‹ Œuvres tres-completesChapitre 39 sur 70 · SUR LA · texte numérisé non relu

SUR LA

exauçant les vœux du premier lui accorde un secours spécial, une grâce victorieuse qu'il n'accorde pas au second. Si celui-ci succombe à la tentation , peut-il sans injustice se plaindre de n'avoir pas reçu cette grâce qu'il n'a tenu qu'à lui d'obtenir , et dont il n'a été privé que par sa faute ? La différente conduite de Dieu à l'égard de ces deux hommes n'est-elle pas aussi équitable que serait celle d'un riche envers deux pauvres dont il se courrait l'un qui lui demanderait l'aumône avec une humble confiance, et ne soulagerait pointl'autre qui dédaignerait de la lui demander , ou qui la demanderait d'une manière injurieuse ou indécente?

Conséquemment à ce même principe d'équité les théologiens distinguent deux sortes de grâces, l'une d'action, l'autre de prière; et deux sortes de secours, l'un immédiat que donne la grâce d'action , et l'autre médiat que donne la grâce de prière, soit pour connaître en matière de religion la vérité, soit pour pratiquer en matière de mœurs la vertu. Ils soutiennent avec raison que si le premier de ces pouvoirs manque à des infidèles, à des hérétiques , à des pécheurs , et même à des justes qui n'ont pas quelquefois la grâce d'action pour accomplir un précepte , le second ne leur manque jamais, parce qu'ils ont toujours (urgente prœcepto) la grâce de prière. Dieu , dit S. Augustin , ne commande pas des choses impossibles, mais il vous avertit et vous commande de faire ce que vous pouvez, et de demander ce que vous ne pouvez pas , et il vous aide, afin que vous le puissiez.

XXIV . Distinction entre la grâce de prière et la grâce d'action. — Le même père (1) dislingue le pouvoir d'accomplir le précepte, et le pouvoir de prier. Il dit que l'homme n'a pas toujours le premier, mais qu'il a le second quand le premier lui manque. Il reprend ceux qui croyaient trouver une excuse à leurs désordres dans l'ignorance et la concupiscence qu'ils se plaignaient d'avoir hérités d'Adam , et il parle ainsi d'eux (2) : Peut-être pourraient-ils se plaindre justement si nul homme ne surmontait Vignorance et la convoitise. Mais comme Dieu est^résent partout, et que par les créatures qui servent à ses desseins, il appelle celui qui est éloigné, il enseigne celui qui croit , il console celui qui espère, il exhorte celui qui aime, il aide celui qui s'efforce, il exauce celui qui prie ; on ne vous impute point de ce que vous ignorez malgré vous, mais de ce que vous négligez de chercher

(1) Restât libero arbilrio in liaccc morlali vila non ut impleal homo jusliliam cum volueril , sed ut se supplici pielatc convertat ad eum, cujus dono eani possil implere. L. 1 ad Simpl., q. \.

(2) Recte enim lorlnsse quererenlur, si erroris et libidinis nnllus hominum viclor existeret. Cum vero ubique sit prsesens qui muliis modis per creaturam sibi Domino servienlem , adversum vocet , doceat credentem, consoletur speranlem, diligente™ adborlelur, conanteni adjuvel, cxaudial deprecantem ; non tibi impuiainr ad culpain quod inviius ignoras, sed quod negligis quaererc quod ignoras; neque illud quod vulneraia membr.i non colligis, sed quod volenlem sanaieconlemnis. Aug. l.de Nal. elGrat., c. 67, p. 163, et l. 5, de lib. Arbiir., c. 19.

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