'angélique, Dieu, a manifesté davantage sa puissance, sa bonté, son autorité suprême, sa liberté souveraine et indépendante. On peut voir ce motif plus développé dans notre seconde Instruction sur le mystère de l'Incarnation.
2° Il était convenable, ainsi que l'observe M. Bossuet (Tom. 10, p. 571), afin qu'il y eût toutes sortes d'êtres au monde, qu'il s'y trouvât et des corps qui ne fussent unis à aucun esprit , tels que sont la terre et l'eau et les autres de cette nature , et des esprits qui , comme Dieu même, ne fussent unis à aucun corps , tels que sont les anges , et aussi des esprits unis à un corps , telle qu'est l'ame raisonnable , à qui , comme à la dernière de toutes les créatures intelligentes , il devait échoir en partage ou plutôt convenir naturellement de faire un même tout avec le corps qui lui est uni. Or Dieu en choisissant pour l'union hypostatique au Verbe divin la dernière de toutes les espèces des créatures intelligentes préférablement à la première qui n'était unie à aucun corps et à qui cette union ne convenait pas, n'a-t-il pas pu avoir en vue défaire participer àla nature divine non seulement les êtres intelligents et spirituels, mais encore les êtres matériels et corporels ; ce qui n'aurait pas eu lieu s'il s'était borné à s'unir à la seule nature angélique? Au contraire, en s'unissant à la seule nature humaine, il s'est uni à toute créature dans le sens que S. Grégoire (Hotnil. in Evang. 29) enseigne qu'on peut donner cette dénomination universelle a l'homme, qui a en soi quelque propriété de chacune des différentes espèces de créatures. Nous avons dit ailleurs (Col. 506 et suiv.), en expliquant la surnaturalité, que comme les animaux, sont partagés en diverses espèces inégales , dont les unes valent mieux que les autres , ainsi les substances spirituelles sont partagées en différents ordres inégaux , dont les uns surpassent les autres en excellence, en dignité. Dans ces ordres, les séraphins tiennent le premier rang , les chérubins le second, et les hommes le dernier. L'inégalité qui se trouve entre les substances spirituelles d'un ordre, comparées à celles d'un autre ordre, provient-elle de ce qu elles sont d'une espèce différente essentiellement et indépendamment du bon plaisir divin? ou provient-elle de la libre volonté de Dieu, qui, quoique leurs facultés et propriétés essentielles fussent égales, aurait fixé et réglé leur excellence et leur dignité spécifique plus ou moins grande sur les qualités accidentelles plus ou moins parfaites qu'il lui aurait I plu de leur donner? C'est ce que ni la foi ni la raison ne nous découvrent évidemment. Les opinions là dessus sont arbitraires. Si l'on embrasse la seconde (1), ne peut-on pas
Yigues., Naclant., Ruard., aliiapud Cornet, a Lapide hic. Commentaire du P. Calmet, t. 6, pag. 156. (1) On fait contre cette seconde opinion une ob-