‹ Œuvres tres-completesChapitre 40 sur 70 · GRACE · texte numérisé non relu

GRACE

ce que vous ignorez; ni de ce que vous ne vous servez point de vos membres malades , mais de ce que vous méprisez celui qui veut vous guérir. Celle doctrine ne serait-elle pas illusoire si lorsque l'homme ne peut observer la loi il ne pouvait prier, ou si lorsqu'il prie comme il faut i! n'était pas exaucé? Si donc lorsqu'il peut et doit prier il ne prie pas ou prie mal mérile-l-il d'être favorisé et secouru de Dieu comme s'il lui avait bien demandé son secours? Non sans doute , et voilà pourquoi tant de pécheurs, soit païens , soit juifs, soil chrétiens, qui n'ont point connu la vérité, ou pratiqué la vertu, seront justement condamnés, à cause qu'ils n'ont pas invoqué Dieu, Deum non invocaverunt (Ps.52, 7).

Celte connaissance, il est vrai, ou cette pratique leur était difficile en certaines circonstances; mais alors ils sentaient au fond de la conscience que leur peu de lumières ou de forces les exposait au péril de préférer le faux au vrai, ou le mal au bien. Or ce sentiment intime de leur misère spirituelle était pour eux un avertissement et un motif d'implorer pour les besoins de leur ame l'assistance du ciel; de même que lorsqu'ils se trouvaient en quelque grand péril de perdre la santé, ou la liberté, ou la vie, le sentiment intérieur de leur faiblesse naturelle les avertissait et les pressait de s'adresser à Dieu pour en être aidés dans les besoins de leurs corps. On voit dans les historiens et les poètes beaucoup d'exemples des païens qui ont eu recours à la Divinité pour en obtenir la victoire sur leurs ennemis , ou la guérison de leurs maladies, ou la délivrance de quelque danger extraordinaire. Mais on n'en voit pas, ou l'on en voit bien peu qui aient recouru à la prière pour obtenir la force de vaincre leurs passions. On lit à la vérité dans un de ces poètes (Catul., epigr. 77) la prière qu'il adressait aux dieux pour les supplier de le guérir des ardeurs impures d'une passion vicieuse qui tourmentait et tyrannisait son cœur, d'où elle bannissait la paixet la joie. Mais cette prière n'avait ni pour objet la vertu de pureté, ni pour motif le désir d'être vertueux ; ce poète sentant que cette passion violente nuisait à son corps, et le rendait malade, souhaitait d'en être délivré, et par cette seule raison demandait aux dieux cette délivrance qu'il ne pouvai t pas , ou qu'il ne pouvait que très-difficilement se procurer à lui-même. Il n'était nullementtpuchédu mal que cette même passion faisait àson ame, en qui elledominait sur la raison,et qu'elle défigurait, souillait indignement. Il ne tenait cependantqu'à lui d'en être touché , d'apercevoir ce mal, d'y être sensible etd'endemanderlaguérison àl'Etre suprême, qu'il savait n'avoir pas moins de puissance pourlui donner la vertu que pour lui rendre la santé. S'il l'avait demandée et bien demandée il aurait été exaucé : car nous le répétons avec le Sage, et, en considérant tout ce qu'il y a eu d'hommes , non seulement parmi les Juifs, mais encore parmi les autres nations, nous nous écrions avec lui, Qui est celui qui ait invoqué Dieu et qui en ait été mép'isé?

INSTRUCTION PASTORALE

Ces paroles, jointes à celles de S. Jacques , Vous n'avez point, parce que vous ne demandez point ; vous demandez, et vous ne recevez point, parce que vous demandez mal, sont bien propres a prouver la première partie du principe que nous avons entrepris d'établir. Montrons maintenant que la seconde n'est pas moins vraie, et qu'un homme ingrat abusant des dons de la grâce ne mérite pas d'en être favorisé comme un homme reconnaissant qui en fait un bon usage.

Quoique la première grâce ne soit jamais due à personne, la seconde est toujours due à la reconnaissance pour la première (1). La gratitude pour le moindre bienfait en mérite un plus grand. Mais celui qui a été ingrat est indigne d'être de nouveau gratifié. Où est l'ingratitude, dit S. Bernard (2), la grâce n'a point d'accès et n'y trouve point de place. Elle n'en trouva point dans le cœur de ces anciens philosophes, de ces sages du paganisme que S. Paul assure avoir été inexcusables, parce qu'au lieu de reconnaître la faveur que Dieu leur avait faite de manifester aux yeux de leur esprit par le spectacle du monde visible ses perfections invisibles , ils ne lui en rendirent pas d'actions de grâces. Ils manquèrent par là* à un des principaux devoirs de la Religion ; car, selon S. Augustin (3), le culte que l'ame doit à Dieu consiste en très-grande partie à n'être pas ingrat envers lui. L'ingratitude, ajoute ce père, est la racine de tout mal spirituel ; c'est une espèce de vent qui dessèche et brûle tout bien, et qui bouche tous les canaux par où la miséricorde de Dieu se répand sur l'homme. Au contraire la reconnaissance les ouvre plus ou moins , selon qu'elle est plus ou moins parfaite. L'homme est-il Gdèle à rendre

(1) Gralias agenli gratia major debelur. De Imitai. Christ. I. 2, c.10.

(2) Peremptoria resest ingraiitudo, lioslis gratis, inimica salulis. Dico ego vobis, quoniam pro meosapere, niliil ila displicet Deo , quemadmodum ingralitudo. Vias enim obslruit gratine, et ubi fuerit illa, jam gratia accessum non invenit, locum non liabet. Serm. 3, de sept. Panib.

Sola nos a profectu conversations impedit ingraiitudo nosira, dum quodammodo amissum reputans dator, quod ingralus accepit, cavet sibi de cauero, tanto plura ingraio conferre. Et idcirco clemenlia esse videtur. ingratis negare quod postulant : ne conliugat nobis, ut tanto gravius de ingralitiidine judicemur, quanto magis aceumula'tis beneflciis ingrati probabimur cxlitisse. Félix autein qui graliam ad singula dona graliae reddit, ad eura in quo est plenitudo omnium graliarum : cui dum nos proacceplis non ingratos exhibemus, locum in nobis facimus gratiœ, ut majora adhuc accipere mereamur. Serm. contra Ingratit.

(3) Dei cultus in hoc maxime constituais est ut anima ei non sit ingrata. L. de Spir. et Litt., cil. Les premiers chrétiens, au rapport du même saint docteur, avaient coutume de se saluer les uns les autres avec ces deux paroles, Deo gralias, Rendons grâces à Dieu. En cela ils imitaient la très sainte Vierge, dont S. Jérôme raconte qu'elle bénissait Dieu continuellement, et que lorsqu'on la saluait, elle répondait, Rendons grâces à Dieu. Paroles courtes à la vérité , mais pleines de sens, puisque , dit S. Auguslin, on ne peut rien entendre de plus agréable, rien concevoir de (lus grand, rien faire de plus utile.

gloire à Dieu, par sa sensibilité aux moindres bienfaits , par sa coopération , soit aux secours faibles dans les petites choses , soit aux mouvements intérieurs qui l'excitent dans les grandes à demander, à chercher, à frapper, à veiller, à prier pour ne point succomber à la tentation? Dieu est fidèle à le récompenser par de nouvelles faveurs , par des grâces fortes , par des assistances spéciales contre les ennemis du salut. Dieu est fidèle , dit l'Apôtre, il ne souffrira pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais afin que vous puissiez résister à la tentation, il vous donnera des secours à proportion des attaques que vous aurez à soutenir (1 Cor. 10, 13). Outre les secours généraux, dont il est ici parlé et qui suffisent pour résister d'abord à la tentation, il y en a de spéciaux qui, lorsqu'elle continue, en facilitent beaucoup la victoire , mais que Dieu n'accorde d'ordinaire qu'à ceux qui ont bien usé des premiers , et qu'il a coutume de refuser aux autres pour les punir de leur précédente négligence. Ainsi se vérifie ce qu'enseignent plusieurs saints docteurs (1), qu'un péché est communément la punition d'un autre péché , parce qu'en commettant le premier on se rend indigne de cette assistance particulière qui empêcherait de tomber dans le second. Ils expliquent dans le même sens ces oracles de l'Ecriture : Qui craint Lieu ne néglige rien. Qui méprise les petites choses tombera peu à peu. Qui est injuste dans les petites choses le sera dans les grandes. Au contraire qui est fidèle dans les petites choses le sera aussi dans les grandes. Ainsi s'accomplit cette sentence d'un excellent auteur ( De Imit. Christ. I. % c. 10) : Ayez de la gratitude pour les moindres faveurs et vous serez digne d'en recevoir de plus considérables. C'est ce qu'avait dit avant lui S. Prosper (Carm. de Ingrat, p. 3, c. 29) : La reconnaissance des faveurs reçues en attire sur nous de nouvelles, et Dieu nous donne des grâces que nous n'avons pas , lorsque nous lui rendons gloire pour celles que nous avons. Ainsi l'on voit l'équité de la différente conduite que Dieu tient dans l'inégale distribution d'un très-grand nombre de ses grâces , selon la différente conduite que tient à son égard l'homme plus ou moins reconnaissant ou ingrat, à proportion du plus ou du moins de coopération ou de résistance aux premiers secours , aux assistances générales qui lui sont accordées pour fuir le mal et faire le bien.

Que peut répondre l'incrédule au principe d'équité que nous venons de faire valoir cl aux conséquences que nous en avons tirées? Distinguera-t-il deux sortes de dons de la grâce : les uns gratuits qui, précédant le libre exercice du franc arbitre , ne sont nullement mérités ; les autres qui , postérieurs au bon usage de la liberté , en sont la récompense? Avouera-t-il que notre raisonnement justifie l'inégale distribution de ces derniers secours, qui sont répartis à proportion du plus ou du

(1) Basil., orat. 3 de Jejun.; Chrysost., serm. dû lov. pec. Peric; Hyeron ., ep. 1 ad Colland.

SUR LA GRACE

moins de mérite? Mais prétendra-t-il qu'il ne justifie pas celle des premiers qui sont reçus des uns et non reçus des autres, quoique ceux-là ne les aient pas plus mérités que ceux-ci , et quoique Dieu veuille le salut des uns et des autres? Forçons-le dans ce retranchement par ce principe de S. Thomas : qu'encore que Dieu, voulant sauver tous les hommes , du moins tous les adultes qui ont l'usage de la raison , soit prêt , autant qu'il est en lui , à leur donner la grâce qu'ils ne peuvent point mériter par les forces de la nature , il n'est point tenu de l'accorder ou de la continuer à ceux qui , par leur négligence ou par leur malice , par l'aveuglement volontaire de leur esprit ou par l'endurcissement de leur cœur , mettent obstacle à sa réception ou à son efficacité. La comparaison que ce S. docteur emploie dans le texte que nous indiquons (1) et la parabole dont se sert S. François de Sales (2) suffi-

(1) Licet aliquis per moium liberi arbitrii divinam gratiam nec promereri necacquirerepossit, polest tamen seipsnm impedire ne eam recipiai; dicitur enfin de quibusdam , Job 21 : Dixerunl Deo : Recède a nobis, et scienliam viarum tuarum nolumus; Job 24 : lpsi fuerunl rebelles lumini; et cum hoc sit in potesiate liberi arbitrii impedire divinae gratine receptionem vel non impedire , non immerito in culpain imputatur ei qui impedimenttini prnustat gratine receplioni. Deus enim quanlum in se esl paralus est omnibus gratiam dare, Vult enim omnes homines salvos fieri, et ad agnitionem veritatis venir e , ut dicitur lad Tiin. 2. Sed illi soli gratia privanlur, qui in seipsis gratine impedimentum prnestanl : sicut sole mundum illuminante in culpam imputatur ei qui oculos claudit, si ex hoc aliquod malum sequatur : licet videre non possit nisi luniine solis praeveniatur. L. 3 cotit. Gent., c. 159.

(2) Plusieurs voyageurs, environ l'heure de midi, un jour d'été, se mirent à dormir à l'ombre d'un arbre ; mais tandis que leur lassitude et la fraîcheur de l'ombrage les lient en sommeil, le soleil s'avançant sur eux leur porta droit aux yeux sa plus forte lumière, laquelle, par l'éclat de sa clarté, faisait des transparences, comme par de petiis éclairs, autour de la prunelle des yeux de ces donnants, et, parla chaleur qui perçait leurs paupières, les força d'une douce violence de s'éveiller : mais les uns éveillés se lèvent, et gagnant pays , allèrent heure^ement au gtte ; les autres non seulement ne se lèvent pas, mais tournant le dos au soleil, et enfonçant leur chapeau sur leurs yeux , passèrent là leur journée à dormir, jusque ace que, surpris de la nuit, et voulant néanmoins aller au logis , ils s'égarèrent qui ça , qui là, dans une forêt, à la merci des loups, sangliers et autres bêtes sauvages... Tous les hommes sont voyageurs en celle vie mortelle ; presque lous nous sommes volontairement endormis en l'iniquité, et Dieu, soleil de justice, darde sur nous très-suffisamment, ains abondamment les rayons de ses inspirations, il échauffe nos cœurs de ses bénédictions , touchant un chacun des attraits de son amour. Hé ! que veut dire donc que ces attraits en attirent si peu, et en tirent encore moins ? Ah ! certes ceux qui étant attirés, puis liré^, suivent l'inspiration ont grande occasion de s'en réjouir, mais non pas de s'en glorifier : qu'ils se réjouissent, parce qu'ils jouissent d'un grand bien; mais qu'ils ne s'en glorifient pas, puisque c'est par la pure bonté de Dieu, qui, leur laissant l'utilité de son bienfait, s'en est réservé la gloire. Quant à ceux qui demeurent au sommeil du péché, ôDieu ! qu'ils ont une grande raison ee lamenter, gémir, pleurer et regretter ; car ils sont au malheur le plus lamentable de

De PreSSY. I.

sent pour prouver que ce que nous disons d'après eux ne s'accorde pas moins avec la raison qu'avec la foi et avec l'expérience de tous les siècles.

XXV. Divers exemples tirés de l'Ecriture qui montrent que c'est par négligence ou par malice qu'on met obstacle à la réception de la grâce ou à son efficacité. — Nous voyons dans l'Ecriture sainte une foule d'exemples de cette damnable malice et de cette criminelle négligence dont nous venons de parler.Témoin ces incrédules au temps de Noé , dont elle dit que les pensées de leur cœur étaient appliquées au mal en tout temps (Gen. 6, 5) : elles les rendaient donc en tout temps indignes de recevoir la grace.Témoins ces juges iniques qui , dominés par une infâme passion dont ils ne voulaient pas guérir, détournèrent leurs yeux pour ne pas regarder le ciel , dont la vue eût pu les faire rentrer en eux-mêmes , et pour ne pas se souvenir des justes jugements (Dan. 13, 9) de Dieu , dont ils éloignaient de leur esprit la pensée importune. Témoins ces hommes de mauvaise volonté qui , loin d'écouter la parole de Dieu ou de ses ministres , avec respect , avec attention , avec docilité , la méprisent , ou refusent de l'entendre (1) , et tiennent le langage que l'Ecriture met dans leur bouche : Retirez-vous de nous , nous ne voulons pas connaître vos voies (Job 21, 14). Témoin ce proconsul idolâtre et impudique qui , effrayé par les discours de S. Paul sur la chasteté, sur la justice et sur un jugement à venir , lui dit, C'est assez; retirez-vous (Act. 12, 24, 25). Témoins encore tous ceux qui sont désignés par les paraboles, soit de la distribution des talents à plusieurs serviteurs , dont l'un enfouit celui qu'il avait reçu , et empêche par là le profit qu'il aurait pu et dû en tirer; soit de l'invitation à un festin dont sont exclus ceux qui , y étant appelés , ont négligé ou dédaigné d'y venir, et ont par là mis obstacle à la réception des dons qui leur étaient destinés ; soit de la semence tombée sur différentes portions de terre où elle demeure sans fruit par les empêchements qu'elle y trouve à sa fécondité. Témoins enfin ces Juifs de Thessalonique qui , poussés d'un faux zèle (Act. 17, 5) et prévenus d'une haine aveugle contreS. Paul, rejetèrent sa prédication et voulurent même maltraiter sa personne; bien différents des Juifs deBérée qui reçurent la parole avec affection et ardeur; examinant

tous : mais ils n'ont pas raison de «e douloir et plaindre, sinon d'eux-mêmes qui ont méprisé, ains ont été rebelles à la lumière, revêches aux attraits, et se sont obstinés contre l'inspiration : de sorte qu'à leur malice seule doit êlre à jamais malédiction et confusion, puisqu'ils sont seuls auteurs de leur perte, seuls ouvriers de leur damnation. Traité de l'Amour de. Dieu, tom. 2, c. 5.

(1) L'auteur de l'Année sainte dit qu'il a connu une personne qui, par des considérations humaines» étant forcée d'assister au sermon, ei qui, sachant que le prédicateur avait le talent de loucher les cœurs, se bouchait les oreilles de peur d'entendre des choses

rui la portassent à changer de vie. Sermons du P. de

a Colombière, t. 5, p. 429

( Vingt-troii.)

TU

INSTRUCTION PASTORALE

(oms les jours les Ecritures , pour voir si ce qu'on leur disait était vrai (Ibid.,v. 11). Le texte sacré dit qu'ils étaient d'un naturel plus noble que ceux de l'hessalonique. Sur quoi voici le commentaire du père Calmet (1) : Ils avaient l'esprit mieux fait que ceux de Thessalonique. Le Grec se prend en général pour la noblesse du sang , des sentiments du cœur; il marque la générosité , la bonté , la grandeur d'ame , l'équité, la belle éducation. Ils étaient plus instruits, plus polis, mieux élevés , plus humains que ceux de Thessalonique , et par conséquent mieux disposés à recevoir la parole de salut. Ils la reçurent en effet avec plus de facilité, parce qu'ils y apportèrent moins d'obstacles, et que la grâce que Dieu répandit dans leurs cœurs les trouva mieux disposés (Tom. 9, p. 361).

Il y a lieu de présumer que ces Juifs de Bérée, avant que d'entendre la prédication de l'Evangile , avaient une foi surnaturelle qui les disposait à en profiter. Mais quand même ni eux ni ceux de Thessalonique n'eussent pas eu cette foi , il est bien probable que la différence des qualités d'esprit et de cœur des uns et des autres aurait suffi pour que les premiers n'eussent pas mis d'obstacle , ou en eussent mis moins que les derniers à la réception et au bon usage des grâces intérieures qui accompagnent d'ordinaire la prédication évangélique. Ils ne pouvaient toutefois par les seules forces de la nature être disposés à les recevoir ; il n'y avait de la part de Dieu aucune obligation de les leur donner, pas même en vertu d'un pacte fait entre lui et Jésus-Christ : pacte que l'assemblée générale du clergé de France, en 1700, a réprouvé , en le qualifiant de fiction téméraire , erronée , contraire à l'Ecriture et à la tradition des SS. pères. La même assemblée a aussi justement censuré comme semipélagiennes les deux propositions que nous indiquons (2) ; mais cette censure donne-

(1) Le bel éloge que l'historien de l'Eglise gallicane fait (lu caractère des Gaulois est. analogue à ce Commentaire. La prédication de la foi, dit-il, trouva quelque facilité dans le" caractère des Gaulois. Leur humanité envers les étrangers et leur curiosité naturelle furent comme les moyens dont Dieu se servit pour leur ouvrir les voies du salut. Religieux observateurs des lois de l'hospitalité, ils reçurent avec bonté les premiers missionnaires : la seule qualité d'étrangers leur servit comme de sauve-garde. Curieux à l'excès, jusque à passer les jours dans les places publiques, pour apprendre ou débiter des nouvelles, ils en écoulèrent avec plus d'avidiié les premiers prédicateurs de l'Evangile. D'ailleurs leur esprit vif et pénétrant découvrit aisément, à la lueur des premiers rayons de cette nouvelle lumière, tout le ridicule et le faible de lajthéologie païenne ; en même temps que le courage et la générosité dont ils se piquaient leur firent mépriser ce qu'ils auraient à souffrir pour la vraie Religion. C'est ainsi que le Seigneur, faisant servir aux opérations de la grâce la fermeté et la bravoure des Gaulois, se forma d'une des plus illustres nations du paganisme un peuple choisi, qui devint, par son constant attachement à la foi , une des plus belles portions de son héritage. Tome 1, page Ai.

(2) Propos. 5. Axioma illud theologicum, Facierili quod in se est Deus non denegal gratiam, non solum

t-elle atteinte à notre troisième principe d'équité? nullement : les exemples que nous avons cités et les raisonnements dont nous les avons appuyés en sont la preuve ; et ceux par lesquels nous démontrerons le principe suivant en seront la confirmation. Ils accorderont ensemble trois dogmes qui paraissent inalliables : 1° la volonté de Dieu de sauver tous les hommes; 2° la nécessité, pour élre sauvé, de recevoir le don de la foi en Jésus-Christ ; 3° la gratuité de ce don dans tous ceux qui le reçoivent. Cet accord fera voir de plus en plus que l'homme qui résiste à la grâce , ou qui met obstacle à sa réception , ou qui ne la demande pas , ou qui la demande mal , ne mérite pas d'obtenir des dons égaux à ceux qu'obtient un homme qui a des dispositions toutes contraires et qui en agit tout autrement.

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