DU DOGME DE LA PRÉSENCE REELLE
Si pour soutenir ce dogme nous n'avions à combattre que des hérétiques, nous leur opposerions les paroles expresses de l'Ecriture sainte, qu'ils admettent, et les raisonnements victorieux de nos controversistes contre les sacramentaires. Nous ferions surtout valoir la preuve triomphante par laquelle le célèbre Lanfranc contraignit Berenger d'abjurer son erreur. Une doctrine, disait-il, qui a toujours été reçue dans toute l'Eglise, est sans doute venue de Jésus-Christ et de ses apôtres : or il est certain que le dogme de la présence réelle a toujours été cru dans l'Eglise universelle. Interrogez toutes les nations de la terre, qui font profession de croire en Jésus-Christ; interrogez les Grecs et les Latins, ils parlent tous le même langage sur l'article de cette présence : conclucz-cn que l'Eglise n'a jamais varié sur ce point. La conséquence est évidente; car enfin, continuait-il , si c'est une opinion de fraîche date, et nouvellement établie sur les débris de l'ancienne doctrine, est-il croyable qu'on ne puisse nous assigner aucune époque qui ait donné naissance à cette nouveauté? Par quel miracle ses commencements et ses progrès échappent-ils à toutes les recherches? Comment se peut-il faire que dans toutes les Eglises du monde, on ne trouve pas une seule trace d'un changement si difficile, si surprenant et par là même si capable de laisser dans l'esprit des peuples les plus durables impressions?
Cet argument, que l'auteur de la Perpétuité de la foi a mis dans toute sa force, suffit pour convaincre ou confondre les sectateurs de Calvin; mais comme ce n'est pas eux que nous attaquons directement, il nous faut employer d'autres armes contre les incrédules, qui rejettent toute autorité, soit de l'Ecriture , soit de la tradition. Ils prétendent que la présence réelle est un de ces dogmes qui renferment des contradictions absurdes ( Emile, t. 3, p. 133). Nous montrerons d'abord en général que cette prétention de leur part ne tire sa source que des faux préjugés qui leur font confondre des choses réellement distinctes. Nous réfuterons ensuite leurs objections, et particulièrement celles de Bayle. VI. Faux préjugés qui empêchent de croire la présence réelle. — D'où vient leur répugnance à croire la réalité du corps de Jésus- Christ dans l'Eucharistie? C'est qu'ils ne la voient pas , ils ne la conçoivent pas, ils ne l'imaginent^as, ou ils l'imaginent dénuée de toute vraisemblance, et uniquement appuyée sur des opinions théologiques, qui leur paraissent pleines d'absurdités. Ils n'auraient pas cette répugnance si les fausses préven-
tions, les travers d'esprit, les éblouissantes lueurs d'une vaine philosophie, d'une imagination trompée , d'une raison séduite , ne leur faisaient pas confondre ce qu'il faut distinguer : car 1° croire n'est pas voir ; 2° croire n'est pas concevoir ; 3° croire n'est pas imaginer ; 4° vraisemblance n'est pas vérité ; 5° opinion théologique n'est pas dogme ca tholique ; 6° absurdité apparente de ces opinions n'est pas absurdité réelle. Reprenons ces six articles, et faisons-en la matière d'autant d'observations, que nous vous prions , mes chers frères, de suivre d'un œil attentif. I. Croire n'est pas voir. Sans parler des êtres spirituels, qu'on croit exister sans les voir, combien d'êtres corporels dont l'existence est crue par ceux-mêmes qui ne les ont jamais vus 1 Avant que l'invention du microscope eût découvert , pour ainsi dire, un nouveau monde, composé d'une foule de corpuscules jusque alors inconnus, et d'une multitude innombrable d'animaux que leur petitesse presque infinie dérobait aux yeux des hommes, la réalitéde ces corpuscules etde ces animalcules n'était pas aperçue ; en était-elle moins véritable ? Personne alors ne la croyait, parce que personne ne la voyait. Tout le monde aujourd'hui la croit quoique tout le monde ne la voie pas, et quoique très-peu de personnes s'en soient assurées par l'usage du microscope. Ceux qui n'en ont point fait usage la croient-ils moins que ceux qui l'ont fait? Ils la croient, direz-vous, mais c'est sur le témoignage de ceux qui l'ont aperçue par le moyen de cet instrument. Croyez donc de même, vous répondons-nous, la réalité du corps de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, sur la parole d'une multitude de témoins irréprochables d'hosties miraculeuses (1), où cette réalité s'est montrée si manifestement aux yeux d'un grand nombre de spectateurs et avec des circonstances si frappantes et constatées par des preuves si certaines , et par des monuments si publics , si authentiques , que les révoquer en doute, c'est introduire le pyrronisme dans l'histoire. Lisez là-dessus le livre intitulé Remarques historiques, touchant le fait miraculeux de l'hostie de S.-Jeanen-Grèye à Paris, ou du moins lisez-en l'ex-
(1) Ces hosties sont appelées miraculeuses, soit parce que percées de coups de poignard elles ont jeté du sang : on en voit à Pans , à Dijon , à Bruxelles ; soit parce que jetées dans les flammes elles ont échappé sans lésion, sans perte . comme celle de l'abbaye de Flavigny et celle de Dôle en Franche -Comté. On voit encore de ces hosties miraculeuses à Daroca en Espagne , à Douai en Flandre, à Ralisbonne en Allemagne.
INSTRUCTION PASTORALE
trait que nous donnons ici (1) Jugez, après a voir lu sans prévention, si les Journalistes de Trévoux n'ont pas eu raison de dire que les incrédules, qui voudront jeter les yeux sur ce li vre, y trouveront oula satisfaction ou le dépit